18 juin 2009
Soutien des retraités de l'Education Nationale aux enseignants sanctionnés
Comme un peu partout, les sanctions commencent à pleuvoir sur les enseignants qui refusent d'appliquer un certains nombre de directives que leur expérience leur fait considérer comme nuisibles pour leurs élèves , dangereuses pour le système éducatif (l'évaluation nationale caricaturale), ou que leur qualité de citoyens leur fait refuser (mettre tous les enfants de France dans un fichier informatique de surveillance).
Comme par hasard, ce sont tous des enseignants qui depuis bien longtemps dépassent dans leur passion du métier les simples horaires et obligations du service. On le sait depuis toujours, on ne peut être enseignant comme un simple fonctionnaire. Le cas des enseignants d'Aizenay est exemplaire et une quarantaine d'instituteurs retraités de toute la France, qui ont tous travaillé pendant de longues années avec leurs collègues d'Aizenay, dont votre serviteur, ont envoyé à l'inspecteur d'académie de Vendée la lettre ouverte ci-dessous.
Lettre ouverte à Monsieur l’Inspecteur d’Académie de Vendée
C’est avec stupéfaction que nous venons d’apprendre la sanction (retrait de salaire) infligée à quatre enseignants des écoles d’Aizenay et de Challans.
Il se trouve qu’avec plusieurs centaines de collègues de toute la France, depuis nos écoles respectives, nous avons tous eu la chance de travailler, échanger, collaborer avec ces enseignants, pendant plus de vingt ans avec certains d’entre eux. Les rencontrer dans des stages pour lesquels il fallait trouver nous-mêmes les moyens de les réaliser. Contribuer avec eux à l’introduction des technologies nouvelles, la création des réseaux d’écoles, la mise en commun des moyens et des compétences, l’amélioration des apprentissages par la confrontation et l’analyse des pratiques, dans l’indifférence absolue de l’administration.
Aizenay a été (et est toujours) un centre pédagogique dont le rayonnement, en particulier en ce qui concerne la lecture qui pose tant de problèmes aux ministères successifs, dépasse nos frontières et a toujours été l’objet de notre admiration et un exemple dont nous avons bénéficié.
On imagine sans peine le nombre incroyable d’heures de travail, de loisirs, de jours de congés et de vacances scolaires consacrées à cela, l’investissement financier personnel que cela a nécessité afin que les enfants de l’école publique bénéficient de cette école, quand, d’autre part, on se plaint qu’elle ne change pas.
Ces « fonctionnaires », comme vous le leur rappelez, n’ont jamais rien demandé, considérant que leur mission ne se situait pas seulement dans le cadre réduit et réglementaire d’un « service » mais dans celui de la réussite des enfants qui leur étaient confiés… et devant pallier les carences et le manque de moyens avec lesquels ils devaient l’accomplir.
Mais, peut-on imaginer un chef d’entreprise, dont des employés s’investissent bien au-delà de leurs horaires de travail pour la réussite effective et constatée de l’entreprise, qui non seulement n’en tienne pas compte au niveau de la rémunération ou au moins de la reconnaissance, mais les sanctionne au moindre prétexte par une diminution de cette rémunération ?
Parce qu’il s’agit bien d’un prétexte.
Dans ce qui veut motiver votre sanction, vous confondez deux plans.
Nous comprenons parfaitement que le Ministère de l'Éducation nationale ait besoin d’indicateurs quant à l’efficience du système éducatif. Or, d’une part l’évaluation qui a été proposée à ce titre a été reconnue par tous les enseignants, pédagogues, experts comme caricaturale et ne pouvant rien apporter, ni comme indication, ni comme aide. D’autre part, toutes les évaluations traditionnelles de ce type, utilisées depuis le début de l’école publique, ont fait croire que des apprentissages étaient acquis pour découvrir ensuite, au service militaire, puis au collège, au lycée… l’illettrisme ! Il est curieux de constater que des évaluations plus complexes comme celles de PISA, qui déterminent dans quelles conditions des systèmes éducatifs sont plus performants, soient, elles, ignorées. Comme d’ailleurs les travaux du ministère lui-même (Direction de l'Évaluation et de la Prospective, IREDU) ou l’observation scientifique de l’école Freinet de Mons en Bareuil menée pendant trois ans par une équipe pluridisciplinaire de l’université de Lille.
Il ne fait aucun doute que, si nous avions encore été en activité, nous aurions refusé de faire passer cette évaluation dans l’intérêt de nos élèves et de l’école.
Au plan de l’évaluation professionnellement nécessaire à tous les enseignants pour conduire et orienter leurs pratiques, ce n’est évidemment pas celle simpliste, proposée une fois l’an, qui peut être d’une quelconque utilité comme vous le laissez entendre dans la motivation de la sanction. Vous devriez savoir que cette évaluation doit être permanente, constante et porter sur de multiples critères, de multiples observations, tenir compte de multiples conditions, de multiples paramètres. Les enfants ne sont pas des machines qu'il suffirait de programmer et remplir en carburant. C’est bien pour cela que le métier d’enseignant est complexe et ne peut s’effectuer par la simple application de consignes, d’instructions, de marches à suivre, de formulaires à faire remplir, d’exercices uniformisés à faire exécuter. Et c’est bien pour cela qu’a toujours été reconnue la liberté pédagogique puisque aucune administration n’est capable d’indiquer comment les enseignants doivent remplir la mission qui leur est assignée.
Si autrefois on a pu croire qu’il suffisait de déverser des savoirs préalablement découpés, uniformément distribués par niveaux d’âge, uniformément évalués, on sait aujourd’hui à quel point c’est illusoire. Même le bon sens populaire l’a compris.
Sanctionner ces enseignants au motif d’un manquement d’obligations envers leurs élèves est donc totalement fallacieux. De même d’ailleurs que les sanctionner au motif d’un manquement aux obligations d’application des directives ministérielles : nous vous rappelons que la principale, réitérée à moult reprises, c’est la lutte contre l’échec scolaire. Ce que nous approuvons, que tous nos collègues approuvent. Pour ce faire, tout enseignant a aussi le devoir de fonctionnaire et la compétence de professionnel d’employer les approches que son expérience lui a fait constater comme plus efficientes et d’éliminer ce que la même expérience lui a fait constater comme néfaste ou contre-productif.
Tous les collègues, dont ceux qui font l’objet de votre sanction, avec qui nous avons travaillé tout au long de quarante années d’enseignement, au sein des mouvements pédagogiques ou ailleurs, hors des temps de service et de la formation que l’administration ne veut ou ne peut leur donner, souvent même malgré cette administration, se consacrent sans relâche à ce seul objectif : la réussite de tous les enfants.
On ne peut que se poser des questions, sur le fait que tous ceux qui sont aujourd’hui visés par des retraits de salaire soient justement ceux-là. Si dans l’entreprise « travailler plus » doit se traduire par « gagner plus », il semble qu’à l'Éducation Nationale ce soit l’inverse, ce qui mériterait d’être dit sans ambages.
Nous comprenons que votre fonction n’est pas d’être pédagogue ou éducateur mais consiste à transmettre et faire exécuter les orientations du ministère. Mais il y a façon et façon de remplir sa fonction. Ce d’autant que les ordres changent et se contredisent suivant les ministres. On sait où ont conduit l’exécution et l’obéissance aveugle derrière lesquelles se sont réfugiés les fonctionnaires, parfois très zélés, d’une certaine époque. Au point qu’aujourd’hui la désobéissance civile soit reconnue comme un devoir. Nous n’osons croire que cette époque puisse revenir.
Nous espérons qu’il pourra être fait une application raisonnée et raisonnable de ce que votre fonction vous demande de transmettre ou d’exécuter, ce que font d’ailleurs bon nombre de vos collègues dans la dignité de leur fonction et le respect de leur devoir comme de celui des personnels dont ils ont la charge. Et peut-être même pourriez-vous aider le ministre à comprendre les raisons pédagogiques qui ont conduit des enseignants d’expérience à prendre le risque, par le seul moyen qu’ils avaient, de contester et d’alerter sur l’anachronisme et le danger de ce qui leur était demandé. Transformer cela en un bras de fer politique ou hiérarchique, ne nous paraît pas digne de l’Ecole dont vous avez probablement comme nous, comme les hussards noirs de la République ou les Freinet qui nous ont précédés, comme tous nos collègues, une haute idée.
Les vieilles institutrices et vieux instituteurs que nous sommes, vous transmettent, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, l’expression de leur indignation et de leur tristesse et vous prient de croire en leur toujours profond attachement à la réussite de l’école publique et de ses élèves.
11 mai 2009
Jean-Yves AUREGAN
Copinage !
Je me permets de signaler la sortie du livre d'art d'un ami, "le chemin ocre-rouge, Jean-Yves Aurégan" paru aux éditions "intemporelles". Edité à l'occasion de l'exposition des oeuvres de Jean-Yves AUREGAN à la galerie d'art contemporain de Auvers sur Oise (hommage à Van Gogh), dans le cadre des manifestations marquant le centenair de la mort du docteur GACHET et du festival international de musique classique d'Auvert où il est l'artiste invité. L'exposition sera visible du 24 avril au 4 octobre..
Jean-Yves fait partie de la poignée de peintres contemporains français reconnus pour leur place particulière et originale dans cet art.
06 mai 2009
unschooling
Mes temps disponibles étant consacrés à l'écriture d'un ouvrage depuis bien longtemps sur ma table, ce blog est quelque peu (!) en sommeil. Mais Laura m'ayant envoyé un message très intéressant, je trouve dommage de le conserver et je vous le transmets ci-dessous avec ma réaction : un blog, c'est de l'interrelation, de l'interaction, vous (lecteurs) pourriez donc le réveiller et vous y exprimer !
une petite question
Bonjour,
alors je me présente, Laura, passionnée (et pratiquante) des alternatifs à notre société minable et plus particulièrement à celle en matière d'éducation.
Voici les plus grands livres que j'ai lu sur le sujet sur les 12 derniers mois , en ordre chronologique : "Une société sans école" , "10 mensonges sur l'école à la maison", "Libres enfants de Summerhill", "The teenage liberation handbook" "Instead of education" ,"Escape from childhood" et "Insoumission à l'école obligatoire". Par ces lectures et de mon expérience j'en suis arrivé à la conclusion que pour ce qui est de l'école primaire, la meilleure alternative que ce soit à l'échelle individuelle ou collective (si on aime rêver) serait en effet une école comme celle que vous aviez créé, une école qui soit un espace éducatif ouvert à la communauté (pour éviter la ségrégation), qui ne monopolise pas le temps de l'enfant (pour éviter l'enfermement) et évidemment qui ne décide pas ce qu'il doit apprendre et com ment, ne le note pas etc...
Maintenant pour ce qui est de ce qu'on appelle communément " les ados" c'est à dire ces personnes qui sont dans le même état de dépendance aux adultes que les enfants tout en étant considéré assez grands pour prendre le train et l'avion en non-accompagné, je crois que ce qui outre- atlantique est nommée "unschooling" est plus approprié à la fois individuellement et collectivement.
Que je m'explique: comme mentionné ci-dessus, vers les 12 ans de notre progéniture on ne ressent plus vraiment le besoin de la faire "garder" ce qui est, veut, veut pas, une des fonctions de l'école, ensuite une fois franchi les bases (lire,écrire compter etc), dire qu'il FAUT savoir ceci ou cela me semble un peu beaucoup arbitraire et surtout parce que je crois que si il doit y avoir une "majorité" la situer après 12 ans me semble plus nocif qu'autres chose ( mais je suis autant sinon plus d'accord avec John Holt sur la 'majorité optionnelle' dés qu'on le demande avec preuve de compétence si nécessaire ; je me rappelle d'ailleurs que je l'avais souhaité et imaginé moi-même vers mes 10 ans). Ah oui, l'unschooling constitue comme le mot l'indique la non-scolarisation ( et non pas la scolarisation à domicile: homeschooling), et ces pratiquants (en Amérique principalement) essaye au possible de participer au monde comme on dit: ils deviennent apprentis , font du volontariat et bien sûr des études indépendantes (à l'aide des bibliothèques, réseau d'échange de savoir, cours communautaires, université populaire). Certaines de leurs occupation sdeviennent leur gagne pain, et d'autres finissent par passer le SAT(avec de très bons scores généralement) pour rentrer à l'"university".
Je suis totalement en accord avec toi. C'est la seule vraie perspective humaniste. Pour l'avoir en quelque sorte approchée dans ma propre expérience, elle n'est pas utopique et dans l'ordre du possible quant à son efficience sur tout ce qui rend ceux qui se pensent rationnels dubitatifs.
En ce qui concerne la santé, une association portugaise, "In loco" et son médecin instigateur, Alberto Melo, travaille (ou travaillait parce que je l'ai perdue de vue) dans ce sens. Elle fait (ou faisait) partie d'une autre organisation, l'Institut des Communautés Educatives (ICE, Setubal) qui a les mêmes perspectives éducatives, philosophiques, sociales que nous.
