2014 : ce billet date de huit ans, il est toujours d'actualité !

Je viens de découvrir les propositions du PS en matière d’Éducation. S’agissant du « projet » d’un parti politique, il y a de quoi être effrayé : il n’y a pas de projet ! Pas plus d’ailleurs qu’il n’y a un « projet de société » dont ferait nécessairement partie un projet éducatif. Pas plus d’ailleurs que les autres partis politiques n’ont de véritables projets… en dehors soit du maintien du type de société dans lequel on est en le durcissant (la droite) ou en l’aménageant (la gauche). Même les extrêmes ne proposent pas une autre perspective que celle dans laquelle on s’enlise.

En matière d’Éducation, le seul projet que l’on ait jamais eu a été le plan Langevin Wallon (1945)… jamais mis en œuvre. Pire, les pays qui se sont pendant un temps doté d’un autre type de société et dont les populations y ont cru (communisme) ont conservé rigoureusement le même type de système éducatif que celui qui cimentait le régime honni en accentuant encore son caractère tayloriste ou fordiste ! Jusqu’aux alter-mondialistes incapables eux aussi d’autre chose que des grandes phrases incantatoires.

Les cybernéticiens ou les systémiciens savent que si un système ne « produit » pas ce que l’on voudrait, il faut changer le système et non pas seulement changer quelques-uns des ingrédients qu’on y introduit (programmes, méthodes…). Ils savent aussi que c’est sur quoi se fonde ce système qui est erroné et que, quoi qu’on fasse, il ne donnera jamais d’autres résultats.

Or sur quoi se fondent tous les systèmes éducatifs (1) actuels ? sur la « transmission des savoirs », ceux-ci étant de plus découpés en tranches pour être distribués uniformément suivant d’autres tranches d’âge. Ils datent tous de la fin du XIXème siècle, âge d’or du taylorisme qui débouchera sur le fordisme.

On sait aujourd’hui que les savoirs ne se transmettent pas d’un vase à l’autre mais que l’accès aux savoirs dépend de la construction cognitive des personnes qui va dépendre elle d’un grand nombre de paramètres liés à l’environnement physique et humain de chacun(2). Si ce n’était que de la théorie, on pourrait rester sceptique et ne pas bouger. Mais depuis plus d’un siècle maintenant une multitude d’expériences ont constamment démontré que d’autres approches étaient possibles (parce que réalisées) et efficientes (parce que constatées). Et cela continue… sans que cela ne trouble qui que ce soit et surtout pas les dirigeants politiques.

Depuis des décennies tous les rapports officiels, en général faits par des inspecteurs généraux que l’on ne peut taxer de gauchisme, vont dans le sens d’une transformation profonde de l’école (Rapport Legrand, rapport Ferrier, etc.). Sans que cela n’ait d’autre effet que de remplir les corbeilles à papier ministérielles.

Mais il est vrai qu’une remise en cause d’un système éducatif et de ses fondements remettra obligatoirement en question la position de tous ceux qui constituent ce système ne serait-ce que par exemple la hiérarchie des valeurs… donc aussi des salaires, les pouvoirs que chacun s’est octroyé, voire l’État dans l’État que constitue l’Éducation Nationale.

Il est vrai aussi que le système éducatif a lui-même forgé les représentations sur lesquelles il se maintient. D’une part les générations de parents actuelles se sont en grande partie construites et structurées dans le système éducatif (de 2 à au moins 16 ans !) et le remettre en question c’est aussi se remettre en question soi-même. D’autre part c’est bien le système éducatif qui a produit les croyances en sa propre valeur (importance des diplômes, hors de l’école point de salut, hors de l’école point d’apprentissages etc.)

Il n’empêche qu’à force d’évidences il faudra bien un jour remettre en cause l’ensemble d’une véritable machinerie, aussi bien dans la redéfinition de finalités claires et sans ambiguïtés (alimenter une économie qui elle n’alimente que les riches ou permettre à chacun un épanouissement qui comprend le développement maximum de ses capacités pour accéder aux connaissances) que dans les principes sur lesquels on peut appuyer techniquement la construction des apprentissages.

Ce serait bien sûr une véritable révolution. Mais si un système éducatif étatique est bien ce qui cimente un type de société et de fonctionnement social, a contrario, c’est bien par lui qu’une véritable révolution peut s’amorcer et surtout est la plus facile à amorcer. En tirant sur la ficelle « éducation », tout le peloton ne se dévide pas… immédiatement ! C’est le seul pan sur lequel on peut ainsi agir sans créer instantanément les bouleversements maximums que toute action sur un autre pan de la société entraînerait immédiatement.

Le rôle des partis politiques n’est pas de gouverner mais d’offrir au moins des perspectives de sociétés que l’on puisse penser meilleures pour l’ensemble de la population (pourquoi pas de l’humanité) et que l’on ait envie de défendre, vers lesquelles on ait envie d’aller. Il y a belle lurette que leur seule préoccupation est d’aller occuper les chaises du pouvoir. A propos de l’Éducation, qu’aucun n’ait la moindre idée, pire, ne recherche la moindre idée, cela en dit long sur le vide qu’ils peuvent offrir.

(1) Il y a des exceptions comme par exemple « scola nuova » en Colombie qui a été mis au point seulement pour les régions reculées et analphabètes du pays… et qui donne de meilleurs résultats que le système classique des régions plus riches !

(2) J’ai pour ma part, à partir de près de 40 ans d’expérience comme enseignant en classe unique, développé une théorie sur la construction des langages ;voir :http://perso.wanadoo.fr/b.collot/b.collot/langage.htm