L'éducation ou l'école au jour le jour

Réflexions pour une autre école, une autre éducation, sous forme de billets. L'école vue par un ex enseignant toujours parent, en complément au site "Une école du 3ème type" (http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/)

16 juin 2008

"Non" irlandais, et tous les "non" à bannir

Qu'est-ce que le non irlandais peut bien avoir à faire dans ce blog ?

Il représente la considération que peuvent avoir les gens de pouvoirs, politiques, intellectuels ou médiatiques, sur la capacité de ceux qui continuent à être nommé "peuple", de produire une réflexion, d'analyser ce qu'on leur offre ou plutôt impose, d'en déduire un avis qui puisse être le leur et différent de ceux qui pensent pour eux, évidemment, pour leur bien : le "peuple" ne peut évidemment rien comprendre ! C'est ce qu'a dit, à peu près textuellement, Jacques Barrot, vice président de la commission européenne. On peut, à la rigueur, demander au "peuple" s'il veut d'un président ou non, ce qui, entre nous, ne porte pas à grande conséquence, mais quant à lui demander s'il est d'accord avec le type de société qu'on lui impose ou sur la façon dont on va le diriger, c'est inutile et dangereux... puisqu'il ne peut comprendre. Et cet idiot de peuple risque de dire non !

Les irlandais sont aussi débiles que leurs homologues français ou hollandais. Pire encore, eux à qui on a tant donné et qui auraient dù dire merci en se prosternant. Que ce soit avant ou après, on savait à longueur de médias pourquoi ils devaient dire oui, mais on n'a pas su ce qui pouvait bien justifier pour eux un non en dehors de l'explication, peu honorable pour eux, qu'ils voulaient juste manifester une mauvaise humeur, des caractériels en somme.  Quand un vote ne satisfait pas un pouvoir en place, c'est la mauvaise humeur. Qu'un vote contraire aux attentes puisse être établi sur une intelligence produisant une analyse et un choix différent, relève du domaine de l'impossible. Que l'on ne signe pas un papier qui vous engage parce qu'il est incompréhensible, ce n'est pas du bon sens.

Donc, ne demandons surtout pas au "peuple" de se déterminer, et il est sous-entendu ou dit ouvertement que c'est parcequ'il en est incapable. Et puisqu'on on a fait cette erreur irlandaise de demander au peuple, que disent tous nos dirigeants complaisamment relayés par leurs médias ? Comment on va pouvoir contourner l'obstacle de ce non ! Un "non" n'est pas un avis, c'est un obstacle. On l'a une fois contourné grâce à l'activisme de notre Président : on brasse le même texte et on fait croire qu'il a changé, en le rendant encore plus incompréhensible, et surtout, on ne refait plus la même erreur : même plus besoin de mettre une croix, ceux qui savent où est notre bien ont signé pour nous. Pour les irlandais, on cherche par quels moyens habiles ou pressions on va leur faire dire oui à la même chose le prochain coup (pour nous et les autres européens, on a réglé le problème).

Ce non irlandais, qui malheureusement sera réduit à une anecdote, la façon dont on nous suggère de l'interpréter et celle qui permet de ne pas en tenir compte, sont significatifs du fonctionnement de nos démocraties et de l'impossibilité de ceux à qui elles ont donné un pouvoir ou grâce auxquelles ils se sont accaparé un pouvoir, d'en accepter les principes. Ce qui devient dramatique, c'est que peu à peu nous avons intégré cet asservissement. Ce n'est même pas la façon dont ce "non" est traité qui est choquant, c'est que la façon dont il est traité ne nous choque même plus.

Pour en revenir à l'école, celle-ci en est aussi un bon exemple.

Les arguments contre "base élève" et le refus de certains enseignants d'accepter ce qui banalise le fichage et le contrôle de toute une société dès l'enfance, ont provoqué une réaction coercitive immédiate et démesurée de l'appareil de l'Etat (la hiérarchie de l'Education Nationale). Instantanément, il y a eu menace et exécution de sanctions. Alors que plusieurs années de grève administrative des directeurs d'école n'avait troublé personne. Devant le nouveau "non" devenant massif, une nouvelle "Base école" vient d'être proposée, mais pas sa suppression ! On a enlevé quelques champs, et hop ! le tour est joué ! en se gardant bien d'enlever les champs qui servent à pister les enfants de sans papiers et chacun sachant que rien n'est plus facile de rajouter dans un fichier des champs... quand l'affaire est tassée ! Vous aurez votre constitution européenne, vous aurez votre fichier base élève, c'est pour votre bien.

Dans le même ordre, le simple fait que des enseignants et des parents se réunissent hors du temps scolaire (nuit des écoles) pour s'informer et débattre, entre eux, des dispositions de ce qui n'est, officiellement, qu'un projet de réforme, provoque la même réaction démesurée de l'appareil étatique (enseignants menacés ou avertis qu'ils sont repérés) alors que, a contrario, le pouvoir devrait se réjouir de l'intérêt citoyen porté à une transformation de l'école. Les citoyens ne peuvent comprendre dirait Jacques Barrot ! Et ils risquent de dire bêtement "non". Pire, de proposer autre chose. Ce d'autant qui'en fait de projet ce n'en est pas un puisque les manuels conformes sont déjà sortis et en vente ! ce d'autant que la hiérarchie de l'EN est déjà en train d'imposer les dispositions du "projet" dans pas mal de circonscriptions ! Bien sûr, chez nous, il y a longtemps qu'on ne fait plus les erreurs irlandaises : on ne demande plus l'avis au cas où il serait différent, surtout pas un vote (même plus à nos députés d'ailleurs), on dit qu'on a consulté ! suffit qu'on le croit puisqu'on nous le dit. Et on le croit. De toutes façons, le risque d'un avis différent serait insupportable.

Et les exemples semblables sont infinis.

"C'est pour ton bien" n'arrête-t-on pas nous mêmes de dire souvent aux enfants. sans nous rendre compte qu'on n'arrête pas de nous le dire, à nous aussi. Dites "oui" quand on vous fait la grâce de vous permettre de le dire, taisez-vous... et travaillez plus.

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12 juin 2008

Base élèves, nuit des écoles

Je me permets de vous communique ci-dessous deux informations dont vous êtes probablement au courant mais qui sont plus qu'inquiétantes en ce qui concerne l'avenir de l'école et de nos enfants, et tout simplement l'avenir de la démocratie.

- On sait les inquiétudes et les protestations qu'a provoqué l'instauration d'un fichier informatique national où sont consignés un certain nombre de renseignements sur les élèves et leurs familles. Voir le dépliant publié par la Ligue des Droits de l'Homme et la pétition lancée pour demander son retraits

Un certain nombre d'enseignants et de directeurs d'école refusent courageusement et au nom de leur éthique, de communiquer les renseignements fournis par les parents au fichier informatique : un certain nombre d'inspecteurs d'académie, notamment dans l'Isère, ont déjà pris des sanctions vis à vis de ces directeurs : retraits de salaire, retrait de la fonction de directeur et pour certains mutation d'office. Dans toutes les académies les directeurs sont menacés de sanctions similaires. Que font les parents ?

A chacun de se faire son opinion, et, éventuellement, d'agir aussi bien comme parents que comme citoyens..

- Vendredi 13 juin, un certain nombre d'associations de parents, de parents, organise la "nuit des écoles". Il s'agit d'une manifestation pacifique, conviviale et de débat (voir blog : http://nuit.des.ecoles.over-blog.com/) Les dernières dispositions du ministère de l'éducation nationale ne sont pas aussi limpides que les médias et l'administration veulent le faire croire et méritent au moins qu'elles soient connues et que les parents citoyens puissent se faire une opinion.  Bien que cette manifestation soit tout à fait légale (les locaux scolaires sont, par décret !, à la disposition des parents d'élèves et de leurs associations pour leurs réunions), certains  enseignants sont menacés de sanctions s'ils y participent et l'inspecteur de l'académie de Paris, par mesure de rétorsion, a décidé de fermer les écoles le lendemain matin (sous prétexte d'un risque... sanitaire !).

Volà, chacun est libre d'avoir une opinion, mais il me semble que tout parent responsable doit pouvoir se faire une opinion, l'argumenter, en débattre et la manifester pacifiquement et de façon citoyenne. C'est tout au moins ce qui me semblait être un élement de la "parentalité" dont on ne nous rabat les oreilles que lorsqu'il s'agit de trouver des boucs émissaires. C'est tout au moins un élément de la démocratie pacifique et de la concertation dont on nous rabat aussi les oreilles mais qui n'est jamais mise en oeuvre.