Pour le unschooling (comme pour le homeschooling), nous butons dans notre société sur l'absence d'espace où enfants et ados puissent constituer des communautés où se construisent leurs propres interrelations. Après et/ou à côté de l'espace familial, la vraie socialisation (celle qui consiste à construire son autonomie -être et être avec les autres, au milieu des autres, et par les autres - au sein de groupes et dans l'interrelation) se poursuit d'abord avec d'autres enfants, d'autres adolescents. Dans le voisinage, le village, la cité. Voir la "guerre des boutons" qui n'est d'ailleurs pas forcément le meilleur exemple, malgré l'attachement sentimental que ce bouquin provoque, puisque l'organisation qui en découle c'est justement... la bande, cette dernière étant, à mon sens, la conséquence d'une non socialisation préalable, dans la famille, dans l'école ; la bande, c'est pour moi, une réaction de survie sociale, la seule solution, faute de mieux. Plus l'école est rigide et castatrice de l'interrelation, plus les bandes structurent les cours de récré, puis la rue, le village, la cité (ce qui ne s'observait pas dans mon école et pas ou peu dans les écoles pratiquant des pédagogies modernes fondées sur l'interrelation). D'ailleurs la forme d'organisation dans laquelle sont ceux qui dirigent nos sociétés est bien la bande. Cela devient criant et aveuglant en cette période de "crise" (politiciens, financiers, multinationales...). Cela pourrait faire rire, si ce n'était pas dramatique, quand ont voit les mêmes pondre des lois "antibandes" ! La bande, c'est la première forme d'organisation primitive quand la survie est fondée sur la prédation collective et le partage fondé sur un rapport de forces (bandes de loups par exemple). C'est la collectivisation des moyens de survie (sociétés agricoles) qui a donné naissance à d'autres formes d'organisations, de rapports sociaux, permettant à la fois survie collective et survie individuelle.
Il n'empêche qu'enfants et ados ont ce besoin naturel d'interrelations libres et ne dépendant que d'eux, d'appartenance (il n'y a pas de socialisation possible sans le sentiment d'appartenance), qui se réalise d'abord avec leurs pairs. Je suis bien d'accord, l'école ne le permet pas, mais pour la plupart, c'est le seul endroit où ils peuvent rencontrer leurs pairs. Les villages sont vides la journée ! Je sais bien que beaucoup de parents qui ont fait le choix du homschooling en sont conscients et essaient d'apporter cette possibilité fondamentale (par exemple, dans la Haute-Loire je crois, des parents déscolarisant leurs enfants ont créé un réseau, des rencontres...). mais il faut reconnaître que cette possibilté concerne peu de monde.
Tu proposes en somme la fin de la scolarité obligatoire au plus tôt. Je serais d'accord si simultanément on instaurait la possibilité de scolarité permanente ! Disons plutôt d'éducation permanente (retourner ou aller au lycée, à l'université, quand on veut, quand on en a besoin, envie..) Et en même temps si on créait des espaces où les ados pourraient se retouver ayant à faire, inventer, créer, rêver, parler (PARLER !)
Dans l'immédiat, en attendant la société sans école de Illich, il faut continuer à lutter pour que l'école change, la dénoncer, tâcher de compenser ses méfaits, ses carences par la création d'espaces parallèles de vie pour enfants et ados. A ce propos je signale à nouveau la remarquable expérience de l'association Intermède de Longjumeau (http://assoc.intermedes.free.fr/Chron_Rob_08_09/Chroniques.htm)
Je me permets de publier ton message et ma réaction sur le blog. Concentrant mes rares temps disponibles à l'écriture d'un ouvrage depuis longtemps sur ma table, mon blog est en sommeil. Mais il pourrait se réveiller de par ses lecteurs eux-mêmes !
Bien cordialement.
Donc voilà j'étais curieuse de votre avis sur la question : ne serait-ce pas mieux plutôt que de faire des collèges et lycées Freinet(ou Montessori..), de donner la possibilité aux ados (et aux adultes, s'il ya vraiment une différence) de faire des apprentissages, du bénévolat, des études indépendantes ?
Je ne sais pas vous, mais moi ça me fait rêver, rêver de milliers de bâtiments scolaires transformés en lieu communautaire, ou les plus petit pourront toujours trouvés des éducateurs pour leur apprendre les "bases", et tout les autres s'y retrouver pour apprendre que ce soit en autodidacte, ou en échange entre égaux ou en cours magistraux , on peut même rêver de plus, rêver non pas seulement de centre "d'éducation" mais aussi de centre " de santé" (parce que la Santé comme l'Éducation est bien perverti dans ses institutions actuelles) où l'on pourrait pratiquer diverses activités sportives et consulter un médecin (qui sait faire plus que rédiger une ordonnance pour des antibiotiques), recevoir des massages de volontaires, etc... rendre à la Communauté, sa Santé, son Éducation et aussi son Économie, son Industrie, son Agriculture et peut-être même son POUVOIR.
Bien à vous,
Laura
ps: Désolé de vous écrire si longuement pour une première fois mais les personnes qui tiennent des discours comme les autres si rares et leurs opinions si précieuses...
19 février 2009
PLUS de REFORMES : une REVOLUTION !
Lorsque manifestement une machine ne fonctionne plus et ne produit aucun des effets que l'on serait en droit d'attendre et au contraire accumule et multiplie les effets nocifs, on n'essaye pas de la réparer, on la change !
PLUS de REFORMES : une REVOLUTION !
- Un autre système éducatif
- Un autre système économique
- Une autre organisation et d'autres rapports sociaux
- Un autre système agricole
- Une autre démocratie.
11 février 2009
Répression scolaire
Je n'ai pas réagi dans ces billets aux innombrables mesures de rétorsions prises par la hiérarchie de l'Education nationale vis à vis des enseignants qui, bien plus qu'être simplement récalcitrants, sont surtout porteurs d'autres pratiques, d'autres propositions. Elles sont révélées quotidiennement sur internet dans les blogs, listes de diffusion, parfois même dans la presse écrite.
Elles prennent une telle ampleur (menaces, sanctions, retraits de salaires, mise à l'index, etc.), touchent même maintenant les parents qui s'expriment, vont jusqu'à parfois faire intervenir les forces de l'ordre dans les écoles et à traîner les indociles devant les tribunaux, que l'on ne peut qu'être interloqué et effrayé de ce qui est en train d'être mis en place. Le terme de dialogue n'est plus employé qu'à la télé. La constitution de fichiers de surveillance n'est plus anecdotique. Le dernier rempart de l'humanisme que restait malgré tout et tant bien que mal l'école, est en train d'être mis à mal.
Et c'est la même hiérarchie qui ne s'est pas beaucoup employée, c'est le moins qu'on puisse dire, pour que les réformes des 30 dernières décennies aient vu le début d'une mise en oeuvre.
Les souvenirs d'une sale époque remontent.
09 février 2009
Concurrence, à l’école, entre écoles… partout !
Une digression d’abord, mais je reviens à l’école ensuite ! tout est lié !
Concurrence ! un des mots dont l’occurrence dans les médias, les discours, les déclarations… est la plus forte au cours de ces dernières années. Et qui au moins provoque une première levée de boucliers dès qu’il s’est agi des enseignants. A remarquer qu’une bonne partie d’entre eux met en branle la concurrence en ce qui concerne les enfants de leur classe, mais j’y reviendrai.
Il est d’abord curieux de constater que ce terme à deux sens complètement opposés. Il pourrait être la « rencontre, convergence de deux éléments », concourir, courir avec, se présenter en même temps au même endroit, tendre à un même effet; contribuer à un résultat commun, concurre « se rencontrer » (1335 ds Gdf.), puis concurrer « s'accorder » (1). Que la concurrence serait belle !
Mais c’est dans l’autre sens qu’il est devenu courant et ses synonymes sont significatifs :
affrontement, antagonisme, bataille, compétition, concours, lutte, rivalité.(1)
Et c’est dans ce dernier sens qu’il est devenu le fondement de nos sociétés et de la sacro-sainte économie de marché : L’Europe de la « libre concurrence », interdiction de fausser la concurrence, favoriser la concurrence, être compétitif, etc. etc. Et tout le monde aurait dû bénéficier de cette concurrence. Que l’on ait pu avaler ce qui nous est présenté comme une vérité de « bon » sens est assez surprenant : la concurrence consiste bien alors à éliminer, écraser, vaincre, les concurrents devenus adversaires, voire des ennemis. Le sport, présenté comme l’image morale de nos sociétés, en est la parfaite représentation : concurrents qui pleurent parce qu’ils n’ont pas eu la médaille, entraîneurs virés parce que l’équipe perd, dopage, exactions de tous ordres pour être celui qui gagne, etc. J’ai souvent été effrayé, au cours de rencontres d’enfants (foot, basket), par ce qui était proféré sur la touche par les parents qui n’était parfois pas éloigné de « tue-le » !
La concurrence, aboutit à ce qu’il y n’ait plus… de concurrents. Et c’est bien ce qui se passe dans le fameux « marché ». La concurrence a consisté à absorber ou faire disparaître les plus petits, à se fusionner entre les plus gros. Jusqu’à ce que cela devienne même la politique des gouvernants, chantres de la « concurrence » : « il faut arriver à réduire la presse à un ou deux grands groupes» ! Les services publics sont cassés pour « l’ouverture du marché » et les nouveaux privatisés ont pour premier but d’absorber les autres… et souvent s’y ruinent eux-mêmes au bénéfice du plus fort qui reste seul… sur le marché ! L’astuce, pour préserver le simulacre de concurrence, étant de conserver quelques étiquettes différentes : vous croyez que vous avez le choix entre « carrefour » et « champion » sur le même territoire pour acheter vos pâtes ? et bien non, c’est le même ! Je demandais un jour à un vendeur la différence entre telle ou telle marque de machine à laver, il a rigolé et m’a expliqué que cuve et moteur étaient les mêmes fabriqués par je ne sais plus qui, seul changeait la tôle autour avec l’étiquette !
La concurrence élimine de par sa nature (seconde définition), uniformise en ne laissant que le dernier sur le marché, débarrassé de toute… concurrence ! Vive la mondialisation vécue aujourd’hui.
Si l’on prend le « marché du travail » (personne ne remarque l’horreur de cette expression qui recouvre presque exactement celle du « marché des esclaves »), par la force des choses chaque porteur de travail (humain !) est en concurrence avec ses voisins ou collègues : si tu veux obtenir ou conserver un emploi, il faut éliminer les autres qui deviennent des concurrents ! les coachings de tous poils (il y en a qu’on appelle des « chasseurs de tête » !) te préparent au combat : ne dis pas ceci, dis cela, maquille-toi mais pas trop, souris, fais voir que tu es fort, etc. A chaque combat il y a un, parfois deux ou trois gagnants… et les dizaines, centaines, milliers d’éliminés ! coupables d’être des mauvais combattants, de ne pas être des killers, d’être étiquetés loosers ! Les termes parlent d’eux-mêmes.
Les gagnants, parce que la concurrence trie les gagnants, pour faire croire aux éliminés que la concurrence dont ils sont ressortis vainqueurs est tout à fait normale, ont inventé, devinez quoi : la solidarité ! Notre président et sa bande nous disent à la télé, partout : serrez-vous les coudes, retroussez les manches, battez-vous ! Nous n’y sommes pour rien, c’est la concurrence ! tout le monde est dans le même bateau ! Plus des trois quarts de l’humanité a été éliminée par la concurrence, c’est celle-ci qui lui a ôté les possibilités de travailler pour vivre, et le quart restant lui demande… d’accepter de se serrer la ceinture parce qu’on est tous solidaires ! Sauf que certaines ceintures sont trop petites pour enserrer des panses rebondies (« c’est normal que les chefs des grandes entreprises continuent à gagner beaucoup d’argent quand ils font gagner beaucoup d’argent à l’entreprise »– le président de la république à la télé – entreprises qui ne sont plus des ouvriers mais des actionnaires). Tandis que la plupart des autres n’ont plus de trous pour serrer un cran supplémentaire.
Pardonnez-moi cette longue digression de mon sujet habituel, mais je n’en suis pas si éloigné que cela.
La concurrence à l’école était instituée dès sa création : la résultante de ce que chaque enfant y faisait était son classement. L’objectif n’était pas d’être meilleur (encore faudrait-il s’interroger sur ce terme), mais le meilleur. Tu es combien ce mois-ci ? Le premier avait tous les honneurs, les récompenses y compris à la maison, mais il avait intérêt à ne pas se laisser rejoindre et dépasser par ses concurrents, sinon il perdait les avantages et la considération, celle-ci pouvant même devenir de la réprobation. La lutte pour la place. Et le peloton derrière jusqu’au dernier ayant à subir les inconvénients, la déconsidération, voire les sanctions pour avoir été lâchés par la concurrence. Mais ils pouvaient se rattraper dans la cour de récré en instaurant une autre concurrence et faire subir d’une autre façon les effets de la concurrence aux gagnants de la classe.
Etre premier, si ce ne peut être une obsession que pour ceux qui ont la chance d’être conformes aux performances demandées, la jouissance provisoire de la première place peut aussi se transformer en enfer quand celle-ci est perdue. Bon nombre d’ex premiers de classe peuvent témoigner du temps perdu et de la pression subie dans cette lutte. Des sportifs aussi !
Le classement a été abandonné dans la plupart des classes dans les années 70. A la concurrence, on a tenté de substituer l’émulation. Si disparaît la notion de gagnant et perdant, il s’agit quand même d’égaler et de surpasser autrui, instaurer des rivalités entre élèves, conçues comme moyen d'incitation au travail. L'émulation a toujours été regardée, avec raison, comme le grand ressort de l'enseignement, et le mobile le plus énergique de la jeunesse disait même le grand Proudhon qu’on ne peut taxer de droitisme ! (De la Création de l’ordre dans l’humanité). Peut-être mon cher Pierre Joseph ! mais entre les plus forts ! bien sûr l’émulation ne consiste pas à être et se maintenir le meilleur mais à faire aussi bien et si possible mieux que. La nuance est cependant mince pour un enfant ou un ado. Elle est également mince pour les parents : « il faut bien qu’ils s’habituent à la compétition puisqu’ils vont rentrer dans un monde où la compétition est sans pitié ». Ma digression précédente n’était pas innocente. Oui, sauf que la compétition aura fragilisé ou découragé ceux qui n’auront pu « faire aussi bien » en leur annonçant d’avance leur condamnation, et je ne crois pas que les « meilleurs » ainsi produits, soient de très bonne… « qualité » ! ce sont d’ailleurs eux, les premiers de classe, les acteurs qui pilotent les divers bateaux financiers ou autres en train de sombrer lamentablement ! mais ils ont pris soin de prendre les chaloupes personnelles confortables avant le naufrage.
