En réponse au commentaire de Claire (billet précédent)

Bien que cela ne puisse te consoler en rien, de tous temps les enseignants qui tentent de considérer leur métier et l'enfant autrement se sont fait démolir par l'institution et la majorité de leurs collègues comme soupçonner par l'opinion. Si bien qu'en plus de l'investissement passionné pour un métier, il leur a fallu aussi apprendre à résister, à lutter. Dans les interventions que je fais encore, soit dans des stages, des confs ou dans le groupe de recherche auquel je participe, j'insiste toujours sur ce côté pragmatique : comment ne pas se faire démolir tout en faisant son métier pour l'enfant.
Tout ce que l'on peut appeler d'alternatif a deux gros défauts :
- On ne sait pas ou on ne consacre pas suffisamment d'énergie et d'habilité à informer d'abord sur les raisons de l'alternativité, ensuite sur quoi se fonde cette alternativité, enfin sur les réalisations qui corroborent les pistes qu'on explore. C'est ce que j'essaie de faire modestement dans ce blog. Mais il est vrai que la difficulté c'est qu'il faudrait le faire dans les logiques du système où l'on est... qui n'a aucune envie de laisser passer ce qui le met en cause ! Un Brghelli trouve facilement toutes les portes ouvertes. Pas les autres !
- Tout ce qui est alternatif a beaucoup de mal à former une entité qui puisse alors peser. J'ai été par exemple à plusieurs reprises invité par la Confédération Paysanne avec qui j'avais le point commun de défendre les petites structures, l'hétérogénéité et une éducation à qui on pourrait appliquer l'adjectif de "biologique". S'ils ont été intéressés par ce que je faisais comme moi j'étais intéressé par l'agriculture biologique et leur façon d'envisager l'agriculture, à aucun moment mouvements pédgogiques ou mouvements pour une agriculture alternative n'ont reliés leurs luttes dans une lutte commune. Les "filles" de votre forum, les enseignants comme ton mari, le petit agriculteur biologique, les petits artisans, les gèvistes d'aujourd'hui, les RMISTES, les chômeurs, les "bobos" éclairés... tous, ont les mêmes aspirations. Mais il ne les mettent jamais ensemble, ils ne se rendent pas compte qu'elles forment un tout terriblement cohérent et qui aurait alors une sacrée force.

- A notre décharge, nous avons toutes et tous le nez sur le guidon et avons à parer au plus pressé dans des conditions justement difficiles puisque ce que nous essayons de faire de vivre et de faire vivre va à l'encontre d'un cadre mortifère établi et que l'ensemble d'une société ne voit plus mais conforte.

- Comme je suis résolument optimiste, je crois que l'on est quand même en train de tisser une toile comme ces relations le montrent et que celle-ci sera, le plus rapidement possible je l'espère, suffisamment vaste et solide pour enfin provoquer des transformations qu'on est bien obligé d'appeler "révolution" même si elle n'est pas sanglante.