Les comportements, de type totalitaires, de l'Education Nationale, sont plus qu'inquiétants. Il est plus qu'évident qu'une "réforme" est indispensable, mais en fait de réforme qui toucherait aussi les comportements et les relations, il s'agit que l'Etat impose SA simili-réforme. Vive la démocratie faite de garde-chiourmes ! Vive l'ordre où l'on ne peut que se courber et se taire ! Vive le contrôle de tous les faits et gestes, des vies privées, des opinions ! Fut un temps, on fustigeait les pays de l'Est qui était sous ce régime.

L'avenir immédiat de l'école, donc de nos enfants, est très sombre. Le nôtre aussi.

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03 juin 2008

multiâge

On me pose à nouveau fréquemment cette question : pourquoi les enfants apprendraient-ils mieux dans dans une classe unique ou multiâge (au moins 3 niveaux) ?

Il ya pas mal de raisons, plus ou moins complexes, mais il y en a une toute simple, que tout le monde peut comprendre, et même que tout le monde sait :

Comment vos enfants ont appris à parler, sans exercices ? parcequ'ils étaient dans une famille... où on parlait. Et tous apprennent à parler, même si ce n'est pas tous au même moment, de la même façon.

Quand les enfants entrent dans une classe unique, ils entrent dans un milieu où tout le monde lit, écrit, mathématise, expérimente...(à condition que ce soit "pour de bon", "en vrai", pas seulement pour faire plaisir au maître dans ses exercices).

C'est tout simple. L'école, c'est tout simple.

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02 juin 2008

Universités Populaires Parentales

Pris par le travail sur un ouvrage qui se révèle plus important que je ne le pensais au départ, mon blog est un peu en sommeil actuellement (mais pas son auteur !).

Je prends cependant un moment pour signaler un mouvement passionnant, né il y a 3 ans à l'initiative de l'ACEPP (Association des Colectifs Enfants, Parents, Professionnels), il s'agit des universités populaires parentales (UPP). Des groupes de parents, habituellement déconsidérés pour la plupart comme leurs enfants, émigrés, sans papiers, ordinaires,... qui se sont engagés dans la conquête de leur parole, dans l'affirmation de leur existence comme parents, dans leurs droits de penser, de critiquer, de s'auto-critiquer, de réfléchir collectivement, de proposer...  de s'autoriser à être "chercheurs" sur leur propre statut de parents insérés dans une société, face à des institutions.

Des universitaires les aident, en toute humilité (ce qui est intéressant à souligner... pour des universitaires) en leur apportant outils et méthodologie mais en restant totalement en retrait.

Il y en a 6 en France (Lille, Leznnes-Nord, Bassin minier-Pas de Calais, Vénissieus-Rhône, Pau-PA, collectif paroles de femmes-Rhône) une à Gand, une à Berlin, une en créatuon à Bruxelles.

Vendredi 30 mai un colloque d'une grande richesse faisait le point.

Je vous livre comment se définissent par exemple les parents du "collectif paroles de femmes" de l'UPP du Rhône :

"Nous sommes un réseau de groupes de femmes habitant les quartiers populaires. Nous sommes un réseau régional d'expertise et d'utilité sociale. Nous nous engageons dans la transformation sociale.

On dit que nous sommes des parents démissionnaires, nous somme des parents citoyens.

Avec l'UPP,

nous voulons passer de parents acteurs à parents chercheurs (tiens tiens, ça vous dit quelque chose enseignants fonctionnaires qui passent à enseignants chercheurs ? ! ndlr)

Nous voulons que nos enfants bénéficient des mêmes chances que les autres, du meilleur enseignement possible, de la même réussite, parce que quand on pense école, on pense réussite.

Nous voulons valoriser les potentiels et les talents des enfants et des familles habitant les quartiers populaires,

Nous voulons que le regard sur les familles des quarties populaires change,

Nous voulons déconstruire les représentations,

Nous voulons disqualifier la disqualification,

Réhabiliter la relation,

Dé-psychologiser,

Dés-individuliser,

Dé-médicaliser,

Pour

Re-sociologiser,

Re-citoyenniser "

Vous comprenez que, dès le début, j'ai été enthousiasmé par ces initiatives porteuses d'espoir !

Au passage, je vous signale un long commentaire très intéressant que vient de faire paraître ANNy Paule

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07 avril 2008

Sauver les dernières classes uniques

Nous lançons la pétition ci-dessous pour tenter de défendre les dernières classes uniques.

Pourquoi la signer et les soutenir, alors que l’on n’est pas directement concerné ?

Le texte de la pétition en donne quelques raisons.

Mais toutes celles, tous ceux qui pensent que l’école doit avant tout être un lieu de vie, qui pensent qu’il est folie d’engager massivement et sans plus aucun recours l’industrialisation de l’école, qu’il est folie de balayer définitivement tout ce qui est différent et qui a fait preuve de son efficience, qu’il est folie de se priver d’un véritable laboratoire qui ne coûte rien, tous devraient faire leur ce combat citoyen d’Astérix qui maintient une lueur d’espoir.

Signez, diffusez, publiez :petition

signature en ligne : http://marelle.org/petitions/index.php

POUR UN OBSERVATOIRE

DES CLASSES UNIQUES

Les classes uniques sont les derniers établissements publics ordinaires mais atypiques du système éducatif français.

Les pratiques y sont nécessairement plus ou moins différentes. Beaucoup ont été les pionnières de l'introduction des technologies nouvelles à l'école. Le partenariat de l'école avec les parents d'élèves et les municipalités y est souvent beaucoup plus effectif qu'ailleurs. Les travaux de la Direction de l'Evaluation et de la Prospective du ministère de l'Education nationale ainsi que ceux de l'Observatoire de l'Ecole rurale ont démontré que ses résultats, contrairement à toute attente, étaient au moins égaux à la moyenne nationale, voire légèrement supérieurs.

Le multiâge, qui en fait la caractéristique principale, fait l'objet d'expériences remarquées en milieu urbain, en France comme à l'école Antoine Ballard à la Paillade de Montpellier (10 classes uniques), et dans de nombreux pays étrangers (en particulier au Canada, aux Etats-Unis, en Norvège...).

Or, en France, ces écoles n'ont jamais fait l'objet d'observations, d'études, pas plus d'ailleurs qu'elles n'ont bénéficié d'une attention particulière des pouvoirs publics qui s'en sont toujours désintéressé.

L'Etat est en train d'éradiquer systématiquement les seuls établissements publics qui fonctionnent à la satisfaction des enfants, des parents, des municipalités. Il se prive des seuls établissements dont la réussite mériterait au moins qu'on s'interroge sur ses causes.

Ce faisant il ne réalise aucune économie, les travaux d'Alain Mingat de l'IREDU (Institut de la Recherche en Economie de l'Education) ayant démontré que l'éradication des petites écoles ne correspondait qu'à un transfert de charges.

Nous considérons que la suppression des dernières classes uniques constitue une grave erreur dans la gestion d'un système éducatif dont on cherche par ailleurs sur quelles bases il pourrait être amélioré. Se priver ainsi d'un terrain d'observation qui existe depuis des décennies, d'un laboratoire qui ne demande aucun investissement et dont les acteurs ne sont pas à convaincre, va à l'encontre des principes d'efficacité et de pragmatisme proclamés par ailleurs. Ce d'autant que de nombreux enseignants chevronnés sont prêts à participer à la formation et à l'aide de leurs collègues nommés en classe unique.

Nous demandons que, chaque fois que les parents d'élèves et les municipalités en manifestent le désir, toutes les classes uniques soient considérées comme des lieux d'observation à protéger et ne puissent être supprimées.

Pour signer la pétition : http://marelle.org/petitions

Merci pour votre soutien.

LES CREPSC (Centres de Recherche des Petites Structures et de la Communication)

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31 mars 2008

carte scolaire et classes uniques

C'est l'époque où dans chaque département tombe le couperet des suppressions. En milieu rural, comme depuis de nombreuses années, les classes uniques sont les premières visées.

Il devrait paraître surprenant que ce soit dans ces villages qui doivent "subir" une classe à 5, 6 parfois 7 cours, que la mobilisation pour défendre une école que l'on dit archaïque soit la plus forte. Cela n'intrigue personne. Rares sont ceux qui vont se rendre compte que dans ces lieux, en fait d'archaïsme, il s'agit d'une autre conception de l'école qui s'est mise en place tranquillement, qui est acceptée et défendue parce que, contrairement à ce que l'on veut croire, les enfants comme leurs résultats en bénéficient. A moins d'imaginer que ces parents qui défendent becs et ongles leur école à classe unique sont des français particulièrement stupides, incapables d'en juger les effets, incapables de suivre ensuite leurs enfants au collège, en somme des irresponsables... qui font confiance, eux, en leur école publique !