Reconnaissons cependant que l’émulation, comme ressort éducatif, a été un peu mieux que la concurrence ouverte. D’où l’idée, qui risque de ne plus perdurer aujourd’hui, de maintenir une certaine mixité de niveau dans les établissements scolaires (sans aller trop loin cependant !). Des forts qui entraînent les faibles. Il n’empêche que l’effet est limité et, à la sortie ou en cours de route, il y a toujours la cohorte des éliminés.
Dans les pédagogies modernes, c’est le sens premier de concurrence que l’on retrouve beaucoup plus : contribuer à un résultat commun. La concurrence ne se décline plus en concurrencer mais en « concourir à ». Il y a bien émulation, mais elle ne concerne pas l’obtention d’un certificat factice de compétence, elle concerne l’envie de faire, de réaliser, de se réaliser. L’émulation pour obtenir le même… plaisir. C’est le plaisir et la satisfaction des uns du faire, du réaliser, du montrer, du réussir « quelque chose » et non pas seulement du réussir ce qui n’est qu’une épreuve, une performance arbitrairement imposée, c’est ce plaisir qui émule les autres. L’émulation est alors ce qui pousse à aussi apporter, en même temps qu’à appartenir. Ces deux derniers verbes étant aussi la clef de ce qui est transformé en problème par la concurrence éliminatoire : l’insertion.
La concurrence qui aujourd’hui n’est liée qu’aux « résultats », toujours chiffrés pour être comparables donc éliminatoires, a été contournée dans le domaine du sport par l’USEP (union sportive de l’enseignement primaire), dès après la guerre. Pourquoi faire de l’athlétisme si c’est pour gagner quand on sera toujours derrière les doués ? Mais cela devient intéressant quand c’est avec ses propres performances qu’on lutte : on gagne quand on progresse ! et mieux courir, mieux sauter, mieux lancer peuvent être alors le plaisir accentué de courir, sauter, lancer ! En sport collectif, c’est le plaisir de jouer avec des partenaires et de jouer avec des adversaires et pas contre des adversaires : l’adversaire est indispensable au jeu, si vous tuez l’adversaire, il n’y a plus de jeu ! vaincre n’est qu’un prétexte, le plaisir est dans le jeu.
Il ne fait aucun doute que la concurrence instaurée en classe est aussi néfaste que celle subie dans la vie économique et sociale. Elle n’apporte rien, ni individuellement, ni collectivement. Elle est contreproductive, destructrice.
Et j’en viens à ce qui a provoqué ce long billet : les enseignants craignent que l’évaluation dernière mouture ne serve qu’à mettre les établissements en concurrence. Ils ont raison, mais en extrapolant ils ont aussi tort.
Ils ont raison, ce d’autant que cette évaluation se situe dans la « culture forcenée du résultat » devenue principe de gouvernement. Les banquiers, traders, PDG de multinationales n’ont pas arrêté de « faire des résultats » de plus en plus pharamineux, du chiffre, on voit où cela a mené… sans en tirer de leçons. Notre police, n’arrête plus de « faire du résultat », du chiffre, jusqu’à ce qu’elle devienne en elle-même source d’insécurité (multiplication des bavures, exactions couvertes, etc.).
La culture du résultat induit le chiffrement puisqu’il faut comparer. Et elle implique une standardisation des opérations, aussi bien de production que d’évaluation puisqu’il faut que les chiffres soient comparables, une simplification de ce que l’on doit évaluer comme « résultats ». Si l’on prend un exemple simple, on a souvent évalué la valeur des méthodes culturales en comparant les résultats des rendements à l’hectare, ce qui a conduit à l’agriculture industrielle et ses catastrophes. Etaient négligés un très grand nombre de paramètres (différence de sols, de climats, d’écosystèmes, coûts énergétiques, destruction des sols, destruction des structures agricoles, destruction de la flore et faune et déséquilibre écologique, empoisonnement des sols et des nappes, voire des populations, emprise dictatoriale de deux ou trois multinationales, fragilité des monocultures, disparition et/ou paupérisation des populations agricoles, etc. etc.), comme était négligé la qualité du produit du rendement (par exemple quand les rendement mirifiques de blé ne produisent que du blé… impanifiable !). Mais c’est encore sur des chiffres (auxquels on rajoute bien sûr les résultats des bénéfices) que les ministres de l’agriculture se basent pour définir la politique agricole commune !
Cette culture du résultat transposée à l’éducation ne peut produire d’autres effets ! ce d’autant que le « résultat », c’est un enfant ou un ado ! L’évaluation proposée ne renseigne en rien et ne peut renseigner en rien sur l’état de compétences ou de savoirs dont les courbes d’évolution ne sont jamais linéaires, différentes pour chaque enfant. L’évaluation ne renseigne pas sur le contexte des résultats obtenus, sur le contexte complexe de chacun des évalués,… bref, les résultats obtenus ne renseignent sur rien ! Il a été prouvé, que même lorsque l’évaluation tente d’être scientifique et exhaustive (grosso-modo celles des années 90 aux années 2000), elle n’est d’aucune utilité quant à des modifications de pratiques, modifications d’orientations ; elle produit aussi des chiffres inutilisables et inutilisés dont la signification reste toujours ambiguë.
Bien sûr que dans la culture du résultat actuelle, la dernière évaluation n’est manifestement pas faite pour, éventuellement, remettre en cause des pratiques qui sont maintenant imposées par le ministère. Il s’agit bien de booster la machine en pensant qu’en mettant les enseignants sous pression on améliorera les rendements (résultats simplistes pour pouvoir les publier). On suppose qu’ils mettront à leur tour leurs élèves sous pression. Comme les policiers, les enseignants chercheront donc le résultat, c’est à dire le chiffre, et on ne pourra même pas leur en vouloir. L’objectif sera instinctivement d’entraîner à remplir les futurs items ! leur sort, celui de leur établissement, en dépendra. Pas étonnant qu’il faille, parallèlement, démolir tout ce qui s’apparente à de la… pédagogie !
Cette culture du résultat n’est cependant pas nouvelle et ses effets apparaissent très clairement dans les enquêtes PISA : en France une petite minorité apparaît comme très « bonne » (encore que l’on peut s’interroger sur le qualificatif) mais une grosse majorité se situe en dessous de la moyenne européenne. Personne ne s’inscrit dans une course aux résultats et dans toute course où ne seront valorisés que les seuls pensant avoir la capacité d’atteindre la performance demandée. Le succès des marathons populaires et autres transjurassiques tient au fait qu’on se moque ouvertement des performances et du classement. Seul le plaisir de courir et de courir avec d’autres justifie l’engagement dans un effort. Lorsqu’on élimine la performance à atteindre préalablement déterminée, chacun peut participer, s’essayer à l’activité, au fur et à mesure y développe des capacités qui augmentent son plaisir et son envie de recommencer.
La crainte comme la lutte des enseignants par rapport à ces évaluations, à la concurrence qu’elle veut provoquer, est parfaitement justifiée et doit être soutenue.
Mais, là où le bât blesse, c’est que le refus de la concurrence ne doit pas être le refus de la différence et le refus du choix permis… aux usagers ! Eviter la concurrence n’est pas uniformiser l’offre éducative.
Dans ma classe unique aux pratiques radicalement différentes, je ne me suis jamais senti en concurrence avec mes collègues. J’ai d’abord proposé, puis réalisé avec la participation des parents et du village… et des enfants, une conception éducative particulière. « L’offre » était clairement explicitée. Sa pérennité dépendait bien du résultat obtenu, mais celui-ci n’avait pas besoin d’être chiffré : il était la capacité des enfants à suivre ensuite le cursus scolaire, même si celui-ci restait critiquable. Il était, à plus long terme, les capacités de chacun à vivre pleinement sa vie, personnelle et sociale. Ce résultat était le constat fait par parents, anciens élèves et moi-même. Il était simplement légèrement décalé la première année (attendre ce qui allait se passer ensuite au collège). S’il n’était pas positif, soit la stratégie était à modifier, soit les parents changeaient leurs enfants d’établissements et moi-même devait remettre en question mes positions et pratiques si je voulais continuer ce métier ailleurs. Nous sommes alors dans un contrat implicite ou explicite entre école et ses usagers simultanément partenaires impliqués.
Quel est le risque d’accepter alors que des propositions éducatives puissent être différentes ? que le résultat soit à l’appréciation des usagers qui font des choix ? c’est vrai. Mais, entre fabriquer des résultats chiffrés, standardisés à dates régulières qu’on ne peut arriver à rendre significatifs et réellement utiles, qui ne tiennent pas compte d’autres paramètres inchiffrables et qui ne permettent pas une réelle appréciation, ou laisser la communauté éducative et ceux directement intéressés effectuer eux-mêmes des constats qui tiennent compte de tous les éléments qui constituent l’évolution sur tous les plans d’un enfant, la seconde solution me semble beaucoup plus… rationnelle. Et ce tant que persisteront les doutes sur l’efficience des diverses stratégies possibles.
Ce risque là, il faudra bien le prendre. S’il y a bien concurrence, c’est alors entre des stratégies éducatives, certainement aussi entre des choix philosophiques, entre des choix de société. Mais comme ces choix n’arrivent pas à être faits démocratiquement par le haut (débat national) c’est bien par le bas, la base, qu’ils doivent pouvoir s’engager. Il faut bien briser l’uniformité d’une offre éducative à qui on ne demande plus que faire rentrer les enfants dans des items. Il y a bien des risques partagés à prendre si l’on veut, en bout de compte, concourir cette fois à l’établissement d’un système éducatif dont les enfants, les ados et la société toute entière bénéficient.
(1) Centre nationale de ressources textuelles et lexicales.
28 janvier 2009
Pourquoi la réussite des pédagogies modernes ne provoque pas leur généralisation
Commentaire de « téléspectateur » du mercredi 28 janvier
J'ai été très intéressé par votre trop courte intervention sur FR3 Centre au JT de 12H, lundi 26.
Pour une fois j'ai trouvé que la journaliste posait des questions pertinentes (sauf quand elle a conclu l'entretien en disant "il faudra bien que les enfants s'adaptent au système", mais c'était peut-être provocateur).
J'aurais aimé que vous développiez la réponse que vous avez donné quand la journaliste s'étonnait que les pédagogies actives ou freinet qui ont fait leurs preuves (rare que cela soit dit sur une antenne !) ne se généralisent pas.
Merci de votre réponse.
Effectivement, c’était une bonne question ! J’ai répondu sur deux plans sans vouloir rentrer dans des polémiques inutiles qui perdurent depuis des décennies. Freinet a fait l’objet d’une incroyable campagne de presse de la droite avant la guerre, sans être particulièrement soutenu par la gauche d’ailleurs, le plan Langevin Wallon a été enterré, les éructations des 3 derniers ministres vis à vis des pédagogues... Pas de doute que les pédagogies modernes semblent bien subversives alors qu’elles sont surtout alternatives. Mais ce qui est alternatif est bien subversif pour ce qui est en place. J’ai voulu dépasser cet aspect et considérer que cette non prise en compte par une opinion a priori intelligente, comme la crainte des enseignants de s’y engager massivement (ce qui est toujours possible), avait d’autres raisons.
- Toutes les pédagogies modernes s’appuient sur une conception très différente de la construction des langages, à l’opposé de la conception mécaniste de la transmission des savoirs. L’enfant, auteur de ses apprentissages. Je n’insisterai pas sur ce point, je l’ai développé en long et en large sur ce blog et surtout sur mon site ou dans mes bouquins.
Mais, et c’est là la difficulté, elles se heurtent à toutes les représentations que chacun a de l’école. Représentations dans lesquelles chacun s’est construit, qui constituent ses seules références.
De ce fait, intellectuellement, l’immense majorité des enseignants et des parents a beaucoup de mal a concevoir sur quoi s’appuient ces pédagogies et à accepter que ce qui se passe d’une façon totalement différente dans ces classes aboutit effectivement à la construction des langages (1), à l’accession aux savoirs. On n’arrive à concevoir l’école qu’à travers les notions de pénibilité, de contraintes, d’efforts synonymes d’ennui accepté, de répétitions, de travail sans plaisir, etc. Cela ne paraît pas concevable qu’il en soit autrement. Comme il ne paraît pas concevable que ses propres enfants puissent se construire différemment de la façon dont on s’est construit soi-même. Et vous entendrez rarement quelqu’un s’avouer que ce qu’il est, n’est, finalement, pas terrible ! Nier l’école dans laquelle on a été, c’est un peu se nier soi-même.
Mais, il faut constater que, là où des pédagogies modernes se sont instaurées, si les parents ont été quelque peu réticents, inquiets, aux débuts, par la suite tous en sont devenus de fervents partisans. La défense acharnée de quelques classes uniques du 3ème type par les parents et la population en est une sacrée preuve.
Autrement dit, il faut avoir vu et vécu pour accepter et défendre ce qui devient alors une évidence. C’est la première raison qui freine le développement de ces pédagogies. Leur instauration même sur le terrain scolaire.
