C’est moi qui suis « l’homme » à la maison, c’est donc moi qui  doit surveiller l’horloge tous les soirs pour être à 16H20 pétantes à la sortie de l’école. Et je suis un privilégié. Si vous avez des enfants qui doivent aller à l’école, que les deux parents doivent travailler et qu'aucun des deux ne travaille à domicile, ou si vous n’êtes pas très riche, ne venez pas à la campagne !

D’abord, l’institution scolaire qui a créé aussi l’obligation scolaire (1), conçue il y a bientôt un siècle et demi, n’a pas prévu que la mère allait de plus en plus devoir être elle aussi salariée ou même conquérir le droit de travailler en dehors de la maison. Elle n’a donc pas prévu ce qu’allait pouvoir faire l’enfant, livré à lui-même après les heures scolaires. D’ailleurs, y compris aujourd’hui, elle s’en fout.

Il est quand même assez ahurissant de voir les portes des écoles ne s’ouvrir pour la plupart qu’à partir de 8H30 ou de 9 heures, ce qui supposerait que le parent qui amène l’enfant en classe ne devrait pointer à son boulot que vers 9 H 30 ! Il est tout aussi ahurissant de se retrouver à 16H35 devant des portes closes, les enseignants étant les seuls fonctionnaires qui ne sont pas astreint à rester sur leur lieu de travail un certain nombre d’heures. Mais si vous voulez obtenir un RDV, ce sera alors à 16H30, débrouillez-vous avec votre employeur pour quitter votre boulot… sans perte de salaire ou sans risque de mise à pied ! Et vous serez de toutes façons fustigé comme mauvais parent.

Bien sûr les municipalités urbaines ont pour la plupart mis en place des garderies, peu chères sinon gratuites. Cela n’empêche pas des journées de 10 heures sans moments de vrai repos ou détente, le temps de la cantine ne pouvant pas être considéré comme de la détente ! Et encore, s’il n’y a pas de devoirs à se farcir à peine réintégré le domicile !

Mais à la campagne, il n’y a pas toujours de garderies ! Chez nous les 3 mairies, puisqu’il s’agit d’un RPI, ne veulent pas dépenser un sou de plus pour l’école. « Les bonnes femmes n’ont qu’à rester à la maison. De notre temps c’étaient les grands-mères si les bonnes femmes ne le pouvaient pas. Et puis il y a les nounous ». La campagne, ce n’est plus ce qu’il y a encore dans les fantasmes citadins si tant est qu’elle l’a été un jour. Tout le monde doit bien bosser. Même quand il reste des fermes ce sont maintenant des entreprises. Les populations se sont renouvelées. Rares sont les familles où il y a encore une grand-mère à la maison ! Il va donc falloir se débrouiller… et payer pour que les mômes ne se retrouvent pas seuls à la maison après l’école.

Mais ce n’est pas tout. Depuis une trentaine d’années on supprime à tour de bras les petites écoles à une ou deux classes au nom du taylorisme pédagogique (l’Éducation Nationale est bien la dernière entreprise ou le fordisme est toujours à l’honneur). Au mieux ce sont des regroupements éclatés (le CP dans une commune, le CE dans une autre, le CM dans une troisième…), au pire les concentrations cantonales. Du coup vos enfants passeront l’essentiel de leur scolarité, de la maternelle à l’université, en dehors de la commune où vous habitez. Ce qui veut dire qu’ils prendront le car qui s’arrête … devant les écoles seulement (généralement gratuit celui-là) mais vous devrez l’y amener (les géographes vous diront les tendance de la dispersion de l’habitat rural depuis l’inversion des flux migratoires). Vous devrez donc avoir deux voitures si les deux parents ne travaillent pas au même endroit (exceptionnel à la campagne !) et au prix du pétrole, des assurances….

Ce qui veut dire aussi qu’il faudra bien qu’ils mangent à la cantine ! Ce qui coûtera quand même un peu plus cher que s’ils partagent le repas familial !

Alors si vous avez deux ou trois enfants, faites les compte ! La bagnole et l’essence pour les amener et les chercher à l’école ou aux cars(2), la garderie ou la nounou pour attendre l’ouverture de l’école et le retour des parents, la cantine… Et je ne compte pas le temps passé sur les routes ou à attendre la succession des cars de ramassage sur le trottoir de l’école (un maman qui avait 4 enfants a décompté 2 heures d’attente quotidienne, et sans la complaisance d’autres mères de familles, cette attente aurait aussi été celle de ses enfants les premiers « ramassés »).

Je ne parle pas ici des cahiers de telle dimension, ou de la calculette, ou des feutres… normalement, les fournitures scolaires figurent bien comme lignes budgétaires des communes, mais il semblerait que cette gratuité là, spécifiée dans les textes elle, ne figure pas dans les informations données dans les IUFM.

Vous avez dit service public ?

(1) Bien sûr ce n’est pas l’école qui est obligatoire mais l’instruction. Mais là aussi la déscolarisation sciemment voulue n’est à la portée que d’une poignée de privilégiés… et encore.

(2) Il y a seulement 15 ans les enfants faisaient facilement un kilomètre à pied, 2 ou 3 kilomètres en vélo pour aller à l’école. Il n’y en a plus, non pas par paresse mais par peur des parents. Peur qui n’est pas tout à fait injustifiée.