J'ai dù déjà signaler dans ce blog que même des Finlandais étaient intrigués et intéressés par ce qui se passait dans certaines de ces classes ! La direction de l'évaluatuion et de la prospective du ministère a même du convenir, qu'à la surprise générale, les résultats des CU étaient même supérieurs à la moyenne nationale (1990, 1993, 1995), ce qui a été confirmé par le très officiel laboratoire de l'école rurale.

Alors ? alors on se prive sans sourciller d'un laboratoire qui ne coûte rien, qui est déjà opérant depuis longtemps, dont on n'a même pas à convaincre les usagers et les partenaires de son intérêt. Aucune entreprise soucieuse de son avenir ne s'amputerait ainsi d'un tel outil. Mais c'est ce que l'Etat fait en même temps qu'il n'arrête pas de proclamer l'efficacité à tous crins, en même temps qu'il n'hésite pas à se lancer et à lancer toute une population dans une réforme pour le moins hasardeuse et qui n'est étayée que par des croyances.

J'avais, en 2002, au nom de mon organisation les CREPSC, fait au ministère encore socialiste la proposition que vous trouverez ci-après.  Elle n'avait eu évidemment aucun écho, tant auprès des décideurs que des organisations d'enseignants ou de parents d'élèves qui auraient pu s'y associer. Probablement trop simple et surtout ne concernant en apparence qu'une microscopique minorité. A moins qu'elle ait pu faire courir un risque aux croyances bien établies. Elle me paraît toujours d'actualité. Des établissements expérimentaux qu'il n'y aurait même pas besoin de créer ! Une boputeille à la mer ?

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Proposition pour une Transformation de l'ensemble des Classes Uniques en "observatoire de l'hétérogénéité et des petites structures".

Bien qu'il n'y ait pas à notre connaissance de directive ministérielle organisant l'éradication des classes uniques depuis la fin du moratoire, chaque année un bon nombre sont supprimées dans la plupart des académies, et ce contre la volonté de parents et de municipalités de les conserver.

  • Considérant que ces classes sont des lieux particuliers où un certain nombre de conditions telles l'hétérogénéité maximum, la disposition du temps, de l'espace, l'osmose avec l'environnement, l'interaction plus forte qu'ailleurs entre les partenaires de l'école (parents, municipalité) induisent une approche notablement différente de l'acte éducatif,

  • Considérant que tous les travaux ont démontré, contrairement à ce qui était généralement attendu, que les résultats y étaient au moins aussi bons que la moyenne nationale mais sans que l'on en ait réellement déterminé les causes,

  • Considérant qu'elles ont généralement moins posé de problèmes qu'ailleurs pour l'application des réformes officielles (du Tiers-temps pédagogiques à la réforme des cycles en passant par l'introduction des TNC),

  • Considérant qu'elles ont été le berceau de la plupart des pédagogies modernes,

  • Considérant que toutes les hypothèses actuelles permettent de penser qu'un certain nombre de leurs caractéristiques et les pratiques qu'elles induisent pourraient être des éléments indicateurs important quant à la solution d'un certain nombre de problèmes actuels (hétérogénéité, violence, citoyenneté, échec scolaire....)

  • Considérant enfin que tous leurs praticiens se trouvent engagés de facto dans une recherche d'innovation face à une problématique différente, et que cette problématique en elle-même oblige à reconsidérer un certain nombre de pratiques,

Nous proposons au Ministère de l'Éducation Nationale :

  • 1/ Le classement de toutes les classes uniques en "établissements faisant partie d'un dispositif d'observation" sous réserve :

    • Que municipalités et parents le demandent conjointement.

    (à noter qu'il est de facto impossible qu'une classe unique se maintienne sans la confiance des parents et des municipalités en ce type de structure.. La manifestation de cette confiance et de cette volonté semble un préalable logique à l'engagement de l'administration).

    • Que les 3 partenaires (enseignant, parents, municipalité) s'engagent à participer à un certain nombre de recherches, soit sur le plan académique, soit sur le plan national (groupe de travail, communication, accueil de visiteurs ....)

    (Serait induite ainsi une implication active et participative des parents et municipalités et la démarche deviendrait ascendante. "L'usager parent" serait transformé en véritable acteur. Les modalités seront à inventer et les endroits où déjà cette implication existe pourront servir de points d'appui)

    • Que chaque enseignant s'engage à travailler au sein d'un réseau de classes uniques (et/ou classes hétérogènes), ce réseau constituant à la fois un lieu d'aide, de formation et de recherche. Ces réseaux sont distincts des RRE et n'ont pas la même fonction. Des réseaux existant déjà depuis longtemps et utilisant la télématique (réseau Marelle dont l'origine date de... 1985!) ont une certaine expérience sur laquelle on peut s'appuyer. D'autres plus réduits peuvent être créés à l'échelon départemental ou académique.

    (S'inscrirait officiellement dans un dispositif une pratique qui a justement permis à de nombreux praticiens des CU, et depuis longtemps, à la fois de s'entraider, de progresser et de chercher. D'autre part cette proposition s'inscrit justement dans les dernières volontés affirmées du MEN de généralisation des TNC)

  • 2/ L'ensemble du dispositif "classes uniques" a pour objectif d'identifier les éléments qui ont permis à ce type d'établissement d'obtenir des résultats positifs et les possibilités de réinvestissement éventuel dans le système éducatif.

    • Constitution d'un (ou plusieurs) groupe(s) de travail et de recherche praticiens/chercheurs (INRP, CNRS, INSERM, UNIVERSITES.....)

    • Les axes de recherche de ce groupe concerneront d'une façon générale la recherche des paramètres qui permettent l'enclenchement des processus d'apprentissage dans ces lieux particuliers. Ils pourront être :

    • - les processus d'apprentissage dans les classes hétérogènes,

      - l'hétérogénéité et les transformations qu'elle induit dans les représentations et les pratiques,

      - la communication (interne et externe) son rôle dans les processus d'apprentissage et les transformations qu'elle induit,

      - les processus qui conduisent à une modification des pratiques et l'identification des éléments qui la rendent difficile ou facile,

      - les nouvelles formes de relations enseignants-parents-élus et leurs implications dans la professionnalisation du métier d'enseignant,

      - l'importance de l'espace et du temps et de l'osmose avec le milieu.

    (Praticiens, parents, élus seraient impliqués dans cette recherche dont l'intérêt dépasse le seul cadre des classes uniques et peut concerner l'ensemble du système éducatif-) 

  • 3/ Les classes uniques ne sont pas considérées comme établissements expérimentaux ou d'application. Elles font partie d'un dispositif d'observation d'une situation jusqu'à maintenant ordinaire (c'est sur l'ensemble des classes uniques qu'ont porté les travaux de la Direction de l'Evaluation et de la Prospective et de l'IREDU). Elles continuent à faire partie du mouvement des instituteurs, pouvant toujours être choisies par n'importe quel enseignant, y compris les débutants. Le réseau dans lequel ils sont alors inclus assure la sécurité de leur action.

  • (Les CU sont considérées globalement comme un terrain d'observation existant et non pas comme un nouveau terrain. Au demeurant cela élimine autant de problèmes administratifs, financiers ou structuraux)

  • 4/ L'ensemble des classes uniques constitue donc un laboratoire et un observatoire reconnu. Leur suppression ne peut intervenir que si la démographie actuelle et prévisible ne donne aucun espoir de survie et que si les parents et la municipalité y renoncent.

      5/ Les praticiens des CREPSC (instituteurs de classes uniques ou classes hétérogènes), s'engagent à participer avec leurs moyens et leur expérience à cet observatoire.

  • (Depuis 1990, les CREPSC, groupe d'enseignants essentiellement de classes uniques ont constitué une réseau d'échanges, de mutualisation et de recherche en utilisant entre autre les Technologies Nouvelles de Communication, d'abord sur le serveur 3614-Marelle qu'ils ont créé, ensuite et actuellement sur internet)

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    19 mars 2008

    Réformes, réformes, réformes...

    Réforme, réforme et  re-réforme ! le mot miracle ! prononcé un nombre infini de fois ces derniers mois, ces dernières années, et encore plus aujourd’hui.