- Le second point, c’est le système éducatif lui-même. Il est conçu, depuis la fin du XIXème siècle, pour une transmission mécanique, programmée, découpée, uniforme, frontale des savoirs (B A BA devient un savoir !). C’est la fameuse chaîne industrielle dont je ne cesse de parler. Insérer une approche totalement différente dans une machinerie qui n’est pas faite pour cela est extrêmement difficile. Le système lui-même s’y refuse (exemple des cycles), met le maximum de bâtons dans les roues (la hiérarchie). Lorsque des ministères (Edgard Faure, Savary, même Jospin) ont voulu injecter quelques éléments pêchés dans les pédagogie modernes, cela n’a pas été pris en compte par le système lui-même qu’ils n’avaient pas modifié ; un phénomène de rejet. C’était mettre du gasoil dans un moteur à essence !
Ce qui fait d’ailleurs que les pédagogies modernes sont aussi restées le cul entre deux chaises : d’une part sans aller au bout de leur logique, d’autre part en composant avec les nécessités de la chaîne industrielle mais en confondant souvent ce qui n’était qu’un compromis provisoire avec une pédagogie achevée. Le reproche que l’on peut faire, tout au moins que je fais, aux militants des mouvements pédagogiques, c’est qu’ils n’ont pas remis en question, de façon claire et totale, la conception globale du système éducatif.
L’histoire de la contestation de « l’évaluation Darcos » est un bel exemple de cette absence de vision (voir billets précédents sur l’évaluation).
Ce qui me fait dire que l’extension des pédagogies « qui ont fait leur preuve » nécessite une véritable révolution (dans le sens d’un renversement complet des approches, du système, des pratiques). Nous ne sommes plus dans les fausses réformes, les replâtrages, les aménagements. Vu d’ailleurs le peu de résultats de leur succession depuis un siècle, cela devrait apparaître comme une évidence. D’un côté nous avons de multiples expériences qui durent depuis un siècle et ont donc prouvé leur pertinence, de l’autre nous avons un système archaïque et qui démontre, lui, de plus en plus son inefficience. Mais cela suppose que non seulement l’architecture, l’organisation et même les finalités du système éducatif sont à mettre à plat et à réinventer, mais aussi que la place, la fonction, les pratiques de chacun de ses acteurs vont aussi être bouleversées. Peut-être est-ce surtout ce dernier point qui est la source des hésitations et des atermoiements.
C’est pourquoi il me semble important que l’ensemble des protestataires, désobéisseurs, grévistes… aille au delà de la contestation d’une évaluation pour son contenu et son timing.
27 janvier 2009
Cour de récréation mortelle
Dans le dernier commentaire que je reproduis ci-dessous, un lecteur témoigne du drame qu'il a vécu et vit toujours.
Très intéressant vos points de vue (c'était à propos de l'injustice).
Voici le témoignage de notre fille de 8ans.(ainsi que beaucoup d'autres parents et enfants victime d'injustice a l'École!).
il n'est nullement question de vous jeter la pierre. Heureusementpierre.heureusementpierre.heureusement que tous les instits ne sont pas comme "ceux concernés!"... parce qu'ils y en a de bons,de très bons! et de mauvais,très très mauvais...l'élève "lui",est au milieu de tout ça!
a méditer.
je précise que ma fille en est morte,elle n'avait que 8ans.
voici sur le blog suivant son histoire,vous y lirez ses écrits,sa détresse.
attention,âmes sensibles s'abstenir!
www.noelanie.unblog.frwww.noelanie.unblog.frwww.noelanie.unblog.frwww.noelanie.unblog.fr
On a beaucoup parlé des "jeux" (!!!) de strangulation, peut-être à la suite de ce drame. Bien sûr il y a les problèmes de "surveillance", d'inattention à la parole de l'enfant, voire d'inattention à ce qui se passe sous le regard même de l'adulte, d'irresponsabilité ou d'incompétence de ceux qui ont en charge des enfants. Mais je voudrais revenir sur ce qui englobe, permet que de tels drames puissent avoir lieu. La conception même de l'école comme lieu de non vie.
Toutes les cours de récréation ou presque sont des jungles, plus ou moins admises comme telles, que j'ai souvent comparées au cours des prisons. On fait passer, quotidiennement deux quarts d'heure, les enfants de salles de classes où l'interrelation n'est pas permise, dans un espace goudronné pour... se défouler. Une cocotte-minute dont le couvercle est soigneusement vissé, que l'on ouvre brutalement. Et dans la majorité des cours, il se passe une multitude d'événements dont l'adulte ne prête pas attention parce que ce n'est pas son problème. Il n'intervient que lorsque cela lui paraît grave... s'il s'en est aperçu.
Lorsque mon fils (8 ans comme Noélamie) rentre de l'école, il ne me parle que de ce qui se passe pendant la récré, sa journée n'est marquée que par cela (ce n'est pas toujours négatif), de ses relations avec ses copains, des altercations, des positions qu'il a pris ou été obligé de prendre, de ce qu'il a subi... ou fait subir. Il est marqué par cela, jamais ou très rarement par quelque chose qui l'a marqué en classe, à part des remontrances qu'il considère comme injustes (et une fois l'an passé où il a subi une agression physique violente... de son institutrice).
Sa construction sociale se fait dans la jungle de la cour, peu importe que cette jungle soit plus ou moins dangereuse, plus ou moins "surveillée", d'une année à l'autre ou d'une école à l'autre. La structuration sociale de ces cours s'établit sur des rapports de dominance et de soumissions. Même si de ceux-ci ne résulte pas toujours une agression physique. La structure sociale qui s'instaure, c'est la bande ou les bandes.
Mon fils me parle sans cesse de la "bande de untel" qui ne veut pas l'accepter, qui veut qu'il quitte la bande de "l'autre tel", de son copain qui lui en veut parce parce qu'il ne fait plus partie de sa bande. L'autre jour, il est rentré en pleurant parce qu'il en avait "marre des bandes" qui l'empêchaient de jouer avec les copains qu'il voulait. Bien sûr, il ne s'agit pas forcément de "bandes" qui terrorisent ou se livrent à des exactions. Elles ont souvent un caractère fluctuant, provisoire. Mais elles possèdent structurellement tous les éléments qui permettent les dérives, y compris dans leur intérieur de par les rapports de dominance qui s'y instaurent. A remarquer que les enfants ne connaissent le plus souvent pas d'autre forme de relation sociale que celle de la soumission, en classe ou dans la famille... ou dans la rue.
L'agressivité serait naturelle chez l'enfant, voire même nécessaire, voire une qualité. Je m'inscris en faux contre cette assertion portée même par pas mal de psychologues, qui d'ailleurs justifierait en elle-même les tueries et autres génocides auxquels se livre avec constance l'humanité. Le "naturel", si tel il était, est bien pulsé par toute notre société dont on ne perçoit même plus la violence banale: il faut être un "gagnant", voir un "killer", compétition, concurrence prônées comme seul levier du fonctionnement social et économique. Lutte politique conçue comme des coups à porter pour éliminer les autres et se maintenir en haut de la domination. "Combat", terme employé à tout bout de champ. "Il faut te battre", encouragement le plus utilisé. Hystéries dans les stades pour "la victoire" de son équipe et non pas pour le spectacle offert. Etc. etc.
L'agressivité est toujours une réponse à une frustration, une négation de l'identité, l'impossibilité d'appartenir à un groupe (et non pas à une bande). Les enfants agresseurs dans la cour ne sont jamais ceux qui sont reconnus en classe (bons élèves), même si cette reconnaissance n'est, elle aussi, qu'un ersatz. Cette non-reconnaissance peut aussi avoir sa source dans la famille, l'inexistence du dialogue (qui suppose obligatoirement la reconnaissance de l'autre) ou toute souffrance non reconnue. La grève qui va jeter jeudi des milliers de personnes dans la rue n'est d'abord qu'une réaction, très soft, à la non-reconnaissance qu'elles subissent continuellement. L'appel à un dialogue, qui de toutes façons n'aura jamais lieu, n'est qu'une tartufferie puisqu'on continuera à mettre en avant une crise qui justifierait cette non-reconnaissance. On négociera, peut-être, suivant le rapport de force jugé par le degré et l'étendue de l'agressivité qui s'exprimera. Et on se plaindra de l'agressivité des grèves sur le quotidien... d'une journée. Notre société fonctionne avec l'agressivité comme moteur. Elle fabrique des agresseurs.
Et pourtant, il suffit d'une catastrophe, naturelle elle, pour que naturellement et spontanément naissent solidarité, entraide, dévouement à l'autre, auto-organisation, responsabilités individuelles et collectives. Ce n'est que temporaire, et pourtant cela laisse toujours comme un regret de ces brefs instants pour la sensation d'avoir appartenu, un moment, à une humanité.
Il faut bien savoir que dans les rares écoles où se pratiquent des pédagogies coopératives, c'est à dire où pendant le temps scolaire, pour les activités qui s'y déroulent, la classe constitue un groupe où l'interrelation entre les enfants est constante dans les activités, leur choix, leur organisation, quand chacun est reconnu pour ce qu'il est, ce qu'il apporte aux autres, quand chacun peut participer à des décisions, se faire entendre et être écouté, dans ces écoles il n'y a aucun problème d'agressivité, quel que soit leur environnement social, quels que soient les caractères de chaque enfant. Les capacités interrelationnelles acquises, la conscience d'appartenir à un groupe, sont conservées dans la cour de récréation. S'y déroulent simplement d'autres activités. Elle n'est plus le siège d'un défoulement. Si des conflits naissent, ce qui est encore naturel, le groupe a déjà créé des procédures implicites ou explicites qui permettent de les réguler. Lorsque le groupe est important pour la vie de chacun, il ne laisse, naturellement, pas s'envenimer ce qui peut le détruire. L'apprentissage social, c'est cela.
Daans ma classe unique, il n'y avait pas de récré ! l'extérieur, comme l'intérieur, était un lieu d'activités, simplement un peu différentes et il était utilisé aussi bien pour prendre l'air, pour jouer, planter des tomates, sculpter ou observer des fourmis pour faire un exposé !
Tant que l'on n'approchera pas les problèmes de l'école de façon globale et systémique, de petits drames quotidiens et des drames plus terribles s'y perpétront, comme l'échec qui est aussi un drame.
Vous me direz que mon analyse est sans nuances. Mon fils est rentré ce midi avec une petite plaie au visage. Pas grand chose. Altercation avec un "copain" qui avait un morceau de bois dans les mains. "Parce que je ne voulais pas faire partie de sa bande", enfin, c'est ce qu'il dit, le copain dirait peut-être autre chose. La nuance est dans les 2 centimètres qui séparaient la plaie de l'oeil. Pourtant tout le monde est gentil dans cette école, la maîtresse, le maître, le copain et même mon fils. "Jeux d'enfants" me direz-vous ? Jeux d'enfants à Gaza ?
Si, dans la "Guerre des boutons", Pergaud avait rajouté une phrase où l'oeil de Tigibus eût été crevé par un projectile de tire-pierre, on ne lierait plus ce livre avec un regard si attendri.
20 janvier 2009
Evaluation : la grippe encore plus efficace que la désobéissance !
Et elle va peut-être éviter le ridicule absolu de Xavier Darcos, puisque, même avec 400€ de prime, un grand nombre d’enfants ne seront pas « évalués » !
Je ne reviendrai pas sur les péripéties et l’absurdité de cette énième disposition mise en route par le ministère de l’Education nationale dénoncée à longueur de blogs.
Toutefois, il est bien dommage que cela dissimule le fond du problème. Je reviens encore sur ce point.
L’évaluation c’est bien un des éléments indispensable au fonctionnement de toute chaîne industrielle de production. Cela s’appelle contrôle de conformité qui doit s’opérer sur chaque pièce au cours des stades de sa production ainsi qu’au stade final. Je n’ose pas dire « contrôle de qualité », cette notion est d’ailleurs relativement récente dans l’industrie avec l’instauration des normes de qualité, elle n’existe pas encore dans la chaîne scolaire !
Le fonctionnement de la chaîne scolaire en dépend. En dépendrait aussi la nature des opérations qui s’effectuent dans chaque maillon, voire la remise en question de la chaîne elle-même (ingénierie).
Depuis son origine, le système scolaire ne peut se passer d’évaluation puisqu’il est conçu à partir de ces « contrôles » (programmation, exécution, contrôle du résultat, poursuite des opérations de la chaîne)… et on n’arrête pas de se triturer les méninges pour en trouver une qui puisse être utile et significative ! Des notes sur 2O aux notes sur 10, sur 5, aux lettres, des « devoirs mensuels » aux contrôles continus, des certificats qui ne certifient pas grand chose, aux diplômes multipliés et gradués, des carnets de notes aux bulletins, aux fiches évaluatives sophistiquées dont on ne sait même plus comment les remplir, l’histoire d’un système éducatif immuable se réduit à celle des fiches, signes, graphiques, chiffres, items, sensés déterminer la « valeur » de chacun des individus que le système doit formater. Accessoirement la valeur des OS opérant dans ce système. Encore bien plus accessoirement la valeur dudit système quant aux finalités qui lui ont été attribuées. Encore que, on ne sache plus très bien quelles sont ces finalités : permettre que se construisent des adultes capables d’appréhender leur monde et d’agir sur lui ? des citoyens ? alimenter la machine économique suivant les contingents catégorisés dont elle a besoin ? alimenter la machine à profits de travailleurs et de chômeurs soumis ?….
Et toute cette histoire n’arrête pas de faire le constat que l’évaluation n’évalue rien du tout ! L’évaluation n’a pas repérer la plupart des compétences qui ont marqué le monde, les exemples sont innombrables, un des plus célèbres étant le « cancre Einstein ». Elle a même dû en inhiber pas mal en frappant d’un sceau négatif tous ceux évalués comme non conformes. Quant à ceux que l’évaluation a sélectionné, ils se retrouvent bien dans les sphères supérieures du pouvoir, tellement sélectionnés comme conformes et bien formatés, qu’ils sont dans l’incapacité totale de sortir de leur formatage pour traiter différemment ce qui leur est confié (ou plutôt ce qu’ils se sont octroyé) : nos politiques, financiers, éminences intellectuelles, sont en train de nous en faire une éclatante démonstration.
