Après les envolées chez Descartes (billet précédent), revenons au terre à terre.

Hier soir, réunion de mon CA de l’association des parents d’élèves du RPI de mon fils. Au passage, des inspecteurs généraux ont publié leur dernier rapport  « Pour une école plus juste et plus équitable ». Ils s’intéressent beaucoup aux parents d’élèves et regrettent la faiblesse de leurs associations (leur constat est intéressant) ; j’en reparlerai dans un prochain billet lorsque j’aurai terminé de le décortiquer.

Nous ne sommes pas dans la catégorie décrite dans ce rapport puisque 96% des familles sont adhérentes, environ la moitié sont présentes à l’AG, le CA composé de 15 personnes est complet à chaque réunion.

Il y a un truc ?

Oui, il y a un truc et même plusieurs trucs !

- D’abord, il faut qu’à la création ou à un moment de la vie de l’assoc, il y ait un ou deux parents qui aient conscience que, pour leur enfant , ils ne réussiront pas par une action personnelle, soit à améliorer, faire évoluer l’école, soit à la défendre. La seule façon d’avoir une chance de réussir, c’est l’action collective. Nous avions les 2 parents dans cette situation ! il en est même venu d’autres… qui ont repéré les premiers, ça débloque ! il est vrai que nous avons une sorte de pépinière de parents conscients : la crèche parentale voisine !

- Le deuxième truc, c’est qu’il y ait un enjeu immédiat, concret, urgent. Souvent c’est la menace d’une suppression qui déclenche des dynamiques qui parfois se révèlent étonnantes (les petits villages, mobilisés pour défendre leur classe unique, ont été ensuite le théâtre d’une étonnante démocratie participative et éducative !). Dans notre cas, cela a été la prise en charge des cantines du RPI, puis la création d’un lieu d’accueil périscolaire. Avec de très gros problèmes à résoudre et des risques citoyens à prendre face à des maires complètement réfractaires à l’idée de débourser un liard et qu’il faut oser affronter… donc se mouiller. Normalement cela devrait faire fuir. Et bien non, c’est le contraire ! Mais on oublie dans les raisonnements habituels le principal paramètre : il n’est pas un parent qui ne soit prêt à défendre… son enfant. Il ne le fait pas toujours forcément de façon efficace, il peut même se tromper sur "où est l’intérêt" de son enfant, ou la forme de cet intérêt peut être différente suivant les parents. Mais c’est le point commun qui cimente tous les parents lorsqu’il y a un cadre nettement perçu comme espace où on peut défendre ces intérêts. C’est le cas quand il s’agit d’intérêts très matériels (manger, mode de gardes…).

- Le troisième truc, c’est que de demander à des adultes qui, sans l’ombre d’un doute ont été formés par l’école, (certains disent « formatés », d’autres disent « déformés ») de venir dans un espace où ils vont peut-être avoir à affronter cette même école, peut-être à la contester, peut-être à la supporter ou la subir à nouveau par enfant interposé, ce n’est pas évident. Il faut alors rendre cela possible, rendre le collectif auto-rassurant, voire protecteur. En faire un espace de parole. Bien sûr cela dépend souvent de la poignée de parents instigateurs. Mais il y a des trucs : pas de réunion sans la cafetière, les tisanes, chez nous, de temps en temps, on n’hésite même pas avec la bouteille de Sancerre (je sais, c’est pas beau pour des parents rrrresponsables, mais c’est pour la bonne cause !), une solution pour amener les mômes…. Une réunion de parents sera d’autant plus fréquentée qu’on y sera bien.

