J'ai bien sûr vécu intensément 68, non pas comme un môme de 16 ou de 18 ans mais comme un adulte de près de trente ans, en charge d'enfants, en charge d'école, à la campagne et non pas dans l'euphorie de la Sorbonne ou dans l'héroïsme romantique de barricades.

La caricature qui en est faite actuellement pour des besoins électoraux certes,  mais très certainement aussi pour des raisons plus profondes qui relèvent de la psychanalyse au mieux, de la psychiatrie au pire, n'a rien à vcoir avec la formidable révolution pacifique qui était en cours. Quand j'entends les discours d'un Sarkozy qui parle de "rupture" alors qu'en fait il s'agit surtout de "conserver", de "revenir à" un fonctionnement sociétal qui permet à une poignée de plus forts d'asservir ce qui n'est plus qu'alors "une masse populaire", je frémis à l'incommensurable naïveté de ceux qui le croient, comme on peut frémir lorsque l'on constate que les premiers esclaves qui ont osé s'affirmer simplement comme des hommes ont été conspués, dénoncés, cloués au pilori... par les autres esclaves (voir l'histoire de l'esclavage).

Oui je suis variment effrayé par l'humanité constamment consternante, naïve, docile, masochiste, et, il faut quand même oser le dire, stupide,  que l'on découvre une fois de plus dans ces élections.

J'avais fait un dossier, pour la revue que je dirigeais et animais il y a une dizaine d'années, un dossier sur mai 68 à l'occasion de son quarantième anniversaire. Je l'ai mis en ligne il y a déjà quelques temps. Un autre regard que celui de Sarkozy ! : http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/68.htm . Mais ni Sarkozy, ni Royal, ni tous ceux qui se gaussent aujourd'hui de cette époque, qui en oublient même la grève générale des ouvriers, n'ont été les acteurs de ce qui était autre chose que ce qu'en racontent aujourd'hui les chantres mêmes de l'époque comme Cohn Bendit. Les Cohn Bendit, Geismar et autres Sauvageot n'ont rien compris à ce qui n'était pour eux qu'une scène de théâtre. Le détournement de l'histoire, sa dénaturation, sa falsification on n'arrête pas de la subir des uns comme des autres. Le vieux, rêve plus que millénaire, où l'on verrait enfin l'humanité se lever pour se libérer du joug d'une infime partie d'elle-même reste toujours un rêve.

Un vieux pédagogue bien triste.