Si l’on prend la fonction indicative globale de cette évaluation, on peut admettre qu’elle soit utile pour apprécier l’efficience de ce qui est mis en place. Mais ce n’est pas au cours de la conception et de la production qu’elle doit avoir lieu : on n’a pu s’apercevoir de l’utilité et de l’intérêt d’une 2CV, que lorsqu’elle a été utilisée par des milliers de personnes ! ce d’autant qu’elle a été le fruit d’un hasard (ce n’était qu’un prototype d’essai !). L’évaluation doit alors être décalée pour juger des effets du système par rapport aux finalités qui lui ont été assignées (voir plus haut). Et l’évaluateur ne peut être celui… qui est évalué, l’Education nationale en l’occurrence ! le mode d’évaluation ne doit pas non plus être la reproduction du mode de production.
Une telle évaluation existe, c’est PISA ! elle ne s’effectue pas au cours du processus mais à la sortie du système. On peut toujours la critiquer et l’améliorer, mais elle a l’intérêt de tenter de constater les effets produits dans le domaine des capacités et des compétences réutilisables et non pas dans la récitation de notions ou mécanismes appris. Mais lorsque ces résultats ne sont pas conformes aux attentes, pire, lorsqu’ils démontrent que ce sont des conceptions éducatives différentes et les systèmes qui en découlent qui aboutissent à de l’efficience (Finlande), alors ils sont délibérément ignorés et l’évaluation qui les a révélés carrément dénigrée.
Et même si l’on utilise nos propres évaluations nationales, on se garde bien de tirer la moindre conséquence des résultats qui troubleraient le système et ceux qui y évoluent. Ainsi, les évaluations mises en place, fin des années 80, ont révélé que les résultats des classes uniques étaient supérieurs à la moyenne nationale. Là où le taylorisme scolaire pouvait le moins bien fonctionner, là où les conditions paraissaient les moins bonnes, où c’était anormal… que ça marche. Là où l’on se rapprochait… de la Finlande ! Croyez-vous que l’on se soit penché sur ce phénomène, sur cette révélation de l’évaluation, que l’on ait pris un temps pour essayer d’en comprendre les raisons avant même d’en tirer les conséquences ? pas du tout ! cela aurait remis en question « toute la politique des dernières décennies » ainsi que l’a avoué un inspecteur général (Ferrier 1993). Pas question qu’une évaluation remette en cause quoi que ce soit : on a continué l’éradication de plus belle !
Si on prend la fonction individuelle de l’évaluation, prise comme un exercice isolé, que peut-elle révéler, en quoi peut-elle être utile aussi bien à l’enfant qu’à l’enseignant ? de façon générale elle révèle l’échec pour le premier, l’échec du premier aux yeux du second et des parents (alors que l’échec, selon toute logique, devrait être imputé aux enseignants et à l’école) ! cet échec (à un contrôle !), devenant une identité (l’enfant devient « celui qui ne suit pas » « celui qui est en difficulté »). Elle révèle que des notions ou des connaissances du programme ont été éventuellement mémorisées momentanément ; ce qui ne signifie pas qu’elles recouvrent des compétences réelles qui seront réinvesties hors du cadre où elles ont été mémorisées, et qui ne rendent pas compte des compétences acquises par ailleurs, y compris celles requises qui ne vont pas s’exprimer dans la réalisation d’un test.
En général, l’évaluation ne produit aucune remise en question des pratiques, des conceptions, des approches, de l’environnement scolaire, de l’acte éducatif lui-même. Encore moins celle du système. Tout au plus une tentative d’ajustement du contenu : un peu moins de ceci, un peu plus de cela. La mise en place de « remédiations » (on remédie à quoi si ce n’est à l’échec de l’école ?). Une louche de plus pour ceux qui ne « satisfont » pas à « l’épreuve » !
Xavier Darcos rend de grands services à l’école : en poussant, à la suite de ces deux prédécesseurs, la logique scolaire jusqu’à l’absurdité, il met en pleine lumière cette logique. Protester, manifester, désobéir seulement parce que ces évaluations en particulier sont mal faites, mal présentées, demandées au mauvais moment, évaluent un programme pas encore en place… pour en demander de mieux faites, c’est aller dans son sens.
Ne pas protester aussi !
C’est bien le piège dans lequel sont enfermés enseignants, parents, citoyens et mêmes les critiques habituels de l’école.
Ce qui est en cause c’est toute la conception de l’école, de ses finalités (à affirmer ou réaffirmer sans ambiguïté), c’est ce que sont des apprentissages fondamentaux et la façon dont ils se construisent, la fonction et le rôle des enseignants dans l’acte éducatif auquel participent d’autres acteurs, la remise à plat totale d’un système éducatif qui ne peut assurer aucune finalité acceptable. A refuser toute remise en question aussi bien professionnelle, qu’intellectuelle, qu’institutionnelle, à ne pas en faire le cœur d’une lutte qui ne s’adresse pas qu’au pouvoir en place, tout le monde se condamne à subir encore longtemps une logique très peu différente de celle dans laquelle s’inscrivent les résistances actuelles… et ses conséquences qui ne pourront que continuer à s’accentuer.
L'évaluation n'est qu'une pièce d'une machinerie.
24 décembre 2008
Les Robinsons de Longjumeau
Je viens de rajouter un lien (colonne de droite) que j'aurais dû signaler depuis longtemps. Il s'agit de l'étonnante expérience sociale instiguée par Laurent Ott à Longjumeau depuis quelques années. Elle est hors du commun, complètement à côté de ce qui qui se fait habituellement dans le domaine socio-éducatif, de la vraie démocratie sociale, participative, qui vous réconcilie même avec ces termes. Le tout avec des bouts de chandelles ! Dans la rue, dans les espaces à investir par les enfants, les adultes.
Je ne peux que vous recommander de vous abonner à leur lettre, petit bijou qui paraît chaque semaine depuis des mois.
C'est un cadeau... de Noël !
22 décembre 2008
Il faut tuer le père noël
S’il est bien une période de l’année exécrable, c’est celle-ci ! Et si des vacances sont faites pour que chacun, adultes et enfants, se reposent, retrouvent une intimité, un calme, se refassent une santé à tous points de vue, ce ne sont certainement pas celles-ci ! A part pour les privilégiés qui peuvent s’échapper 15 jours dans leurs chalets.
Je passe sur la période qui précède pour les adultes : les fins d’années à boucler au boulot, quand on en a un, les soucis de fin d’année avec les injonctions des factures, les courses à faire quand une minute se présente, les bousculades un peu partout, le casse-tête des sacro-saints cadeaux, la préparation de « la fête », etc. etc. Vous connaissez tous cela et l’arrivée au soir du 24 décembre déjà à ramasser à la petite cuillère.
Bonjour notre disponibilité pour les mômes ! jusqu’à la menace d’un père noël qui ne passerait peut-être pas devenue complètement inopérante. Et il faut aussi gérer la croyance avec les petits.
Je passe sur la fête de noël : entassement de la famille au plus grand complet dans des espaces confinés, excitation entretenue des cadeaux à venir, des cadeaux reçus ou de ceux qu’on n’a pas eu, déballages, chamaillages, sucreries à gogos, engueulades… et coucher à point d’heure, heures passées dans les bagnoles quand on n’y reste pas coincé par les bouchons ou les intempéries.
A peine quelques jours pour s’en remettre ou plutôt s’en soigner, on remet ça avec le jour de l’an !
Si bien qu’à la rentrée, que ce soit au boulot ou à l’école, c’est un cortège d’épuisés qui s’y traîne. Mais qu’importe, on a fait « Noël »… comme tout le monde. Et ces pervers de microbes de la grippe, des rhinos ou autres gastros, à l’affût, se régalent en veux-tu, en voilà.
A l’école, bien avant la date fatidique, les cadeaux empoisonnent les cours et les têtes : « qu’est-ce que tu as commandé ? qu’est-ce que tu vas avoir ? » et à la rentrée, « qu’est-ce que tu as eu ? », quand ce ne sont pas les maîtresses ou maîtres qui en font le premier entretien. Comme si le fameux « père noël » attrape nigaud, croyance indispensable pour nos éminents psy, avait une once de justice pernoëlesque ! Pourquoi il y en aurait qui auraient tout et d’autre pas grand chose ou rien ? Oui, bien sûr, il faut penser à « tous les petits enfants qui n’ont rien » mais Noël c’est paraît-il universel. Comme Dieu ! Si tu as eu la super console dernier cri, la panoplie d’un héros débile, c’est probablement que tu l’as mérité (quoique la liaison mérite/cadeau ne semble plus être à l’ordre du jour de la morale). Cela peut même être pris comme une preuve d’amour (l’amour suivant le niveau du porte-monnaie). Ton petit voisin, le petit africain, qui n’ont eu que l’écorce d’une orange ou n’ont pas eu le bout de pain que leur ventre réclamait n’ont sûrement eu aussi que ce qu’ils méritaient. Les présidents du monde entier veulent bien faire le père noël pour les mômes de leurs palais (devant la télé bien sûr), mais pas plus. Ils ont bien assez de cadeaux à faire aux banquiers.
Noël, fête chrétienne, fête de l’injustice et de l’égoïsme avec un bonhomme barbu en symbole.
Et que dire des fêtes de noël et autres « arbres de noël » institués à l’école ? A la pression de fin d’année, des évaluations, de la fatigue, on rajoute la pression et l’excitation d’une fête et de sa préparation. Qu’il faudra aussi que chaque famille inclut dans son programme déjà surchargé. Pour qui ? pour que les parents applaudissent béatement quelques niaiseries ? Pour que les enfants dont on sait qu’ils n’auront rien, aient la même bricole que tous ceux qui n’en ont rien à faire vu qu’ils savent que, le leur de père noël, va leur apporte bien autre chose que des bricoles ? Pour que les municipalités aient bonne conscience en dépensant quelques euros à cette occasion pour faire oublier qu’elles n’en ont pas grand chose à cirer des enfants mal logés, mal nourris, avec la rue comme seul terrain de jeu ? Ou pour faire oublier que certains seront ramassés par la police avec leurs parents sans papiers ?
Et en exhibant sur les scènes, dans la rue, dans les magasins des guignols standardisés en robe rouge dont même des enfants peuvent lire dans les yeux, qu’eux aussi ont faim.
Jusqu’à cette panoplie qui est grotesque, à l’opposition de ce que pourrait produire un imaginaire dont, lui, les enfants du monde entier ont besoin. Noël, la standardisation d’un imaginaire qui finit même par ne plus être vendable ! Une mystification dont le seul intérêt pour les enfants serait la découverte qu’on les a mystifiés grossièrement.
Noël est bien une mascarade institutionnalisée. Pour quel bénéfice ? de la consommation ? Cela c’est curieux : je suis d’un monde où mon père m’a appris que si je dépense un sou pour ceci, je ne l’ai plus pour cela. Ce qui passe en cadeaux d’hypermarché ne passe pas ailleurs, c’est tout. Pour le plaisir de faire des cadeaux ? leur caractère quasi obligatoire leur enlève toute l’essence même de ce que peut être un cadeau. Pour développer quoi ? quelle solidarité ? quelle attention aux autres ?
Supprimons l’institutionnalisation de Noël et de son père ! Si les catholiques veulent le fêter, je le comprends, c’est leur affaire comme le ramadan pour les musulmans. Si les familles ont besoin de ce rituel, c’est leur affaire, et elles en ont plein d’autres. Les écoles, les classes ont aussi besoin de vrais rituels, mais qui leur soient propres. Les rituels obligatoires sont la mort des rituels. C’est peut-être ce que l’on peut le plus reprocher au père Noël, il s’est tué lui-même ! Il a tué ce qui a été, dans le fond des temps, la manifestation collective des jours qui allaient à nouveau s’agrandir, qui marquait la nécessaire solidarité hivernale. La fête de l’arbre et du feu dont on avait besoin. Une fête de la chaleur. Un vrai rituel !
Et on y gagnera une trêve hivernale sereine !
PS : Je viens de me fendre de l’achat d’une console de jeux (« tous mes cousins en ont ! ») ! et oui ! je me répétais pourtant bien mes beaux discours ! j’ai lâchement acheté… la paix ! Le vieux barbu à de beaux jours devant lui ! Ses commanditaires aussi !
20 décembre 2008
Pourquoi des enseignants refusent d'appliquer stricto senso l'aide personnalisée aux élèves ?
J’ai à longueur de ce blog (ici, , ou dans mon site, démonté la chaîne tayloriste scolaire et ses conséquences. C’est là que sont le problème et la source des maux dont souffrent les enfants et les apprentissages dont on pense qu’ils sont indispensables. Je n’y reviendrai pas.
Alors pourquoi des enseignants refusent-ils, ouvertement, d’appliquer les dispositions ministérielles que j’appellerais de « soins palliatifs » ?
Ils sont stigmatisés, en particulier par leur hiérarchie, comme refusant d’aider ceux qui en auraient besoin ! Aveu d’ailleurs officiel de l’indigence de ce qu’on fait faire aux enfants dans le temps ordinaire, mais personne ne le souligne. Là aussi on peut s’interroger une fois de plus sur les médias qui se gardent bien de chercher plus loin et… d’informer ! L’histoire appellera cela de la complicité. Ou de la collaboration.