- Le quatrième truc, c’est que le maximum de parents ait quelque chose… à faire ! Cela peut paraître curieux : la chanson sans arrêt entendue est « Je voudrais bien, mais je n’ai vraiment pas le temps » suivie de près par celle-ci « Je voudrais bien, mais vraiment je ne suis pas capable ». Pour la première, c’est vrai, mais le temps dépend toujours de l’ordre d’importance de ce que l’on y met, dans le temps.  Et on a pu voir, dans les crèches parentales par exemple, des mamans seules avec 1 ou deux mômes, travaillant à 40 km du domicile et de la crèche, n’ayant manifestement pas une minute de répit, s’investir de façon incroyable et assumer des fonctions aussi importantes que la comptabilité (dans une crèche, c’est aussi lourd que la compta d’une petite PME !). Pour la seconde, cela n'est jamais vrai ! mais cela relève des vieilles réactions de méfiance par rapport à soi-même et au regard des autres… dont l’école est probablement pour quelque chose. Pour vaincre ce phénomène, il suffit d’enclencher une dynamique, en particulier celle de l’entraide et de la coopération. J’ai toujours été étonné de constater que, comme la démocratie, la coopération est quelque chose de beaucoup plus naturel que ce qu’on croit ou ce qu’on nous fait croire ! Et la coopération c’est aussi l’occasion de créer des relations. C’est probablement une des raisons qui expliquent certains succès d’associations de parents ou des crèches parentales.

Il faut aussi libérer l'initiative. Et cela marche. Ce n'est pas si étonnant : c'est comme une sorte de revanche en ce qui concerne justement le lieu où, enfant, l'initiative était plutôt considérée comme subversive. Les miens de parents sont en train de suivre un des leurs, artiste peintre, qui va faire venir, tous les mois dans l'accueil périscolaire, une toile d'un peintre contemporain célèbre et voir ce que cela va enclencher auprès des enfants, des enseignants, des parents, du village. Quand j'ai signalé au CA qu'il y allait avoir entre 10000 et 50 000 € accrochés à un mur, à portée des pinceaux ou ciseaux des mômes, cela ne faisait plus peur... qu'à moi !

- Le cinquième truc : faire circuler l’information. L’information sur ce qui se passe dans l’association, mais aussi l’information qui concerne l’école : à force qu’on nous dise : « vous n’avez pas à vous mêler de pédagogie » on n’ose même plus parler d’école ! Ce qui est un comble pour une association de parents… d’élèves ! Plus l’ensemble des parents pourra savoir ce qui se fait, se passe, dans l’association et autour des enfants dans l’école, plus ils sauront ce qui s’est dit ou pas dit dans les instances officielles, plus ils seront au courant des textes qui régissent la vie de leurs enfants quand ils sont sous l’autorité de l’État, et bien plus ils seront concernés, plus ils pourront s’affirmer comme parents. Parce que c’est peut-être cela le véritable enjeu des associations de parents d’élèves. Constituer une entité composée de parents redevenus citoyen dans leur fonction parentale.

Chez nous, nous avons deux trucs : une gazette qui paraît environ tous les mois où non seulement nous rendons compte de tout ce qui se passe dans l’association (y compris les difficultés rencontrées), mais aussi des échos sur les événements intéressants dans les classes (l’organisation d’une coopérative, l’intervention des mamy et papy dans la maternelle, l’expérience de science avec les vers de terre réclamés aux papas, etc.), l’actualité des textes officiels (on a été très prudents en ce qui concerne les textes de De Robien sur la lecture !), l’actualité de la recherche quand elle peut provoquer des interrogations, etc. Nous ne désespérons pas de provoquer des « textes libres » de parents !

L’autre truc c’est de mettre à disposition de tous les textes, décrets, circulaires que l’on devrait connaître. Même s’ils sont peu lus (même les enseignants ne les lisent pas tous !), ils sont aussi des garde-fous : par exemple, j’avais signalé que les devoirs écrits à la maison étaient interdits. Comme les textes étaient bel et bien à la disposition de tous, cela n’a plus été mis en doute et, d’une part les « réclameurs » habituels de devoirs se sont moins faits entendre, d’autre part les « donneurs » habituels de devoirs se sont très nettement modérés.

La sous-information des parents d’élève est incroyable (quand ce n’est pas de la désinformation). Nous ne sommes pas particulièrement aidés par les médias, ni par les enseignants dans ce sens.  Il n’empêche qu’un parent d’élève informé en vaut deux… et cela change la donne dans les rapports avec l’école !

 

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