    D’abord, il y a mille réformes possibles et différentes, mais tout est réduit en ce qui serait LA réforme. Bonnes gens, nous allons faire LA réforme, parce qu’il n’y en a qu’une !

    C’est la plus vaste escroquerie intellectuelle à laquelle se prête complaisamment médias, pseudo intellectuels, politiques, tout ce qui a micro sur rue.

    Or, tout ce qui est annoncé à grands cris, psalmodié comme la potion magique à faire ingurgiter de toute urgence au populo, n’a strictement rien à voir avec ce qui pourrait être une réforme ou une autre réforme. Les mesures annoncées,  soi-disant réclamées, ne changent strictement rien au système d’où découlent maux, injustice, inefficience. Elles ne font que, tenter d’aménager le système en restreignant certains de ses effets (retraites, sécurité sociale), l’amputer d’une partie sur laquelle il reposait (détricotage du code du travail), réorienter l’attribution de moyens (carte judiciaire), réorienter la distribution étatique (cadeaux fiscaux)... Ce qui ne réforme rien du tout !

    Dans le domaine que je connais le mieux, l’éducation, ce serait à mourir de rire si ce n’était si dramatique. Voilà une réforme, annoncée à coups de clairons comme celle du siècle, qui consiste à supprimer trois heures de classe pour la majorité pour les faire subir à une minorité, à rajouter des contrôles et des évaluations à tous les coins de la scolarité comme on rajoute des caméras de vidéosurveillance à tous les coins de rue, à pondre un ennième programme, à instaurer des « stages » pour ceux que le système aura ou loupé, ou abimé, stages animés par… les mêmes, à proclamer une liberté pédagogique qui a toujours exister et qu’on aurait bien du mal à supprimer puisqu’on ne sait pas comment les enseignants pourront bien arriver à remplir les objectifs annoncés aux micros, tout en obligeant lesdits enseignants à pratiquer des méthodes officielles (comme si un ministre de l’agriculture décidait que les vignerons devront tailler comme ceci et pas comme cela, à tel moment et pas à un autre, ou comme si un ministre de la santé imposait le retour à la saignée systématique !) etc. Bref, faire croire au « peuple » qu’on a tout réformé quand on ne réforme rien du tout et qu’en fait de réforme on revient à toute allure à la préhistoire de l’école.

    Dans le système éducatif il n’y a eu que deux moments où il y a vraiment eu tentative  d’un début de réforme, c’est à dire de modification du système éducatif :

    - Lorsque l’on a instauré le collège unique pour tous. L’ennui c’est qu’à partir de cette modification partielle de la structure du système éducatif, on n’a pas d’une part modifié la conception éducative et les pratiques du collège, on n’a pas d’autre part modifié la conception et la structure de ce qui était en aval du collège. Cela a été comme mettre du gasoil dans un moteur à essence ! et de s’étonnetr ensuite que cela ne marche pas.

    - Lorsque l’on a instauré les cycles. L’ennui, dans ce cas, c’est que cet embryon de réforme n’a jamais été appliqué ; et on accuse la même inappliquée réforme des maux d’aujourd’hui !

    Ce qui est le plus inquiétant, c’est que tout le monde gobe cela sans sourciller. Seulement récriminer après un « programme » encore plus stupide que les autres, qui sera « appliqué » de la même façon que les autres, c’est aussi s’éviter de remettre en cause un système, remise en cause qui, elle, serait une réforme.

    Finlandais, quelle potion magique avez-vous absorbée ?

    Posté par bernard_collot à 21:18 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    Ecologie

    Un lecteur du blog, Alain Claude Galtié, m'a fait parvenir un très long texte "Naufrage écologique et social planétaire". En attendant qu'il se soit construit son propre blog ou site, je vous le mets en consultation ici.

    Posté par bernard_collot à 15:17 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    Système éducatif Finlandais encore !

    J’ai souvent cité le système finlandais dans ce blog, j’avais en particulier signalé l’article d’un principal de collège, Paul ROBERT, qui n’avait pas hésité à se rendre en Finlande pour se rendre compte, de visu, ce qui rendait ce système éducatif si efficace.

    Il vient de compléter son analyse dans un bouquin paru ces derniers jours aux éditions EFS (voir ci-dessous).

    A lire ! et ce devrait surtout être les gouvernants et ministres de l’éducation actuels qui devraient impérativement le lire (les anciens pourraient le lire aussi !). Il est assez surréaliste d’entendre nos dirigeants seriner à tout bout de champ et de discours qu’il faudrait voir ce qui se passe ailleurs… quand cela les arrange et même quand ça ne marche déjà plus ; mais, en ce qui concerne l’école, nos « libéraux » qui sont loin d’être des « libertaires » maintiennent et renforcent de façon dramatique un système et la conception archaïque de l’école qui en font un des système éducatif le plus étatique et le plus rigide de la planète. En réussissant le tour de force de l’acheminer simultanément vers la privatisation ! Ah ! les français sont vraiment forts !

    Bonne lecture.

    La Finlande

    Un modèle éducatif pour la France ?

    Les secrets de la réussite

    Paul Robert

    Comment peut-on amener les élèves à des performances exceptionnelles en lecture, en mathématiques et en sciences sans les accabler de travail ? Peut-on les motiver sans passer son temps à les évaluer ? La décentralisation et l’autonomie iraient de pair avec une remarquable uniformité des résultats entre établissements ? En démontrant que tout cela est possible, la Finlande est devenue le pays du paradoxe éducatif où, depuis ses brillants résultats aux évaluations internationales PISA en 2000, 2003 et 2006 tous les éducateurs du monde entier viennent y chercher la solution aux maux de leur propre système.

    Pourtant, aucune étude approfondie du phénomène finlandais n’était encore parue en France. Ce livre a l’ambition de combler cette lacune. Il propose à tous ceux, enseignants ou responsables éducatifs, qui veulent sortir l’école française de l’impasse, de faire le détour par un pays qui a su, en 30 ans, transformer un système sélectif et inégalitaire, générateur d’ennui et de violence, en une école où l’excellence va de pair avec l’équité, et l’épanouissement de l’élève avec l’acquisition des connaissances.

    Dans quelle mesure la France, sans idéaliser abusivement le système finlandais ni minimiser les

    difficultés d’une simple transposition de ses méthodes, pourrait-elle s’inspirer de cet exemple pour construire enfin vraiment une école de la réussite pour chacun ? L’auteur se propose ici de transmettre les clés d’un tel succès en analysant une démarche. Il donne des réponses précises et concrètes à des questions essentielles en pédagogie.

    « Car en sortant des débats hexagonaux nous sommes en mesure de réinterroger notre propre institution, voire d’envisager d’autres modalités d’enseignement que celles qui dominent aujourd’hui chez nous et paraissent immuables. Nous sommes aussi invités à dépasser des polémiques stériles sur l’autorité ou la pédagogie... La lecture de cet ouvrage s’impose pour quiconque veut s’impliquer dans la réflexion sur l’avenir de notre École. On en sort plus informé et plus lucide. Ragaillardi aussi. » Philippe Meirieu

    L’auteur 

    Agrégé de lettres classiques, Paul Robert, après avoir enseigné pendant 20 ans en utilisant des pédagogies de contrat et de projet qui visent à responsabiliser l’élève par rapport à ses apprentissages, est actuellement principal d’un collège dans le Gard où il expérimente depuis 3 ans avec une équipe d’enseignants des solutions d’hétérogénéité modulée qui s’avèrent prometteuses. Il a effectué en avril 2006 un voyage d’étude en Finlande, qui l’a convaincu que les solutions mises en place dans ce pays pouvaient être une source d’inspiration pour faire évoluer le système éducatif français.

    Parution : Mars 2008

    ISBN : 978-2-7101-1934-0

    160 pages – 22 !

    Auteurs : Paul Robert

    Collection : Pédagogies

    www.esf-editeur.fr

    Commandez directement ce livre avec un chèque de 22 euros (port gratuit) à ESF éditeur, Chantal Marez, 2 rue Maurice Hartmann, 92133- Issy les Moulineaux cedex

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    20 février 2008

    Réforme attrape nigauds

    Jules Ferry, voire Guizot, vont apparaître comme de dangereux révolutionnaires par rapport à ce qu’annonce, dans l’indifférence notre président et son valet, ministre de l’éducation. Rupture, réforme, changement… qui ne sont que de vertigineux retours vers ce qui était réservé aux peuples colonisés. Du « travaillez plus si vous voulez manger » et dites merci si vous avez du travail, au « que vos enfants se contentent d’ânonner, ça suffira comme fondamental ». Cela ne fait lever personne.

