Avec un ami, aussi « parent d’enfant allant à l’école » et artiste peintre, nous sommes allés hier à un forum organisé par les diverses institutions habituelles (académie, CRDP, DRAC, FOL…) sur le thème suivant : « L’éducation artistique et la culture à l’école dans le Cher, quel partage ? Comment construire un projet territorial d’éducation artistique et culturel » Rien que ça !

Qu’est-ce que nous sommes allés faire dans un truc pareil, nous qui en plus n’avions aucune casquette estampillée ? Mon copain va simplement installer, chaque mois, dans les 35 m2 du lieu d’accueil périscolaire qu’on a créé en tant que parents, un ou deux tableaux de peintres contemporains renommés… et on a juste besoin de sous pour l’assurance ! Je lui ai dit que ce pourrait être intéressant pour lui de découvrir  un peu l’ambiance de la « machine culturelle » qui peut délivrer quelques pesetas. Vaut toujours mieux connaître ses ennemis, adversaires… ou partenaires possibles.

Il y avait une conférence de Jean-Gabriel CARASSO, auteur de « Nos enfants ont-ils droit à l’art et à la culture ? Manifeste pour une politique de l’éducation culturelle et artistique » éd. De l’Attribut.

Un homme passionné, sincère, homme de théâtre devenu militant pour un véritable accès à la culture, puis ayant mis un pied dans quelques institutions périphériques du Ministère de la Culture. Conférence très intéressante.  La culture : l’école ne devrait pas y échapper ! Encore qu’il faudrait s’entendre sur le mot culture. personne n’ayant jamais réussi à trouver une définition consensuelle, on reste donc prudemment à ce que l’on ferait peut-être mieux d’appeler « le patrimoine » ou le « musée » de ce qui est officiellement déclaré « œuvre », « culturel »… mais bon ! pour l’aréopage de l’estrade ou de la salle, il s’agissait essentiellement de cela.

Dans ce que défendait passionnément Jean-Gabriel Carasso, ce n’était pas évidemment cette simple consommation. Mais, il s’agissait, comme l’objet du forum, de la culture à l’école. Il a tourné autour du pot sans jamais se décider à y tomber pendant toute sa conférence : la culture, ne doit pas être « rajoutée » comme on a rajouté de l’informatique, de l’éducation civique, du sport… donc, faire partie de l’acte éducatif ! et ça dépend bien sûr de la "manière d’enseigner" ("d'enseigner" et pas "d'enseigner l'art ou la culture"). Le problème n’est donc pas comment faire rentrer la culture et l’art à l’école mais comment changer l’école et la manière d’enseigner pour que le problème de l’introduction de la culture n’existe plus ! Le seul problème est donc bien de changer l’école, le reste n’étant que du vent ! Jean-Gabriel Carasso a d’ailleurs bien répondu « oui, sans aucun doute » à cette question que je lui posais… mais juste avant la clôture de la séance, quand on n’a plus à revenir sur le fond qui n’a pas été abordé.

Je comprends bien Jean-Gabriel Carasso qui ne pouvait pas démolir la raison d’être de toutes ces personnes très titrées qui l’avaient invité !

Parce que, ce qui nous a frappé comme une évidence aveuglante, c’est que c’était justement parce que l’école, sa conception, le système éducatif lui même, les dernières orientations simplistes et rétrogrades, n’étaient absolument pas faits pour que tout ce qui relève de la culture (qu’est-ce qui n’en relève pas ?) soit central, qu’existaient ces diverses institutions et leurs acteurs justifiant en quelque sorte… l’éviction de la culture de l’école ! Elles sont faites pour que justement l’école ne change pas ! Il s’agit de faire semblant.

Et, en dehors de la conférence, le spectacle de ces rencontres est bien réglé et est le même, chaque fois, immuable : deux sortes d’acteurs très imbus de leur rôle : d’un côté ceux qui détiennent le pouvoir de décréter ce qui est culturel ou non, artistique ou non, conforme ou non, bien ou mal (représentants(tes) de l’académie, DRAC, FOL, IUFM…) et d'ouvrir ou nobn la bourse dont ils disposent. De l’autre ceux qui vivent d’actions culturelles (techniciens (ciennes) d’assoc, d’organismes, etc.) et qui viennent voir les créneaux dans lesquels il faudrait s’engouffrer, comment opérer pour récupérer sa part de gâteau et justifier ainsi sa place dans l’organisme qui vous fait vivre. Tout le monde d’ailleurs se connaît, on se demande même pourquoi ils ont besoin de ces grands messes.  On voit d’ailleurs des choses ahurissantes comme cette « gamine » de moins de 30 ans, prrrrofesssssseur fooooormatrice en « art plastique » qui décrète doctement ce qui est vrai, ce qu’est l’Art, et bien sûr ce qu’il est indispensable de faire (pardon, que les autres fassent)… mon copain le peintre s’en est étranglé !

Bref tout ce monde parle, non seulement du haut de ses certitudes mais surtout du haut de ses fonctions (d’ailleurs lorsque j’ai posé ma question innocente et qu’à la demande impérative de me présenter j’ai simplement répondu « parent », ça a jeté un froid !). Dans la salle il y avait un seul parent, un seul artiste, et bien sûr pas d'enfant ou au moins d'ados, les simples cibles de toute cette attention.

Tout ce beau monde parle… de nos enfants et de nous. Nous sommes le troupeau de mouton dont les maquignons jaugeraient l’épaisseur de la toison ou la qualité du gigot. « Ils » ne vont jamais au théâtre Il faudrait « les »… on n'arrive pas à « les »...

C’est d’ailleurs la caractéristique effrayante de toutes les institutions soit disant créées pour « nous » aider à être meilleur « élève », meilleur « parent ». Nous avons cessé d’être des sujets pour n’être que des objets. Le plus stupéfiant, c’est que ces personnages, transformés en robots de leur fonction, à aucun moment ne pensent qu’eux aussi ont des enfants, qu’eux aussi sont des parents. Ils se mettent au-dessus de ce qui n’est plus alors qu’une « populace ».

J’ai été une fois amené par hasard à participer à une commission sur l’aide à la parentalité (REAP). C’est très à la mode en ce moment et je remplaçais la technicienne de l’association des crèches parentales du Cher à laquelle j’appartiens. J’étais donc, dans cette noble assemblée, le seul présent en tant que… parent. Passablement énervé par la représentante de l’académie du Cher (les plus exécrables des fonctionnaires), je lui faisais d’abord remarquer que ses propos plutôt méprisants s’adressaient… à moi. Puis devant sa mine interloquée, je lui demandais si par hasard elle avait des enfants… et avant qu’elle puisse se reprendre je lui faisais remarquer qu’elle était bien dans « les parents » dont elle ne cessait de parler. Puis je faisais remarquer à toute l’assistance que peut-être chacun faisait partie de ceux dont on parlait… Cela a jeté un froid certain… et je n’ai plus été convoqué aux séances suivantes alors que c’était, paraît-il, la règle pour une bonne continuité des travaux !

Voilà ! j’arrête. Finalement il y a tellement de monde qui s’occupe de moi, de mes enfants, depuis les politiques jusqu’aux fonctionnaires, que je n’ai plus qu’à aller regarder la star-ac et boire mon ricard tranquille.

PS : j’oubliais, avec mon copain peintre on n’est pas resté jusqu’au bout, on est allé bouffer une omelette en ville et on va se débrouiller sans eux.

Voir la réaction de Jean-Gabriel CARASSO et/ou son blog