Elèves en difficulté. Parents en difficulté. Familles en difficulté.  La "difficulté" devient même une marchandise électorale, si ce n'est déjà une marchandise tout court. Et qui de proposer tous les dispositifs "d’accompagnement" les plus sophistiqués possibles. Accompagner ! la scolarité, la parentalité, la logeabilité… Drôle de compagnonnage. Les dames de la charité étatique ou professionnelle s’en donnent à cœur joie. Le propre de la charité étant de conserver soigneusement l’objet à chariter, la "difficulté" a de beaux jours devant elle et le bassin d’emploi de l’accompagnement aussi. Cela commence juste à devenir embarrassant quand il y en a trop ou qu’ils deviennent trop visibles, tous ces humais en difficulté. Chacun a d’ailleurs pu remarquer que, dès que la neige a disparu, le problème des fameux logements à trouver de toute urgence a aussi disparu.

Si l’on modifiait légèrement l’expression et que l’on parle des élèves, des familles, des parents… que l’on a mis en difficulté, cela modifierait quelque peu la problématique. Il faudrait se demander quoi ou qui les a mis en difficulté. Cela n’est plus alors intrinsèque à eux-mêmes. Mais cela devient gênant si l’on devait admettre que c’est l’école qui produit elle-même ces difficultés scolaires, comme c’est  le marché immobilier qui fabrique la masse des chercheurs de toits en difficulté, l’économie au service des financiers qui fabrique les travailleurs en difficulté etc.

Cela devient du plus haut comique quand les fonctionnaires de l’État, après avoir contribué à fabriquer quelques échecs pendant leur fonction, s’empressent de vouloir les accompagner hors de leur service contre espèce trébuchante. L’accompagnement n’étant d’ailleurs le plus souvent que la reconduction à plus hautes doses de ce qui était dispensé à l’école. J’exagère sans aucun doute en ce qui concerne la responsabilité des personnes (enseignants) pour la production d’échecs qui finissent par devenir lucratifs. Ce sont bien les appareils, dans lesquels les enfants comme nous-mêmes sommes obligés de vivre, qui sont les fabricants de ces difficultés dont ils finissent par se conforter encore plus.

Au fait, si à l’école on parlait beur, si les « œuvres » de notre patrimoine à absolument étudier étaient celles de quelques rappeurs ou rockers célèbres, quels élèves seraient en difficulté ? Si la musique classique était  le langage qu’il fallait absolument posséder pour réussir dans notre économie, qui seraient les élèves favorisés ? On sait parfaitement qu’une partie des difficultés proviennent de ce qu’une partie des enfants n’ont pas chez eux et dans leur habitat un environnement propice à l’élaboration d’une culture proche de la culture scolaire. Le fameux bon sens voudrait que, justement, l’école apporte cet environnement manquant et que son mode de vie permette d’en profiter. Mais je profère une ânerie : penser que l’école puisse se préoccuper de « vie » qui empièterait sur les règles de grammaire est très certainement antirépublicain !

Pourtant, j’ai entendu ce matin Monique Vuaillat, ex secrétaire générale du SNES, souligner que pour lutter contre les inégalités scolaires, il faudrait justement que les enfants puissent trouver dans le quartier, le village ce que d’autres ont à la maison. Elle semble avoir compris en admettant ce n’est pas de l’accompagnement, supplément à la bouillie scolaire, dont les enfants ont besoin.. Sauf que c’est en dehors de l’école que ces enfants devraient trouver ce qui leur manque cruellement. Comme les Inspecteurs généraux de l’Education Nationale dans leur rapport, elle demande au monde associatif de compenser son propre vide absolu…

Si faire de l’environnement proche de chaque enfant, chaque adulte, un vrai lieu d’échanges, d’activités créatrices, culturelles, corporelles, de mise à disposition des savoirs, est bien donner à tous « une richesse » inestimable (égalité dans la richesse !), y laisser l’école comme une verrue sur un visage sans tenter d’en faire aussi un lieu de vie et non une usine polluante est toujours un non sens. Ce d'autant, qu'en terme de temps, la verrue scolaire occupe quasi tout le visage.

Ce qui est remarquable en cette période électorale, c’est qu’il ne faut surtout pas toucher aux systèmes… et que tous n’arrêtent pas de parler de changements ! S’ils font ce qu’ils disent, on aura tous un accompagnateur !… pour rester dans le droit chemin, y compris celui du chômage ou des nuits à la belle étoile.