    Notre petit père ne va pas tarder à proférer qu’il faut revenir à la saignée systématique et qu’elle sera le seul acte médical autorisé dans le système de santé octroyé au peuple, ce qui ne sera pas d’un niveau inférieur à ce qui est déjà proféré à longueur de médias sur tous les sujets.

    Qu’il était bon le temps des serfs ! Mais ne vous tracassez pas, nous y revenons à grands pas. Cela s'appelle rupture et on pense pour vous.

    Je suis abasourdi au-delà de ce qu’il est possible d’être abasourdi. Comme je ne peux imaginer que les culs-i de ceux qui nous gouvernent soient au degré zéro (ce qui vaudrait peut-être mieux), je ne peux que penser que c’est bien délibéré. Et je suis effrayé au-delà de ce que pourrait être une salutaire frayeur qui pousse au moins à agir, ne serait-ce que fuir.

    Mais vous pouvez toujours discuter, ou plutôt écouter discuter nos docteurs patentés, sur "le plus grand bouleversement de l'école" que constitue la suppression du samedi matin" ! Comme on le sait, nous avions été grandement bouleversés par la suppression du samedi après-midi ou le transfert du jeudi au mercredi ! Nous avons de grands rupteurs !

    Quelle chance nous avons de vivre dans une des mères de la civilisation.

    Posté par bernard_collot à 09:40 - Réactions à l'actualité - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    06 février 2008

    Gifle

    Trader fou, mariage, gifles… ce qui claque médiatiquement et qui fait qu’on en reste prudemment à la claque. Nos investigateurs journalistes, experts, philosophes et autres moralistes se gardent bien de chercher tout ce qu’il y a en amont de l’explosion verbale ou manuelle.

    « Connard », claque d’un prof, claque d’un inspecteur d’académie, qui succèdent à de nombreuses claques de parents, claques d’enfants. Manque de civilité bien sûr, manque d’éducation parentale évidemment, mon pauvre môssieur, dans quel monde on vit !

    Il ne vient pas à l’idée qu’insultes, gifles, qu’elles soient proférées ou données par les uns et les autres ne sont que les seules et dernières possibilités d’exister, pour ceux qui sont enfermés dans une situation dont ils ne sont pas responsables. L’enfant se sent nié et est nié, il ne peut plus qu’insulter. Le prof se sent nié, il claque. Le parent se sent nié et est probablement nié, il porte plainte, occupe de plus en plus irasciblement un couloir, le chef se sent nié, il gifle à son tour (mais qu’on fait ses parents ?!).

    L’Education nationale est conçue pour qu’elle n’ait jamais affaire à des personnes. Ceux qui en sont sa cible, enfants, ados, parents, n’ont aucune possibilité de participer à la façon dont ils sont… mangés. C’est comme ça, c’est pour votre bien, circulez ou plutôt ne circulez pas, il n’y a rien à voir, rien à dire.

    Il n’existe aucun endroit institué où ceux qui subissent (1) l’école puissent exprimer des doutes, des inquiétudes, des remarques, des questionnements, des critiques, des propositions, des idées, des envies… Aucun endroit où une parole d'un sujet puisse être exprimée, entendue et, éventuellement, prise en compte. Il n’existe aucun lieu que l’on pourrait qualifier de concertation qui débouche alors sur de la collaboration (2). Tout ceci est interdit, doit être refoulé, contenu. L’Education nationale a créé l’interdiction de la parole, sauf si c’est une parole servile.

    Que reste-t-il possible alors ? d’un côté la peur qui fait renforcer les murs protecteurs, de l’autre l’explosion violente.

    Mais il n’y a pas que dans l’Education nationale, malheureusement. Mangez ce qu’on vous met dans les rayons et ne vous préoccupez pas comment on vous le fabrique, bossez comme on vous le dit et dites merci qu’on vous laisse au boulot, ne votez plus depuis qu’on sait que vous pouvez mal voter : on pense pour vous ! on s’occupe de votre bonheur, il viendra… au paradis !

    Après les gifles, que restera-t-il sinon les pavés ?

    Quelle chance on a de vivre dans un monde civilisé.

    (1)    Je ne répéterai jamais assez que l’école actuelle est une mainmise de l’Etat sur l’essentiel de la vie des personnes à laquelle elles ne peuvent échapper. Peu importe à la limite les intentions de cette mainmise.

    (2)    Ceux où cela pourrait exister comme les conseils d’école ou les conseils de classe ne sont que des leurres puisqu’il y ait interdit de parler pédagogie, donc de parler d’école !

    Posté par bernard_collot à 12:05 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    05 février 2008

    pénitences, cahiers

    Clin d'oeil

    "Vive les vacances, à bas les pénitences, les cahiers au feu, le maître (ou la maîtresse) au milieu"

    Vous avez peut-être oublié ou jamais connu cette ritournelle qui était entonnée en monôme , souvent hurlée, par les enfants à la veille des "grandes vacances". Cela ne choquait personne et était même entendu avec un attendrissement certain, pour ne pas dire une certaine complicié, par parents et passants.

    Il faut attendre aujourd'hui d'être rappeur pour oser une contestation verbale aussi violente de ce qui fait la base d'un système (pénitences, cahiers, maîtres) ! Et s'attendre au foudres bienséantes !

    Bien sûr, le verbe n'est pas la chair !

    Posté par bernard_collot à 11:01 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    01 février 2008

    Mai 68, carricaturé, détourné, occulté

    Suite au dossier de Libé du 1 er février 2008.

    C’est avec une colère de plus en plus grandissante que je lis, j’entends, je vois l’image que l’on fabrique de mai 68.

    J’accuse les Cohn Bendit, Sauvageot, Glucksmann et autres de l’avoir transformé en une pièce de théâtre parisienne dont ils ont été, ou veulent pour certains rester, les vedettes.

    J’accuse les intellectuels d’aujourd’hui d’ignorer ou de feindre ignorer que d’autres intellectuels, bien avant 68, avaient jeté les bases de ce qui a failli être une révolution.

    J’accuse les partis politiques, les organisations syndicales, d’avoir mis tout leur poids pour enrayer ce qui leur échappait et risquait de les remettre en cause, ce qu’is paient encore aujourd’hui.

    J’accuse les médias de se cantonner dans la reproduction d’une image sans avoir jamais chercher à savoir et informer sur ce qui se passait sous la partie visible de l’iceberg complaisamment étalée. Je les accuse avec les intellectuels, les historiens de ne pas avoir voulu montrer comment les acquis fugitifs mais immenses de 68 ont été patiemment détricotés dès le lendemain pendant 40 ans. Je les accuse d’escroquerie intellectuelle, d’aveuglement historien, de déni d’information.

    J’accuse Libé (et July), qui avait été l’avènement d’une nouvelle conception de la presse détachée du conformisme et du politiquement correct, d’avoir bradé ce qui faisait son essence et son sens jusqu’à oublier dans son analyse de 68 sa propre origine et sa propre histoire.

    Mais je n’accuse pas Sarkozy d’en avoir encore peur et de vouloir définitivement éradiquer tout ce qui pourrait encore en rester ! C’est à dire terminer le boulot de tous ses prédécesseurs entamé dès le lendemain du mois de mai.

    Mai 68, c’est ailleurs qu’à Paris, ailleurs que sous les barricades ou dans les scènes de la Sorbonne qu’il a vraiment eu lieu. Même si les manifs, heurts avec les CRS, slogans étudiants, en ont été l’étincelle et une pseudo-vitrine.

    C’est partout ailleurs qu’il a eu lieu, là où les micros et caméras ne vont pas. Cela a été une formidable prise de conscience pacifique de la citoyenneté. Une étonnante découverte des autres et du pouvoir collectif qui pouvait en découler, une étonnante pratique de l’écoute, une rupture des clivages sociaux culturels.

    Dans ma campagne, nous nous retrouvions quotidiennement, enseignants novateurs, enseignants traditionnels, parents, paysans, artisans, anciens de 36... Entre pétanques, saucissons et beaujolpif nous nous penchions sur notre école, nos relations socio-économiques, le travail, nos institutions et nous trouvions des consensus dont on était sûrs qu’ils pouvaient être concrétisés dès le lendemain, au moins à notre niveau local. Nous étions prêts à les mettre en œuvre nous-mêmes. Nous n’inventions pas une utopie, nous vivions déjà dans l’autogestion sans avoir à la théoriser.