Je sais bien que les motivations du refus ne sont pas uniformes. Toutefois, pour très bien connaître une bonne partie de ceux qui s’élèvent contre ces mesures, cela n’a strictement rien à voir avec des raisons politiquement conjoncturelles. Pour ceux-ci, ces mesures n’ont pas de sens :
- Dans le contexte de leurs pratiques.
La plupart sont engagés dans des pédagogies où les enfants évoluent à leurs propres rythmes, construisent leurs langages dans des activités qui ont du sens, reliées à la vie (Freinet, Montessori, méthodes actives, pédagogie institutionnelle, multiâge, etc.). Nous ne sommes plus dans un enseignement frontal où tout le monde doit avaler uniformément la même soupe (d’où les dégâts à tenter de réparer pour tous ceux qui ne digèrent pas, et qui s’accentuent au fur et à mesure de la distribution des repas scolaires). L’attention constante qu’ils portent ne cible pas la distribution d’une matière, mais l’activité de chaque enfant dans la réalisation de ses projets et la construction des langages qui s’y opère (on peut dire aussi apprentissages qui s’effectuent, compétences ou savoirs qui s’acquièrent). De même qu’à l’intégration de chaque enfant et de son activité dans le groupe. Parce que là, on parle de groupe. « L’aide » personnalisée y est permanente. La classe n’est même faite que de cela. Pour suivre depuis plus de 15 ans les échanges quotidiens d’un groupe de plus d’une centaine d’enseignants, je peux témoigner que c’est l’objet permanent de leurs échanges.
C’est ce que font ces enseignants que les éminences grises ministérielles et médiatiques, quand ce n’est pas le ministre lui-même, cataloguent d’un terme devenu quasiment injurieux : les pédagogistes, le pédagogisme. Comprenne qui pourra.
- Dans le contexte de l’organisation de leur classe ou de leur école
Extirper du groupe les deux ou trois enfants réglementaires (chaque enseignant doit en trouver un nombre compris entre 3 et 5, pas un de plus, pas un de moins !) pour les mettre à part pendant quelques heures, va à l’encontre même de ce qui justement faisait qu’ils pouvaient se développer normalement, à leur rythme, sans difficultés leur étant sans cesse renvoyées à la figure, avec les autres. Pour sûr, totalement anti-pédagogique ! Si on n’a pas encore compris, la « réforme » est bien anti-pédagogique ! et elle est revendiquée comme telle !
La suppression de 3 heures hebdomadaires pour les « non-aidés » a surtout enlevé un temps où beaucoup pratiquaient l’ouverture de l’école aux parents, un temps de compréhension, de liaison école, enfants, enseignants, parents. L’embryon de communautés éducative. La rupture du ghetto scolaire. Là aussi, crime pédagogiste ! Au lieu de donner du temps, compressons !
- Mais tous ces enseignants du refus, ont tous proposé, comme de bons fonctionnaires respectueux de l’État et des légitimités du suffrage, des dispositifs d’utilisation un peu différents de ces heures légalement décrétées. En terme de service horaire, allant au-delà de ce qu’ils étaient tenus d’effectuer. J’en ai donné un exemple à propos du temps de l’interclasse de la mi-journée (ici). Tous ont passé du temps et de l’énergie à expliquer de quelles façon l’aide personnalisée était effective, de quelle façon les dispositifs collectifs supplémentaires dont ils proposaient la mise en place allaient contribuer à la rendre encore plus efficiente. Dans la quasi totalité des cas, ils n’ont eu qu’un niet tranchant de leur hiérarchie : « vous appliquez à la lettre les décrets et circulaires », peu importe que cela soit stupide ou non, contreproductif, c’est le ministre qui l’a écrit, exécution. On ne veut que pouvoir mettre les chiffres, les heures, dans nos états… et le ministre, tout le monde sera content. On n’avait d’ailleurs jamais vu ladite hiérarchie aussi zélée. Si on ne le savait pas, ces inspecteurs de l’EN sont bien pour la plupart des contremaîtres, et la célèbre émission striptease aurait bien des sujets aussi saignants à mettre en boite que celui qui a fait sa célébrité.
Est-ce que l’on sait tout cela ?
Les enseignants désobéisseurs, qui sont-ils ?
Qui sont ces enseignants qui ont lancé une mouvement de désobéissance civile ? Il est curieux qu’aucun journaliste ne se soit intéressé à cela alors qu’une telle action, ouvertement assumée, n’est pas très fréquente dans l’histoire du civisme. Le ministère et sa hiérarchie ne s’y sont pas trompés, eux, et ont bien repéré les têtes à trancher et les gens à mettre au pas sans attendre. Alors qu’une grève administrative des directeurs qui a duré plusieurs années ne leur a fait ni chaud ni froid (ni à personne d’ailleurs).
Les enseignants qui ont été à l’initiative du mouvement ne sont pas n’importe qui. Pour la plupart, ils travaillent depuis des années dans les mouvements pédagogiques (à qui le ministère vient de supprimer la plus grande partie des moyens mis à disposition des Associations Educatives Complémentaires de l’Enseignement Public, comme par hasard). Ils consacrent une part importante, parfois démesurée, de leur temps libre, à se co-former, chercher comment travailler différemment, s’entraider, mettre au point, améliorer des outils, confronter leurs pratiques…
Dans l’Education nationale, on est bien obligé de les appeler des « militants ». Dans toute autre profession, ils ne seraient que des professionnels passionnés, pour le plus grand bonheur de leur patron !
Et la moutarde me monte au nez chaque fois que j’entends, sur les ondes ou sur les écrans, les donneurs de leçons, qu’ils soient du petit peuple ou de la gentry journalistique ou intellectuelle, montrer du doigt ceux « qui refusent toute réforme », « qui ne pensent qu’à leurs vacances », « qui ne se préoccupent pas de l’intérêt des enfants »… Ces premiers désobéissants, il y a belle lurette qu’ils réforment leurs pratiques dans des conditions impossibles et contre l’opinion, la même qui réclame UNE réforme à cors et à cris. A tel point d’ailleurs qu’on a même pu leur reprocher d’empêcher la révolution en rendant l’école, par endroits, plus supportable. Il y a belle lurette qu’ils demandent des changements, mais pas des faux changements ou des retours à la préhistoire. Et en attendant, ils font.
Des enseignants fainéants ?
Et bien je vous livre, avec leur autorisation, la teneur d’un message, compte-rendu récent d’une des habituelles et nombreuses réunions d’un groupe d’une cinquantaine d’enseignants d’un département dont je tairai le nom afin de ne pas les exposer un peu plus aux mesures de rétorsion qui sont en train de se généraliser. Rien de mieux qu'un exemple concret.
Bonjour à tous,
A défaut du message que je n'ai pas réussi à envoyer avant la réunion, voilà un petite compte rendu de la soirée d'hier, qui fut ma foi très sympa, très constructive, très "vivante".....on s'est bien marré, et on a appris plein de trucs.....ça fait du bien.
- Pour commencer, aux côtés du petit groupe d'habitués, nous avons eu le plaisir d'accueillir M, R et E, qui sont en PE2, et F qui bosse à S (ça s'écrit comme ça?)
- Bilan des visites dans les classes lors de nos réunions: (Ces enseignants se rendent régulièrement et mutuellement visite dans leurs classes, le mercredi, les WE. Lorsque les décalages des jours de congés ou des semaiines différentes (4 jours, 5 jours) le permettait, ils arrivaient à le faire pendant que les classes fonctionnaient avec les enfants – note de la rédaction du blog)
Bien, tout le monde trouve que c'est une bonne idée. Cela dit on regrette qu'il n'y ait pas plus d'exploitation des outils utilisés, et pas plus de réflexion sur le fonctionnement de classe du collègue qui reçoit.
P propose que ceux qui le souhaitent filment un moment de classe choisi, et qu'on le regarde lors de la réunion. ça peut aussi être un enregistrement.
On a aussi proposé, devant l'ampleur des choses à montrer dans une classe, que celui qui accueille présente une chose de sa classe, un outil, un morceau de fonctionnement, et qu'on en profite pour approfondir....
Prochaine rencontre: le 20 janvier, à P, classe de M, à G.
Le Nouvel éducateur a été reçu, le thème est "Ecrire".
Il reste 1000 euros sur le compte (les subsides du groupe proviennent des adhésions de chacun !NdRB).
- Le WE maths. (et oui, le WE ! et les divers congés utilisés pour des stages coopératifs, les bricolages d’outils divers, les bricolages informatiques, les stages pour approfondir une technique, les vacances torpillées pour participer, pire, préparer un colloque… avec les conjoints et les enfants qui râlent ! NdRB)
Nous avons décidé qu'il se déroulerait le we du 28 et 29 mars 2009. D se charge de la réservation du lieu (où on peut aussi être logé). Ce sera certainement du côté de B.
Déroulement prévu: arrivée le samedi midi, repas coopératif. Puis travail en ateliers, soirée jeux. Le lendemain de nouveau les ateliers et départ le dimanche en fin d'après midi.
Tiens, on mange comment le samedi soir? Coopératif aussi? Un enseignant, ça mange aussi ! NdRB)
- Nous avons reparlé du salon des apprentissages coopératifs.
Certains se sont montrés motivés pour essayer de faire quelque chose. Nous pensions former une équipe de travail en janvier, qui se verrait en dehors des réunions pour préparer le salon. MAIS! Nous demandons à tous de nous dire ce que vous attendez de ce salon. Nous ne devons pas retomber dans les obstacles de l'année passée...donc avant de se lancer dans l'organisation, on doit tous être bien clairs sur ce que nous attendons de ce projet. Servons nous de la liste!!!!! On se donne jusqu'en janvier, et comme ça l'équipe qui aura le souci de la mise en place pourra faire en fonction des attentes du groupe.(Plein de manifestations, lieux de rencontre d’enseignants de tous bords, sont organisées par ces mêmes. Certaines internationales ou nationales comme le salon des apprentissages de Nantes, la Rencontre Internationale des Enseignants Freinet, divers colloques… d’zautres régionales ou départementales. NdRB)
- Par rapport à l'actualité, nous aimerions engager un peu le G., en prenant position. On se disait que d'abord, on pourrait mettre quelques infos sur le site. Par exemple relayer les différentes pétitions en cours (démission de Darcos, RASED, Maternelle, les associations, Base élèves....). F. tu peux t'en charger??
et pourquoi quelques publication à mettre aussi en ligne. Si certains ont envie d'écrire d'ailleurs.....(ils sont évidemment aussi des militants qui osent s’afficher. NdRB)
Après tout ça, on a divisé le grand groupe en deux sous groupes de travail: l'un sur les ateliers, l'autre sur le plan de travail (suite à des demandes des PE2). Bilan: Soleil! Comme quoi les petits groupes de travail c'est pas mal.
Et puis après le repas coopératif, on a rebossé en grand groupe autour des réglettes cuisenaires (et non pas cuisinaires, ou culinaires......!!!). P. a joué au prof pour l'occasion, et nous aux élèves...un peu turbulents! Nous avons suivi les consignes du prof qui lui même suivait un fichier qu'il découvrait avec nous, et nous avons fait des fractions, des racines carrés, des factorisations, des multiples, des diviseurs....tout ça en manipulant, et en rigolant bien. Il faut qu'on pense plus souvent à vivre des situations!!!!!
Voilà, je crois avoir tout dit.
petit rappel à D. (comme ça je vois si tu lis jusqu'au bout....): n'oublie de m'envoyer le DVD maternelle, merci!!!
Allez, bonnes vacances à tous, joyeux Noël, et bonne année!
H, pour le groupe.
De L.
C'était trop bon cette réunion !!! Tout c'est fait naturellement ! Petits groupes, enchaînements des différents temps... On était vraiment dedans hier soir. C'est coool ! J'ai adoré ! Vivement janvier !
Il faudrait que l'on bosse le point sur les outils "balances", files numériques et autres.... Je pense qu'on peut vraiment creuser de ce côté là.
Il faut ajouter, sur cet exemple, les dizaines de kilomètres faits dans la nuit, les conjoints et les enfants laissés à la maison pour la énième fois quand il n’a pas fallu payer la baby-sitter. Les heures passées, nocturnement aussi, sur l’écran internet pour quotidiennement échanger sur ce qui s’est passé dans leurs classes. Le travail fait avec les parents pour faire exister une vraie communauté éducative. Le temps passé pour récupérer les sous des moyens que l’État ne leur donne pas ou que les municipalités rechignent à débourser. L’énergie dépensée pour se justifier auprès de la hiérarchie et prouver leurs résultats, hiérarchie qui d’ailleurs s’occupent beaucoup plus d’eux que de ceux qui se contentent de rester dans les horaires de fonctionnaires… et la partie du salaire qui s’évapore pour que l’école, ce qu’ils peuvent y faire, ce que les enfants pourront y faire, soient dignes d’une école. On peut même dire que les retenues de salaires, premier étage de la panoplie de sanctions, ne sont que peu de choses en comparaison de ce qui s’envole régulièrement, parfois inconsidérément, de leur compte en banque, simplement pour faire leur métier correctement. Palier à ce que l’État ne fait pas.
Ce petit exemple est à multiplier : dans presque tous les départements il y a des centaines d’enseignants qui vont ainsi au-delà de ce pour quoi on pense qu’ils sont juste payés. On ne le sait pas. On ne le dit pas. Eux-mêmes ne le disent pas, ils ne se posent même pas la question de savoir si c’est normal.
Voilà qui sont la plupart des désobéissants !
19 décembre 2008
Un ministre de l'Education... brésilien !
Superbe réponse du ministre brésilien de l'Education interrogé par des étudiants aux Etats-Unis. J’ignore ce que fait ce ministre quant à l’éducation dans son pays, Mais, au moins au niveau de l’élévation de la pensée, on rêve que tous les ministres de l’éducation soient de ce niveau ! En plus, il ne s’agit pas d’un discours préparé par une plume de service. Cette mondialisation, je prends !
