Rupture d’avec la rupture ! Et dans tous les domaines retour au XIXème siècle clairement annoncé et déjà largement amorcé comme dans le domaine de l’éducation et l’école. Bien sûr on conservera l’électricité, les bagnoles… ce qui doit suffire à rassurer tous ceux qui dimanche vont nous embarquer dans un trou de l’histoire.

Et tous les arguments marchent quelles que soient leur irrationalité ou leurs contradictions : aucun pays n’a réduit le temps de travail, donc nous avons tort : en 1789 aucun pays n’avait osé remettre  en cause son régime monarchique, donc nous avions tort ! Faisons ce qui marche ailleurs mais ne regardons surtout pas les conséquences de ce qui soi-disant marche (le degré de pauvreté anglais par exemple). Faisons ce qui marche ailleurs… sauf si cela nous ferai vraiment faire une rupture, comme par exemple le système éducatif finlandais ! Et gaussons-nous des ruptures des autres quand elles pourraient nous faire penser que c’est nous qui nous trompons, comme par exemple le développement des énergies alternatives ailleurs.

Et il suffit que soient dits avec l’intonation d’un prédicateur « je tiendrais mes promesses » pour qu’on y croit comme on y a cru pendant toutes les élections précédentes qui n’ont fait que permettre chaque fois au  meilleur prédicateur de l’emporter.

Ce qui est peut-être plus effrayant que ce qui nous attend, c’est l’incapacité absolue de chercher ce que veulent dire les mots et les phrases prononcées, ce que cela représente, comment cela se traduira dans l'organisation de notre vie, de la société. L’incapacité de rationaliser. Les débats, qu’ils soient des prétendants ou des citoyens, qui ont quand même fait un immense effort pour user d’un minuscule pouvoir qui leur reste, se sont résumés en un certain nombre d’incantations, de psalmodies, dont la musique était écrite par avance et par d’autres. Cela m’a beaucoup rappelé les premiers débats que l’on fait avec des enfants dans une classe où chacun décline d’abord avec force et conviction ce que disent ses parents. Tout le travail du pédagogue consistant alors non pas à donner raison aux uns ou aux autres mais à aider les uns et les autres à se construire une vraie pensée, sa propre pensée à la rattacher à des faits, à la faire émerger des faits.

On s’est beaucoup inquiété de l’illettrisme en ce qui concerne le langage écrit (on peut lire, mais sans comprendre vraiment ce qu’on lit et on n’écrit que ce que l’on peut recopier). Ce que ces semaines ont fait découvrir, c’est l’incroyable illettrisme du langage oral, très certainement plus immense qu’il ne l’a jamais été sinon nous aurions été incapables de faire des révolutions, de sortir de l’esclavage dans lequel nous allons retourner pour une bonne partie de la population (« vous qui ne gagnez pas assez pour vivre, travaillez plus… pour l’augmentation des bénéfices de quelques-uns ».

Tout revient à l’école. Malgré « mai 68 », elle est restée la fabrique de moutons dociles dont on demandait essentiellement qu’ils apprennent à lire des notices. Pas étonnant que ce mai 68, qui a pourtant été détourné, rogné, étouffé dès son lendemain puis sans cesse caricaturé et dénaturé jusqu’à ces derniers discours qui resteront dans l’histoire comme ceux d’un certain chancelier, fasse encore une telle peur. Freud et bien d‘autres nous ont appris que ce n’était pas la mort qui faisait peur mais la vie.

Fasse que la résistance s'organise avant le renouvellement des suicides collectifs déjà vécus.