    Les clivages qui paraissaient insurmontables s’écroulaient tout seuls. Des curés (pas tous bien sûr) défendaient les grévistes en pleine chaire. Nous allions casser la croûte et discuter avec les grévistes des usines de St-Etienne, des ouvriers grévistes venaient casser la croûte avec des instits grévistes. L’école, la bouffe, le boulot à la chaîne… devenant l’affaire de tous.

    Les solidarités pour pallier aux effets de la grève s’établissaient toutes seules. Covoiturage, accueil des enfants, confection des repas… C’est à cette époque que sont nées les crèches parentales, « Libération » servant de relai informatique. La fabuleuse aventure des Lip dont on se garde bien de parler aujourd’hui mais qui faisait qu’on était tous fiers d’arborer une « lip » !

    Ce qu’on se garde bien de dire aussi c’est que c’est bien avant 68 cela bougeait. Dans mon domaine, l’école, dès les années 60 les mouvements pédagogiques avaient retrouvé le dynamisme, l’invention qui avaient été les leurs dans les années précédent 1936 ! (voir le dossier que j’ai réalisé il y a dix ans pour le cinquantième anniversaire http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/68.htm)

    Et personne ne rend compte du détricotage entrepris, dès les années 70, pour éliminer ou rendre stériles les acquis, qu’ils soient au niveau du monde du travail ou de l’éducation. Ce qui permet de dire sans rire que 68 n’a servi à rien ! comme on pourrait d’ailleurs dire aujourd’hui que 1936 n’a servi à rien, que 1789 n’a servi à rien puisqu’on se retrouve sous un régime monarchique avec un droit du travail réduit à pas grand chose.

    Au niveau de l’éducation le détricotage a duré 40 ans, et c’est encore l’éducation au premier chef qui est visé par les déclarations présidentielles hystériques. Les 3 derniers ministres n’ont fait que mettre un point d’orgue à l’élimination de ce qui avait été injecté par les ministères des années 70, injecté il est vrai sans modifier un système qui date lui du XIXème siècle. Dans cette démolition patiente, des ministres de gauche se sont d’ailleurs illustrés comme Jean-Pierre Chevènement !

    Ce qui a fait peur, en 68, ce qui fait toujours peur à Sarkozy et je le comprends, c’est qu’en dehors du théâtre parisien, des milliers de personnes ne se sont pas révoltées mais sont devenues citoyennes, ont osé penser, proposer, échanger, concevoir, critiquer et même se critiquer, réaliser, assumer… par elles-mêmes, collectivement, librement, adultement, consciemment. C’est terrifiant pour toute la nomenclature politique, syndicale, économique, possédante. Bien plus qu’une révolte qu’on peut mâter, détourner, gruger. Le spectacle des pavés arrachés ou des graffitis estudiantins qu’on expose encore aujourd’hui ne sont que des leurres bien utiles.

    Posté par bernard_collot à 16:46 - Réactions à l'actualité - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    29 janvier 2008

    Sanitaires à l'école

    J'avais fait il y a quelques temps un billet sur "le libre pipi à l'école". Un rapport sur les sanitaires à l'école vient d'être publié par le très officiel 'Observatoire national de la sécurité et de l'accessibilité des établissements scolaires". Rapport ici, questionnaire là.

    Très curieusement, il n'est pas indiqué qu'un certain nombre d'Inspecteurs d'Académie ont refusé d'y participer.

    Très curieusement, dans le questionnaire aux élèves il y avait bien une question concernant la possibilité d'aller aux toilettes pendant les cours, mais le rapport ne fait aucun état des réponses obtenues !

    Très curieusement il n'a pas été demandé aux enseignants s'ils autorisaient leurs élèves à se rendre aux toilettes pendant le cours et si cette autorisation, si elle existait, était liée à des conditions ou susceptible d'entraîner des sanctions.

    Comme par hasard un journaliste d'Europe 1 voulant avoir une image sonore du rapport a obtenu comme première raison invoquée par une petite fille qui n'allait pas aux toilettes pendant l'école qu'elle n'osait pas demander.

    Grâce aux rapports, on sait tout.

    Posté par bernard_collot à 10:46 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    Société Générale

    Je ne peux m’empêcher de déborder un instant de mon domaine et de l'objet de ce blog, de me mêler de ce dont je suis totalement incompétent. Pardonnez-donc ce qui n’est qu’élucubration.

    L’affaire de la Société Générale défraie la chronique de l’actualité. Pensez donc, 5 milliards d’euros dont on ne peut cacher qu’ils se sont envolés en fumée.

    Le problème est là : pas possible de le dissimuler. Il y a comme cela des milliards qui rentrent quelque part (où ?), probablement dans des poches qui elles ne sont pas virtuelles, qui s’envolent (où ?), probablement dans d’autres poches. Des milliards qui proviennent d’où ? on ne cesse de le proclamer, de l’économie. Et l’économie c’est quoi ? on ne cesse de nous le répéter, le résultat du travail de celles et ceux qui doivent travailler plus… pour que les milliards se baladent au gré du jeu de quelques-uns. Nous ne travaillons plus pour manger, nous chauffer, nous abriter, nous travaillons pour l’économie.

    L’affaire est bien ennuyeuse. Il paraît qu’ailleurs des monceaux de milliards ont aussi disparu. De quoi ? de comptes. Des comptes de qui ? des machines qui tiennent les comptes de ceux qui peuvent avoir des comptes… mais pas des comptes de ceux qui tiennent les machines. Quel est le problème ? la sacro-sainte économie risque de battre de l’aile. La sacro-sainte économie éjecte des milliers de personnes de leur maison, les fait rejoindre les millions qui y sont déjà pour son bienfait. Elle récupère les maisons vides de ceux qu’elle y avait mis en les rendant esclaves à vie de l’engraissement… de la machine. L’esclavage du crédit. Que va-t-elle faire de ces maisons vides, la machine ? Rien ! Une maison vide, c’est du capital quand tu en as des milliers. Le capital c’est quoi ? C’est ce que les autres n’ont pas. C’est ce que les autres te donnent même quand ils n’ont rien. Les chômeurs rentrent dans le capital : ils font baisser le coût du travail. La valeur du travail ? elle est d’autant plus grande qu’elle ne coûte rien à ceux qui l’utilisent.

    L’affaire est bien ennuyeuse si par hasard les esclaves se mettaient à réfléchir sur la façon dont ils sont asservis. S’ils découvraient la nature du système. Bien qu’ils soient quand même assez aveugles pour ne pas trop s’interroger depuis que les couacs ne sont plus tout à fait aussi bien dissimulés que du temps où l’on ne savait rien de ce qui se passait au delà de son village ou de sa rue.

    Alors il n’est pas possible que l’affaire de la Société Générale soit du même type que celle des banques américaines qui ont mis hors de chez eux les innocents qui croyaient qu’ils avaient une maison. Non, chez nous le système tourne très bien pour notre plus grand bonheur et à notre plus grand service.

    S’il y a eu un couac, c’est à cause d’un p’tit jeunot qui voulait se faire bien voir de son patron. Un sacré génie qui peut s’amuser avec le système le plus contrôlé du monde (le système de la SG était, paraît-il, une référence mondiale), des centaines de contrôleurs, faire valser des milliards sans que personne ne le voit… sauf le jour où c’est bien utile de sortir le diable de sa boite pour éviter qu’on ose imaginer que la valse des milliards, cela fait belle lurette qu’elle se fait sur notre dos. Et que s’il faut qu’on soit éjectés, nous aussi de nos baraques pour que la machine tourne, il n’y aura ni problème, ni hésitation. Miraculeux Jérôme, sauveur de sa boite !

    Amusez-vous à faire perdre 100 € à votre patron et vous allez avoir un procureur qui déclarera, « oui, bien sûr, mais il est très honnête ce ptit gars ! ». Voilà que notre Jérôme national est très honnête. C’est bien dommage. J’aurais aimé imaginer qu’il ait pu le faire soit pour sa propre poche, soit, bien mieux, pour foutre en l’air ce qui maintient l’humanité en esclavage. Le génie, aurait été cela.

    Il est évident qu’il fallait sortir d’urgence un trompe l’œil de la valise illusionniste. Toute la machine médiatique, qui ne fait que compléter l’autre, s’est mise en branle. Focalisez vous sur la marionnette Jérôme que je vous sors de la main droite pour ne pas voir ce que je manipule de la main gauche, truc vieux comme le monde de l’illusion. Chez nous, ce n’est pas comme aux Etats-Unis, nous, nous avons un Jérôme à vous fourrer sous le nez. J’espère pour Jérôme qu’il est largement récompensé, quoique les requins de la machine ignorent habituellement la gratitude.