A faire suivre... Car la presse nord-américaine a refusé de publier ce texte.
Rectification après vérification : ce textea été publié aux États-Unis, dans le New York Times du 2 novembre 2003, et qu’il a été publié à l’origine dans O Globo (journal brésilien) du 10 octobre 2000. Le sénateur Cristovam Buarque est depuis devenu Ministre de Lula, puis a été remplacé à ce poste. Son site, en brésilien : http://www.cristovam.com.br , il se trouve également sur le site du ministère de l'éducation brésilein : http://www.educacao.gov.br/acs/pdf/a160203.pdf. Même s'il n'est pas récent, cela n'enlève en rien à sa valeur et à son actualité.
Internationalisation
Discours du ministre brésilien de l'Éducation aux États-unis.
Pendant un débat dans une université aux États-unis, le ministre de l'Éducation Cristovam BUARQUE, fut interrogé sur ce qu'il pensait au sujet de l'internationalisation de l'Amazonie. Le jeune étudiant américain commença sa question en affirmant qu'il espérait une réponse d'un humaniste et non d'un Brésilien.
Voici la réponse de M. Cristovam BUARQUE.
« En effet, en tant que Brésilien, je m'élèverais tout simplement contre l'internationalisation de l'Amazonie. Quelle que soit l'insuffisance de l'attention de nos gouvernements pour ce patrimoine, il est nôtre
En tant qu'humaniste, conscient du risque de dégradation du milieu ambiant dont souffre l'Amazonie, je peux imaginer que l'Amazonie soit internationalisée, comme du reste tout ce qui a de l'importance pour toute l'humanité. Si, au nom d'une éthique humaniste, nous devions internationaliser l'Amazonie, alors nous devrions internationaliser les réserves de pétrole du monde entier. Le pétrole est aussi important pour le bien-être de l'humanité que l'Amazonie l'est pour notre avenir. Et malgré cela, les maîtres des réserves de pétrole se sentent le droit d'augmenter ou de diminuer l'extraction de pétrole, comme d'augmenter ou non son prix.
De la même manière, on devrait internationaliser le capital financier des pays riches. Si l'Amazonie est une réserve pour tous les hommes, elle ne peut être brûlée par la volonté de son propriétaire, ou d'un pays. Brûler l'Amazonie, c'est aussi grave que le chômage provoqué par les décisions arbitraires des spéculateurs de l'économie globale. Nous ne pouvons pas laisser les réserves financières brûler des pays entiers pour le bon plaisir de la spéculation.
Avant l'Amazonie, j'aimerais assister à l'internationalisation de tous les grands musées du monde. Le Louvre ne doit pas appartenir à la seule France. Chaque musée du monde est le gardien des plus belles oeuvres produites par le génie humain. On ne peut pas laisser ce patrimoine culturel, au même titre que le patrimoine naturel de l'Amazonie, être manipulé et détruit selon la fantaisie d'un seul propriétaire ou d'un seul pays. Il y a quelque temps, un millionnaire japonais a décidé d'enterrer avec lui le tableau d'un grand maître. Avant que cela n'arrive, il faudrait internationaliser ce tableau.
Pendant que cette rencontre se déroule, les Nations unies organisent le Forum du Millénaire, mais certains Présidents de pays ont eu des difficultés pour y assister, à cause de difficultés aux frontières des États-unis. Je crois donc qu'il faudrait que New York, lieu du siège des Nations unies, soit internationalisé.
Au moins Manhattan devrait appartenir à toute l'humanité. Comme du reste Paris, Venise, Rome, Londres, Rio de Janeiro, Brasília, Recife, chaque ville avec sa beauté particulière, et son histoire du monde devraient appartenir au monde entier
Si les États-unis veulent internationaliser l'Amazonie, à cause du risque que fait courir le fait de la laisser entre les mains des Brésiliens, alors internationalisons aussi tout l'arsenal nucléaire des États-unis, ne serait-ce que par ce qu'ils sont capables d'utiliser de telles armes, ce qui provoquerait une destruction mille fois plus vaste que les déplorables incendies des forêts Brésiliennes.
Au cours de leurs débats, les actuels candidats à la Présidence des États-unis ont soutenu l'idée d'une internationalisation des réserves florestales du monde en échange d'un effacement de la dette. Commençons donc par utiliser cette dette pour s'assurer que tous les enfants du monde aient la possibilité de manger et d'aller à l'école. Internationalisons les enfants, en les traitant, où qu'ils naissent, comme un patrimoine qui mérite l'attention du monde entier. Davantage encore que l'Amazonie.
Quand les dirigeants du monde traiteront les enfants pauvres du monde comme un Patrimoine de l'Humanité, ils ne les laisseront pas travailler alors qu'ils devraient aller à l'école; ils ne les laisseront pas mourir alors qu'ils devraient vivre.
En tant qu'humaniste, j'accepte de défendre l'idée d'une internationalisation du monde. Mais tant que le monde me traitera comme un Brésilien, je lutterai pour que l'Amazonie soit à nous. Et seulement à nous ! »
17 décembre 2008
Pédagogie et communication
La réforme des lycée est repoussée : elle n’a pas été comprise ! Le ministre a manqué de… pédagogie. On dit aussi qu’il a « mal communiqué ».
C’est ce qui nous est seriné chaque fois qu’une mesure a quelque mal à être acceptée C’est ce que l’on a dit lorsque qu’au lieu de voter oui une majorité a dit non ! D’ailleurs, comme c’était trop difficile à faire comprendre « leur bien » à une masse d’ignares, le coup suivant on s’est bien gardé de leur demander à nouveau leur avis. Il a fallu beaucoup de « pédagogie » et de « communication » pour faire passer la pilule des retraites, les milliards perdus comme les milliards donnés à cause d’une crise, etc.
Il ne vient à l’idée de personne et encore moins à nos médias, supports de pédagogie et de communication, qu’un refus puisse être dû au fait que les récalcitrants aient justement… bien compris. Pédagogie et communication doivent permettre de faire comprendre ce que l’on doit comprendre. Curieux glissement sémantique que nos linguistes patentés se gardent bien de relever. Pédagogie et communication sont devenus les synonymes de manipulation. Un bon pédagogue et un bon communicant doivent faire accepter ce que l’on décide qui doit être accepté ou cru. Ma lessive lave plus blanc que blanc, elle doit donc être achetée. Votre pouvoir d’achat a diminué ? illusion : achetez, achetez même des bagnoles, pour sauver l’économie (l'économie, c'est nos banques, la bourse) ! C’est cela la pédagogie !
Notre ministre de l’éducation aurait pu se pencher sur les nombreuses définitions de la pédagogie. En voilà une parmi d’autres : Science de l'éducation des jeunes, qui étudie les problèmes concernant le développement complet (physique, intellectuel, moral, spirituel) de l'enfant et de l'adolescent. Autrement dit, un jeune lycéen bien développé intellectuellement capable d’appréhender diverses informations fussent-elles contradictoires et d’en tirer son propre jugement, d’en décider son propre comportement, ses propres décisions. Capable de réfléchir. Il faut croire qu’on les considère comme bien incapables d’une telle opération intellectuelle puisque l’on s’est bien gardé d’en discuter avec eux et qu’on se donne un an de plus de « pédagogie » pour qu’ils ne redescendent plus dans la rue et prennent pour argent comptant ce qu’on leur fera alors avaler facilement.
Il faut réformer et, bien sûr, il n’y a qu’une réforme possible, la nôtre, puisqu’on vous le dit. Et on va vous le redire, encore mille fois, pédagogiquement, jusqu’à ce que vous ne puissiez plus penser autrement. Si la pédagogie est une science, la manipulation aussi et c’est une science bien éprouvée dont les théories et les méthodes abondent depuis la cybernétique.
On comprend beaucoup mieux ce qui motive le mouvement des anti-pédagogues qui a pignon sur rue auprès du ministère et des médias ! Le « développement intellectuel » des enfants et des ados ? Pouah ! Suffit qu’ils écoutent sagement et répètent ce qu’on juge utile qu’ils doivent répéter. C’est bien ce à quoi a été réduite la pédagogie !
Quant à la communication, elle est devenue un simple pouvoir de ceux qui détiennent un pouvoir. Celui de distiller massivement et unilatéralement UNE information. On est bien loin de la définition où la communication est prise dans son sens interactif de transmission d’informationS : Il n’y a communication que lorsque l’échange d’informations entre deux systèmes influence l’état des deux systèmes disent les systémiciens. Pour sûr, dans ce qu’est devenue la communication, l’état du système émetteur, en l’occurrence notre ministre ou notre président, ne risque pas d’être modifié par d’autres informations que les leurs ou celles qu’ils pourraient recevoir en retour.
Et oui, nos philosophes, nos intellectuels pourvoyeurs de leçons, ont omis qu’il ne pouvait y avoir de vraie démocratie sans vraie pédagogie pour les jeunes sensés devenir des citoyens démocrates, et sans vraie communication qui fonde toutes les décisions collectives.
09 décembre 2008
Désobéissance des enseignants
Désobéissance ! Pour que des enseignants, en masse, osent se prévaloir ouvertement de ce terme, il faut que « les chefs » ou « le chef » soient allés bien loin. J’ai beaucoup d’estime pour leur courage et les risques qu’ils encourent ainsi. On ne peut qu’être à leurs côtés, les soutenir et les accompagner nous aussi dans la désobéissance civile.
Désobéissance civile. Des poilus des deux camps ont été fusillés pour cela. Même a posteriori, bientôt un siècle après, on n’ose encore lever clairement l’opprobre que l’on a fait peser sur eux. On ne s’étonne toujours pas que leur résistance humaine à un carnage débile n’ait pas été suivie par la totalité de ceux envoyés à la boucherie des deux côtés des frontières, par la totalité de celles qui allaient les perdre. De même qu’on ne s’étonne toujours pas, y compris nos donneurs de leçon philosophiques et morales, que des milliers d’êtres humains en aient carbonisé des milliers d’autres, enfants compris, par simple obéissance. Qu’auraient pesé les revolvers des officiers face à la levée des humains refusant l’inhumanité ? Dans ce mystère, on ne peut que se poser la question de notre humanité qui se dédouane de temps en temps par quelques actes de charité qui donnent bonne conscience. Quelques tentes pour des SDF, des restos du cœur,… et on continue sans vergogne dans l’inhumanité, jusqu’à ce que l’on soit à son tour du mauvais côté où on la subit.
Mais je voudrais revenir sur la désobéissance enseignante, moins saignante. Bravo pour aujourd’hui. Bravo pour la résistance à une fausse réforme absurde et porteuse de dégâts qu’il faudra du temps pour réparer si cela devient possible un jour. Mais elle me pose quand même quelques questions.
- il y a bien longtemps que les enseignants désobéissent massivement et sans le claironner aux réformes ! j’ai déjà fait remarquer, dans de précédents billets ou textes, que les réformes progressistes, comme celle des cycles, par exemple, n’avaient jamais vraiment été mises en application. Il est vrai que l’État et ses contremaîtres n’ont pas vraiment cherché à se faire obéir ni à mettre en œuvre ce qui aurait rendu les réformes possibles ! et ce sont d’ailleurs les mêmes contremaîtres, qui fermaient gentiment les yeux auparavant, qui deviennent brutalement zélés et brandissent les revolvers au moindre écart.
Dans le même ordre d’idées, l’interdiction des devoirs à l’école primaire depuis un demi-siècle n’empêche pas bon nombre d’enseignants d’en donner, en toute impunité, voire avec l’approbation passive de l’opinion.
- On parle beaucoup moins d’une minorité d’enseignants qui, depuis bien longtemps, prennent les risques de faire autrement, sans tapage … autrement que ce qui était dans la logique et les croyances que la réforme d’aujourd’hui ne fait que pousser à l’absurde.
- On ne s’étonne pas que les chantres qui prônaient médiatiquement la désobéissance il y a quelques mois (Brighelli, Boutonnet, Le Bris…), qui faisaient croire à leur absence de « liberté pédagogique », soient les éminences grises d’aujourd’hui qui poussent à la mise au pas sans murmures.
Ce qui me chagrine, c’est que l’on ne sache pas vraiment pourquoi on résiste. Simplement parce que la logique, qui n’a pas fondamentalement changée et qu’apparemment personne ne veut véritablement changer, poussée à l’extrême, apparaît enfin comme insupportable ? La rendre plus supportable dans l’urgence, bien sûr. Mais est-ce que les poilus qui ont fraternisé d’une tranchée à l’autre et se sont retrouvés devant un peloton pour ça, demandaient seulement un peu moins d’attaques aveugles et un peu plus de pinard pour les supporter ?
C’est cette incapacité à concevoir, à proposer une autre approche de l’école, d’autres pratiques, une autre logique pour un système éducatif, une autre finalité, un autre regard sur l’enfant et l’adolescent, qui rend la désobéissance, la résistance quelque peu amères, même si elles sont existentielles.
C’est peut-être la même absence de perspectives sociétales qui rend stérile les partis politiques et font même hésiter les résistances sociales. On ne se bat plus que pour essayer d’éviter ou de retarder le pire, qui, lui, est bien visible. On se débat comme les mouches dans un bocal. Et on refuse de voir le bocal. On refuse de prêter attention aux ouvertures pourtant déjà proposées et même expérimentées. On peut désobéir, mais pas plus.
Et je finirai ce billet en me demandant comment un certain nombre d’enseignants désobéissants traitent la désobéissance dans leurs classes. Les logiques peuvent se mordre la queue !
Désobéissons, résistons quand même, mais osons enfin nous pencher au plus vite sur d'autres perspectives. Et rendons-les effectives pour sortir du cercle vicieux dans lequel on sr'enferme nous-mêmes. Des Langevin Vallon ont bien déjà montré une route dans laquelle personne n'a voulu s'engager. Dommage, il n'y aurait peut-être plus lieu de désobéir.
06 décembre 2008
Coéducation et parentalité
Vous trouverez "ici" le texte d'une conférence "coéducation et parentalités partielles" donnée à Bordeaux dans le cadre d'un séminaire interpartenarial de la famille.
Vos réactions, critiques, contestations éventuelles m'intéressent évidemment !
20 novembre 2008
Grève des enseignants de l'Education nationale
L’ancien enseignant et le parent que je suis ne peuvent être autrement qu’aux côtés des grévistes. Et pourtant, comme à chacune des grèves dans l’Education nationale, la désagréable impression que, gagnées ou perdues, le système éducatif, lui, n’a rien gagné parce qu’il n’a pas bougé.
Le grand reproche qui pouvait être fait à Xavier Darcos, c’est que sa soi disant réforme, non seulement n’en était pas une, mais qu’elle ne faisait qu’accentuer la structure et la conception d’un système éducatif dont on commence à reconnaître son inefficience. Une vraie contre-réforme. En ce sens d’ailleurs, la suppression des RASED est une véritable stupidité puisque c’était le seul instrument qui restait pour pallier, même d’une façon infime, aux dégâts provoqués et constatés par la machine éducative qu’il consolide et verrouille par ailleurs. Cela a d’ailleurs bien été pris de cette façon, cette fois par la majorité enseignants et parents.
Dans la conception actuelle de l’école, il est bien évident que supprimer un certain nombre de moyens, vouloir tasser dans un laps de temps raccourci un programme alourdi, y faire réparer, en surplus et par les mêmes, les difficultés qu’ils n’ont pu solutionner dans l’activité ordinaire (soutien scolaire), c’est aller encore plus vite droit dans le mur.
Mais, finalement, en protestant à juste titre contre ces décisions, les grévistes vont dans le même sens. C’est là le paradoxe. Bien sûr qu’il faudrait au contraire se réjouir de la suppression des RASED… à condition que le système éducatif, ses orientations, les pédagogies, les pratiques, fassent que l’école s’adapte aux différences, aux rythmes, aux processus d’apprentissages, de chaque enfant, et non l’inverse.
C’est toute la conception de l’école qui est à ré-envisager. De fond en comble. Contrairement à la crise financière où peut de sonnettes ont été tirées longtemps à l’avance, peu de propositions alternatives ont été émises, il y a plus d’un siècle qu’en matière d’éducation de multiples analyses ont été faites, des alternatives non seulement proposées mais expérimentées, des plans établis (Langevin Wallon par exemple), les sonnettes d’alarme tirées et retirées. En pure perte.
Ni les politiques (1), ni les enseignants, ni les parents, ni les intellectuels éminences grises, n’osent, ne veulent remettre en question le système le plus figé qui soit. Comme les mouches dans un bocal qui se fracassent à l’infini sur les parois de verre. Ces dernières ont au moins l’excuse de ne pouvoir briser le bocal.
Beaucoup de mes copains ont fait grève, manifesté… pour finalement maintenir le système qui convient à tout le monde, et dont tout le monde souffre, les enfants en premier. Mais, dans l’urgence, que pouvaient-ils faire d’autre ?
Faire grève et manifester pour… la même école, c’est ce qui se renouvelle à chacune. La boucle est infinie. Réclamer des bouts de sparadrap ou des emplâtres, empêcher qu’on ôte des béquilles, la protestation, orientée de cette façon, ne peut aboutir qu’à cela.
C’est le système et aussi ce qu’il vise dans ses finalités qui doit faire l’objet de manifestations, de résistances. Il y a pourtant du monde qui peut le comprendre, qui l’a compris : les mouvements pédagogiques, un nombre de plus en plus important de parents, beaucoup de citoyens. Ce qui est nécessaire pour étayer la construction d’une nouvelle école ne manque pas non plus. C’est celle-ci qu’il va falloir, urgemment, mettre en avant des luttes. Pourquoi fait-elle encore peur ?
Et question que je me pose : est-ce que j'ai envie de sauver l'école publique, telle qu'elle est ? non ! Mais est-ce que j'ai envie qu'elle disparaisse ? diantre non !
« Du taylorisme scolaire à un système éducatif vivant », 2004, éditions Odilon. Extraits
(1) je ferais une petite exception pour les tentatives des Edgar Faure ou autres Jospin, restée vaines surtout parce qu’elles n’ont pas été appliquées ou qu’ils n’ont pas modifié le système pour pouvoir les appliquer.
08 novembre 2008
L'évaluation à 400 €
La maladie évaluative dont j’ai déjà parlé à deux reprises (ici, et là) prend des proportions pour le moins étonnantes :
Xavier Darcos dans le Monde daté du 7 Novembre « Par exemple, puisque nous mettons en place de nouvelles évaluations des élèves de l'école primaire, tous les professeurs de CE1 et de CM2 chargés de ces évaluations en février 2009 percevront une prime exceptionnelle de 400 euros ».
Il faut avouer qu’il y a de quoi s’interroger ! Voilà que les instituteurs, qui n’ont aucune indemnité pour les heures qu’ils ont à effectuer hors des horaires scolaires comme recevoir les parents, participer aux conseils d’écoles, organiser et accompagner des voyages scolaires, etc. considérées comme faisant partie de leur mission, vont être indemnisés (ou récompensés ?!) pour réaliser, dans le temps scolaire ordinaire, l’évaluation de leurs élèves ! Seulement ceux de CE1 et CM2. On pourrait croire que les autres et leurs élèves sont alors enfin débarrassés de cette plaie et que l’on récompense alors une vraie corvée, enfin considérée comme une corvée ! Et que l’on commence à douter de l’enthousiasme des enseignants et de leur croyance en l’utilité de ce « machin » sans lequel il n’y avait point de salut, ni pour les enfants, ni pour les profs !
Il ne faut pas rêver, l’évaluationite est une maladie génétique du système éducatif français. Mais, on nous disait à partir de 1989 (loi d’orientation Jospin) que son rôle était de mieux cerner où chaque enfant ou ado en était de façon à pouvoir ajuster la pédagogie à chacun. Evaluation formative mais pas du tout normative, disait-on. Si elles étaient devenues nationales, c’était, évidemment bien sûr, juste pour que globalement le système éducatif puisse lui aussi s’ajuster, rectifier le tir. En étalant sur des cycles de 3 ans ce qu’il fallait faire ingurgiter, ladite évaluation devait permettre de mieux accompagner chacun à son rythme. Honni soit qui mal y pense ! Ceux qui pensent mal ont bien vu qu’entre les intentions et la réalité il y avait un océan… immobile. Mais bon….
Cette fois, pas de poudre aux yeux, et il faut rendre à César ce qui appartient à César, notre cher gouvernement avance à visage découvert et fait ce qu’il a dit qu’il ferait. Mais ce qui est étonnant, c’est que, alors qu’il se réclame du libéralisme, il institue un système éducatif étatique que même les régimes communistes auraient pu lui envier ! Pour dépenser 400 € par enseignants de CE1 et CM2 (quelques dizaines de millions), alors que les caisses sont vides (vous devez être au courant !), il faut que l’enjeu soit diablement important, comme celui de sauver les banques.
- Ce qui est mis en place au fur et à mesure des réformes, c’est l’accentuation de la machine industrielle tayloriste qu’est le système éducatif. Que dans chaque maillon du collège, le contingent d’élèves soit parfaitement uniforme et conforme. Cela a été réclamé à cris d'effroi médiatiques par les OS enseignants des SOS de tous poils, promus depuis en contremaîtres ministériels. Pour ce faire, standardisation des opérations à effectuer dans chaque maillon : « faites ce que vous voulez… mais faites B A BA ». Et cette fois, il s’agit que le filtre de contrôle qui vérifie la conformité des pièces soit bien mis en place, simultanément et sans failles. Collèges et lycées pourront redevenir ce qu’ils étaient il y a un ou deux siècles… et tout va baigner. Qu’est-ce qu’on faire de ceux que l’évaluation va rejeter ? Ah ! oui ! les ateliers de réparation appelés « soutien » ! ou ceux plus chics qui permettent le développement de nouvelles entreprises, juteuses au moins, elles. Si nous avions un industriel comme ministre de l’EN, un habitué de la productivité, il s’en étoufferait. Ce d’autant qu’on ne peut pas délocaliser ! encore que, on délocalise bien les mômes à tour de bras et sans états d’âme !
- Et la concurrence ! Ah ! cette fois nous sommes bien dans le credo libéral. Concurrence du marché et usage de la communication médiatique pour booster le marché. Le cours de la bourse… de l’éducation. On voit très bien en ce moment les effets… du marché ! Poussons l’inconscience en admettant les lois du marché. Il faut bien avoir des éléments pour « coter » les établissement où investir… son môme. Comme pour les traders, ça ne marche qu’avec des chiffres ! Il faut fournir des chiffres au marché. Cela a déjà commencé depuis quelques temps avec la bourse des lycées, cotés suivant le nombre de réussites au bac. Aujourd’hui c’est avec le nombre de médailles ! Il était temps que l’on puisse publier des chiffres concernant l’école primaire qui n’a même plus de certificat d’études à mettre sous la dent des éduca-traders.
Evidemment qu’avec cela le marché éducatif va retrouver le sourire. Les lois de la concurrence libérale vont naturellement s’appliquer : pas de résultats (ceux donnés par la bourse éducatives qu’il faut prendre comme argent comptant comme ceux de l’autre bourse) ? tu disparais faute de clientèle. Alors, comment on fait ce type de résultats ? Exactement comme dans l’autre bourse : tu pressure au maximum tes employés (pardon, tes élèves), tu trafiques les résultats qui vont être communiqués à tes actionnaires (pardon, aux parents), tu élimines tout ce qui risque de faire baisser tes résultats ou tu ne recrutes que le must du panier, tu ne fais plus que ce qui va pouvoir rentrer dans les chiffres (bachotage...),… tu vas dans le privé où là, au moins, on ne travaille qu’avec ce qui rapporte, en chiffre et en fric et qui fait grimper la cote. Tu pourrais peut-être revoir complètement ta façon de travailler et innover, puisque l’innovation, le marché aime ça. Pas du tout ! dans le service public éducatif on n’innove pas : tout le monde pareil, B A BA !
Au fait, les 400 €, pourquoi ? serait-ce parce que poussant la logique de l’absurde à ce point, on craint que même les plus aveugles se rebiffent et ne jouent pas le jeu ? Quand, dans l’économie de marché, attribue-t-on des primes à des employés ?
Quelle chance nous avons d’être dans un monde civilisé.
PS : Je mettrais en ligne, d’ici quelques jours un extrait, plus sérieux, sur l’évaluation, extrait du « taylorisme scolaire à un système éducatif vivant » (éditions Odilon).
Re PS : je viens de m'apercevoir que Goggle rajoutait parfois des adresses publicitaires en fin de billets. C'est évidemment à mon insu et je ne cautionne ni les adresses, ni cette manière d'agir.
07 novembre 2008
La vocation de l'école
"L'école n'a pas vocation à accueillir les enfants de 2 ans. Elle doit être une école à part entière". (Rapport Papin-Martin du Sénat).
Bravo ! le problème, c’est que l’école n’a pas vocation à accueillir des enfants ! et même des ados. C’est ce qui ne cesse d’ailleurs d’être dit depuis quelques années à longueur de déclarations, instructions, décrets, réformes. L’école est ouvertement faite pour accueillir des objets à remplir, façonner, modéliser. Elle n’a pas affaire à des enfants mais à des élèves.
Il est dit et répété : l’école maternelle « doit préparer » à l’école primaire ; ça va être sérieux, ce ne sera plus de la rigolade, faudra « travailler ». L’école primaire « doit préparer » au collège ; ça va être encore moins drôle, faudra encore plus bosser, même après avoir quitté les lieux il faudra t’échiner encore sur des devoirs tard dans la soirée, tu auras encore moins de temps de t’amuser, il faudra te plier aux desideratas variant suivant les profs, etc. . Le collège doit « préparer au lycée ». Là, cela foire un peu parce que, au lycée, il faudrait justement que ces « ados-objets » soient un peu des ados-autonomes (juste un peu !) et on voudrait, pour que ça marche, qu’ils adhèrent cette fois à ce qu’on veut leur faire faire. Mais bon, c’est la faute à Voltaire ou à Rousseau !
Et ces cases successives, c’est pour préparer à quoi ? allez, voius avez sûrement des réponses ! Parce que, bizarrement, à cette dernière question, à cette dernière « préparation », on ne nous donne pas la réponse. Mais je me demande toujours si nos chers penseurs-décideurs se la sont vraiment posée… ou s’ils n’osent pas la donner. C’est vrai qu’eux au moins ont été « bien préparés » !
Alors nous sommes partis pour que des jardins d’enfants « préparent » à l’école. Je suppose qu’on ne va pas tarder à arriver à attaquer cette préparation dès la maternité ! Parents, savez-vous que cela fait déjà bien longtemps que vous ne procréez pas des enfants mais des élèves ? (qui c’est qui a dit « des chômeurs » ? !)
Heureusement que nous sommes dans une belle civilisation.
PS : Avez-vous remarqué que depuis quelques temps une préoccupation a complètement disparue : celle de « préparez votre retraite ». Vous trouvez cela bizarre ? Mais je reçois toujours des prospectus pour « préparer mon décès » ! non mais !