    Bien sûr, notre président en rajoute une couche pour éteindre toute velléité interrogative. Il faut que le grand chef de la Société Générale paie un peu au nom du nouveau dogme de l’illusion, la responsabilité. On aimerait mieux qu’il soit irresponsable, que tous ces guides suprêmes soient irresponsables des conneries et des vilénies qui mènent l’humanité dans le mur. « Il faut qu’il démissionne ! ». Et cela ne fait rire personne. Ces dizaines de « responsables » qui démissionnent finalement de rien du tout mais avec des millions d’euros en récompense. Seulement quelques dizaines de millions. On va même croire qu’ils sont punis !

    Opération magistralement réussie. Nous n’y voyons que du feu. On va presque dire merci. On va supporter la crise comme quelque chose de naturel dont cette fois plus personne n’est responsable, surtout pas ce « système » que l’on prend lui aussi pour naturel, inéluctable, irremplaçable.

    Avez-vous remarqué que ce qui a failli révéler notre asservissement s’appelle Société Générale ? pauvre société !

    Et chacun des systèmes en étroite corrélation qui régissent notre vie sortent ainsi de leur chapeau, au moment où il le faut, les leurres qu’ils agitent sous notre nez. Une vache folle par ci, un canard grippé par là, un téléthon de temps en temps, la crise de l’orthographe tout le temps, des émigrés partout, nos voitures qui vont brûler, de l’écologie menaçante (pauvres qui ne pouvez vous payer la géothermie, ou les nouvelles bagnoles, vous n’avez pas de pot), des OGM salvateurs, une chanteuse de président, l’allongement de la vie malencontreuse pour nos retraites, un éternel trou de la sécu, un sous-fifre contamineur de sang, des SDF qui veulent pas se soigner, etc. etc.

    Et on gobe, et on gobe !

    Posté par bernard_collot à 10:00 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    03 janvier 2008

    Finlande

    Il m’est arrivé de citer fréquemment la Finlande et son système éducatif, champion du monde en ce qui concerne ses résultats. J’ai eu la chance, il y a quelques années, de côtoyer des enseignants et universitaires finlandais au cours d’une rencontre européenne « Erasmus » et, comme par hasard, malgré la barrière de la langue, c’était avec eux que j’étais le plus en phase. Et pour cause !

    Pour celles et ceux que cela intéresse, je signale le passionnant rapport fait par un principal de collège du Gard, Paul ROBERT, qui a voulu aller voir sur place pourquoi cela marchait si bien. (ici) ainsi qu’une réflexion de Laurent CARLE, psychologue scolaire, à ce propos : (là)

    Résumé du système finlandais qui, finalement, a beaucoup de ressemblances avec ce que préconisait en France le fameux plan Langevin-Wallon en 1945… et qui n’a jamais été mis en route. Soixante ans de perdus et probablement encore beaucoup à se farcir de fausses ruptures !

    Ecole fondamentale de 7 à 16 ans (sans rupture à la française entre primaire et secondaire) : pas d'enseignement prématuré, pas de forçage

    Pas de cours magistral

    Le dialogue maître-élèves passe avant le monologue magistral

    Journée de classe plus courte

    Peu de travail à la maison

    L'école est un service public. Les professeurs sont au service des usagers (les élèves et leurs familles), ils dialoguent directement sans intermédiaire (conseiller de "vie scolaire", assistante sociale ou psychologue). Les problèmes ne sont soumis aux parents que lorsque la recherche de solution directe par le dialogue avec l'élève n'a pas abouti (et en ce cas l'élève n'est pas tenu à l'écart de l'entretien)

    Les élèves participent activement à la construction du sens et des savoirs

    C'est à chacun de choisir son chemin pour parvenir à la connaissance (tous les chemins sont respectés et légitimes)

    Les conduites d'apprentissage ne sont pas moralisées. L'échec n'est pas attribué à une insuffisance de travail, à une résistance ou à un refus des savoirs. Il n'est pas l'indicateur de l'immoralité de l'élève. La réussite n'est pas le révélateur de sa "bonne volonté". L'humiliation n'est pas une arme pour stimuler les "mauvais élèves". On accorde toujours une deuxième chance de réussir un test raté.

    L'hétérogénéité est la norme

    Pas de compétition

    Pas de notation chiffrée avant 13 ans (et quand des notes chiffrées sont enfin données, elles sont étalées sur une fourchette réduite entre 4 et 10). Aucune note ne venant "récompenser l'effort", l'élève ne "travaille" pas pour la note.

    Pas de redoublement

    Pas de filière

    Pas d'orientation par défaut, c'est l'élève qui choisit

    Pas d'examen en fin de cursus fondamental (type BEPC)

    Le partage des savoirs par la coopération entre élèves est la norme (ce qui exclut la compétition)

    L'école est la maison des élèves, ils s'y sentent chez eux, ni intrus, ni otages.

    L'espace scolaire n'est pas un territoire réservé.

    Bref, l'élève est au centre du système et la pédagogie est la préoccupation première des enseignants.

    (…) Entre système scolaire finlandais et système français il y a le même écart qu’entre une république parlementaire et une monarchie de droit divin. Là-bas, concordance entre système scolaire et démocratie, ici, contradiction frontale du système scolaire avec le régime politique et les principes de la République.

    (...)

    Alors qu’en France, le maître et les savoirs sont depuis toujours au centre du système, les Finlandais ont fait le choix sans ambiguïté d’y placer l’élève.

    Estime et considération lui sont accordées sans préalable. Le respect des droits de l’homme et de l’enfance sert de loi organique à tout le système. Là où les élèves sont bien dans leur peau, les profs aussi. Le bonheur des uns fait le bonheur des autres. Et contrairement aux prédictions calamiteuses de nos gardiens du temple, quand les élèves sont heureux, épanouis, libres d’avancer à leur rythme, « le niveau monte ».

    Posté par bernard_collot à 15:04 - système éducatif - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    29 décembre 2007

    Mise au point

    Plus spécialement pour les lecteurs qui font partie du RPI dont il m’arrive de tirer des billets.

    Les rebondissements que peut provoquer un blog sont imprévisibles. C’est ce qui en fait d’ailleurs l’intérêt quant à la construction d’une réflexion puisque ce qui y est exprimé est exposé (jeté en pâture !) aux interactions multiples et non contrôlées. C’est de ce fait le premier outil interactif permettant de frotter , en temps réel, les idées, ce que l’on tire de recherches ou de l’expérience, à la contradiction, à d’autres faits, d’autres expressions.

    C’était et c’est toujours l’objectif de ce blog et c’est d’ailleurs pour cela qu’il n’est pas sous le couvert d’un pseudo, j’assume totalement ce qui y est dit, comme je l’ai d’ailleurs fait tout au long de ma carrière. Ce blog m’apporte beaucoup, même si c’est moins confortable que de s’exprimer dans un bouquin, un article où l’on est protégé du retour direct.

    Les points de départ de chaque billet sont le plus souvent un événement, l’actualité, une conversation, une humeur, une réaction à un billet, qui déclenchent une mise en relation avec l’expérience passée, mes recherches en cours… chaque billet étant du coup une expression proposée à nouveau à la confrontation.

    Alors j’en viens au fait et au point de départ de ce nouveau billet.

    Il y avait autant de chances de gagner au loto que de trouver un lecteur internaute de mes écrits dans quelques kilomètres carrés autour de mon domicile. Eh ! bien, il faut que je joue au loto parce qu’il s’en est trouvé… plusieurs ! Je n’en aurais probablement rien su si ces personnes n’avaient été particulièrement choquées, choquées que quelqu’un, qu’elles connaissent, prenne comme point de départ de quelques billets des événements soit qui les concernent aussi, soit où elles peuvent se reconnaître. Et bien sûr de la façon dont ces événements sont regardés, donc aussi comme on pourrait penser qu’elles sont regardées, que le RPI de leurs enfants est regardé.

    Cinq d’entre elles me l’ont fait dire, et nous nous sommes retrouvés un samedi matin devant un café pour en parler de vive voix. Ce qui est tout à leur honneur et… un événement en soi méritant… un nouveau billet !

    Lorsque l’on n’est pas directement concerné, il est évident que ce n’est pas aux personnes que je m’en prends, qu’elles soient enseignantes ou parents, mais à la conception de l’institution école, à sa logique et à ce que je considère comme son archaïsme qui place justement ses acteurs, les personnes, et ceux qui en sont les sujets, les enfants, dans des situations de souffrances, d’échec, d’agressivité… Chacun pouvant évidemment apprécier de façon complètement différente les dites situations.

    Je comprends parfaitement que si mes billets deviennent la gazette du RPI dont il est question, leur lecture rapide (on dit « de lecteur non averti ! »), leur interprétation et leur transmission possible de bouche à oreille puisse même blesser.

    Si je puise, pour quelques billets, ce qui me heurte dans ma propre vie de parent, ce n’est pas pour fustiger cet établissement scolaire en particulier, tel ou tel enseignant : cette école et ses enseignantes, j’ai même eu le privilège de pouvoir les choisir puisque j’ai à la fois la chance et la malchance d’habiter dans un village… sans école ! C’est d’ailleurs a contrario ce qui a désarçonné une de mes interlocutrices : comment puis-je critiquer de cette façon ce que j’ai pu par ailleurs choisir et que je peux tout aussi bien quitter. Sauf que la critique concerne le système scolaire dans ses conséquences quotidiennes. Mais je conçois qu’il n’est pas facile de faire cette part des choses quand on se sent l’objet de l’observation.

    Pour éviter de blesser inutilement des personnes, de ficher la pagaille dans le RPI, j’ai retiré, à regret, deux billets qui pouvaient laisser à penser que des personnes étaient mises en cause, ce qui n’était pas le cas.

    A regret en ce qui concerne le premier (« l’école psychodrame permanent ») parce que le conflit décrit permettait de démonter la mécanique induite par le cloisonnement institutionnel et hermétique de l’école. Mécanique qui conduit les personnes à des comportements qui leur échappent mais tout à fait explicables, jusqu’aux jugements cruels mutuellement portés. Se sont retrouvés dans une situation semblable un nombre impressionnant de parents et d’enseignants, aussi bien des enseignants « traditionnels » que des enseignants « modernes » (et même plus souvent ces derniers, taxés des mêmes incompétences). Ce ne sont plus les protagonistes qui en sont responsables mais le fonctionnement de l’institution elle-même.

    A regret pour le second (« Public privé ») qui voulait démontrer que les motivations qui peuvent inciter les parents à quitter l’école publique sont souvent fort éloignées de la recherche de la réussite à tout prix, ou de la fuite vers des établissements au public scolaire plus conforme. A force de se cantonner aux seuls résultats scolaires chiffrés, en oubliant l’importance de l’école en tant que lieu de vie, l’importance du regard porté sur les enfants tant par les enseignants que par les parents, l’importance de la communauté éducative qui devrait se constituer autour de l’école, l’Education Nationale, les syndicats d’enseignants se trompent de lutte. Et des parents, choqués et impuissants fuient… en désespoir de cause.

    Ce qui a choqué, ce sont également les images que donne l’institution scolaire, images que l’on ne voit pas ou que certains, comme moi, voient (ou que d’autres voient autrement).

    Ce ne sont que des images, mais elles sont déplaisantes. Par exemple l’image des deux « cerbères » dans la cour, le jour de la rentrée, est très mal passée. Bien sûr que les deux enseignantes ne sont pas des cerbères ! Mais, vue de l’extérieur, la photographie que l’on peut en avoir est celle-ci. Si cette photo ne décrit pas la qualité des personnes, par contre elle représente bien la situation générale de la majorité des écoles ; que cette vision du premier jour influe ensuite sur la représentation de l’école où les enfants vont bien être dans « l’obligation » d’aller, sur celle des parents également, cela ne fait pas l’ombre d’un doute… même quand ensuite on ne la voit plus.

    L’école actuelle n’est pas un lieu d’accueil, n’est pas un lieu de vie. On peut le revendiquer (ce que certains mouvements enseignants font). On peut le dénoncer (ce que je fais). Mais le fait est là, rendu par des images.

    Voir l’école comme une « prison » (j’ai dû employer plusieurs fois le mot) est offusquant. Bien sûr ! Il n’empêche que par le fait que l’enfant ne puisse y échapper et ne puisse s’en échapper (public captif disent les sociologues), que le choix n’existe pas pour les parents, par le fait de son agencement architectural (entassement collectif dans des espaces cloisonnés, espace individuel disponible réduit, salles alignées le longs de couloirs pour les écoles plus importantes, barreaux aux fenêtres, etc.), par le fait de son fonctionnement collectif (entrées, sorties en rang, récréations « prises de l’air » dans des cours bétonnées, comportements soumis à des sanctions, etc.), par le fait de la durée de son obligation quotidienne ou générale, école et milieux carcéraux ont des similitudes dérangeantes à voir. Mais, en les voyant, on pourrait essayer de faire autre chose de l’école. Le rêve d’une maison pour enfants ou ados !

    « A vous lire , tous nos enfants sont des frustrés ». Ceux du RPI en question évidemment pas plus que les autres. Encore une fois, c’est l’école en général dont il est question. Notre système éducatif n’a pas pour objectif l’épanouissement des enfants ou des ados, cela a d’ailleurs été rappelé à plusieurs reprises ces derniers temps par les ministres et quelques lobbys. Pourquoi pas si ce n’était le fait que les enfants passent l’essentiel du temps de leur construction dans le système éducatif. Pourquoi pas si ce n’était le fait que l’on sait maintenant que les apprentissages s’enclenchent beaucoup moins quand ils s’effectuent dans le stress. Pourquoi pas si ce n’était le fait que les pays où l’on est attentif à l’épanouissement ont les meilleurs résultats scolaires. Tout n’est qu’une question d’appréciation sur le degré de ladite « frustration ». Tout dépend également des capacités de chaque enfant à s’intégrer, subir, compenser, profiter, résilier comme dirait Boris Cyrulnick… Tout dépend également des options éducatives et philosophiques des parents : Les Spartiates prônaient la frustration comme valeur éducative (ce n’était donc, pour eux, pas de la frustration), les Athéniens prônaient l’inverse.

    « Vous ne dites que des choses négatives sur notre RPI » . Ce blog n’a pas pour objet d’être le journal du RPI de mon môme. Ce journal, je le fais par ailleurs (dans l’association du RPI j’ai publié 13 numéros d’une « gazette » qui, elle, montre un RPI plutôt sympathique, parfois innovant et dynamique, ce qu’il est).

    Comme dit précédemment, mes billets ont comme point de départ ce qui me choque pour employer le terme de mes interlocutrices, plus exactement ce qui m’interpelle quant aux conséquences de la conception et du fonctionnement du système scolaire. Isolé du contexte local, cela peut paraître comme une fustigation de cette école particulière. Je serais alors assez masochiste et irresponsable comme parent de l’avoir choisie ! Mais, a contrario, si le RPI de mon môme était horrible de par le fait de ses enseignants et de ses parents, il n’y aurait rien à en tirer quant à ce qu’induisent comme difficultés, absurdités, conflits, incompréhensions, frustrations la conception et le fonctionnement de l’école en général. C’est dans ce qui est ordinaire, habituel, que l’on peut justement pointer les effets de ce qui finit par être une mécanique.

    Ce petit événement (l’interpellation par les « choqués » du RPI de mon fils) démontre aussi une chose : il est extrêmement difficile de critiquer l’école de l’intérieur, tant toute critique semble immédiatement toucher ceux qui la font et ceux qui la subissent ou ceux qui y croient. Si l’on touche aux murs, on touche aux personnes qui l’habitent. L’immobilisme du système scolaire relève peut-être autant de la psychanalyse collective que de la volonté politique. Les grands débats nationaux sur l’école n’ont accouché de rien puisqu’on n’y a touché à rien, rien ne pouvant vraiment être remis en cause sans remettre en cause tout le monde. J’ai écrit par ailleurs des textes pas du tout gentils sur les débats de ces fameuses concertations auxquelles j’ai participé.

    Nous, parents, sommes dans le domaine de l’affect. Heureusement pour nos mômes mais avec tous les inconvénients et les difficultés quand il devient nécessaire d’être rationnel.

    Nous, enseignants, sommes dans le domaine du rationnel. Mais sans pouvoir faire l’impasse de notre propre affect et tout en étant dans l’obligation de prendre en compte l’affect des enfants et de leur famille.

    Nous, chercheurs (1), sommes, comme les chirurgiens, dans le domaine du glacial, de la dissection, ce qui peut être proche du cynisme (« Mépris des conventions sociales, de l'opinion publique, des idées reçues, généralement fondé sur le refus de l'hypocrisie et/ou sur le désabusement, souvent avec une intention de provocation ». Les faits seuls importent. Mais on n’échappe pas quand même à l’affect dans leur transcription.