Suite à un article du monde sur les projets du ministre de l'Éducation Nationale et de l'émission "duel" du dimanche 11 novembre, mettant face à face Finkielkraut et Meirieu : désespérant !

Désespérant de personnages qui n'ont que le mot "réforme"(1) à la bouche et dont tous les propos s'évertuent à surtout ne rien toucher aux fondements éducatifs et sociétaux figés dans des systèmes qui perdurent immuablement depuis plus d'un siècle, malgré (et même contre) les "réformes" dont se complait à souligner l'inefficience. Ceci est même quasiment surréaliste quand ils sont tenus par des personnages qui se drapent dans leur notoriété d'intellectuels, d'écrivains et qui alignent sans sourcilier contradictions sur contradictions d'un niveau de comptoir de bistrot. Pauvre philosophie et pauvres philosophes : vous avez au moins raison sur un point : le niveau culturel et intellectuel de notre beau pays est tombé bien bas, vous en êtes la démonstration éclatante, vous qui vous prévalez d'avoir été "élevés" dans l'école à laquelle vous voulez que l'on retourne bien qu'on ne l'ait jamais quittée. Socrate, reviens vite parce que ceux-là ne boiront malheureusement pas la cigüe !

Désespérant les appels réitérés dans tous les domaines :"regardez ce qui se passe ailleurs" mais lorsque ce qui se passe ailleurs défrise vraiment (Finlande), alors il faut passer très vite, parce que bien sûr ça devient contestable ("oui mais, la culture…", cette fameuse culture figée dans la poussière derrière laquelle on se dissimule) et surtout "ce n'est pas transposable" ! Pardi ! il faudrait bien trop changer institutions et comportements et nos chantres patentés ne pourraient plus rien dire dans un domaine où ils sont manifestement ignorants et incompétents.

Désespérant les projets d'un ministre qui n'a strictement rien compris ni chercher à comprendre comment se construisent les langages (normal, il a été prof !) et l'inutilité avérée depuis des décennies des potions (ou saignées) qu'il prescrit, inutilité qui a justement conduit un petit nombre d'enseignants à avoir une autre approche… qui a fait ses preuves, mais, comme pour la Finlande,    cachons ce qui risque d'être déstabilisant.

Désespérant et révélateurs des propos comme "Monsieur Darcos admet qu'il rêve d'instaurer 8 heures hebdomadaires de français" ce qui laisse à supposer, qu'en dehors de ces 8 heures d'exercices et de leçons, plus rien ne se passe, ne se fait en utilisant la langue française, écrite ou orale ! Ce qui est par ailleurs la stricte et triste réalité !

Il faut d'abord écoute avant de s'essayer ou de faire a répété notre Ministre. Ecouter quoi ? le catéchisme littéraire. Ah ! ces belles lettres ! L'école coranique se généralise. On se plaît à constater le matraquage télévisuel (sans trop le dénoncer cependant), mais on ne peut que lui opposer un matraquage scolaire encore plus intense.

Lorsqu'il concède qu'il ne faut pas tout à fait proscrire les sorties scolaires ou les classes vertes parce qu'il faut laisser l'école respirer, étonnant aveu que l'on ne "respire" pas à l'école en temps normal, étonnante méconnaissance de la fonction directe dans les apprentissages de l'activité des enfants dans ces situations. Les réduire à de simples récréations, c'est tout ce que lui et bien d'autres sont capables d'en comprendre.

Renforcement de l'évaluation qui sera communiquée systématiquement aux familles, contre partie d'une "liberté pédagogique" réaffirmée. On ne change rien et on n'arrête plus d'évaluer ce qui n'a pas changé comme si par miracle c'est cela qui allait changer quelque chose ! L'évaluation, c'est l'essentiel de la pédagogie en France. On va même jusqu'à prévoir le contenu de ce qu'il y a à évaluer chaque année pour passer à l'échelon supérieur tout en disant en même temps que les cycles sont maintenus, ceux-ci ayant été précisément créés pour étaler sur 3 ans et de façon différenciée ledit contenu. On n'est pas à une contradiction près.

Déjà obnubilés par la psychose des évaluations, je ne vois pas comment les enseignants vont pouvoir encore renforcer cela, à moins de ne même plus faire leur quota d'heures normalement consacrées aux fameux apprentissages fondamentaux : l'école évalue déjà ce qu'elle ne fait pas ou rend même impossible. Alors ? vous en faites quoi Monsieur le ministre ?

Quant à la communication systématique aux familles, ce qui est déjà le cas depuis longtemps, je ne vois pas quelle contrepartie cela peut être à la "liberté pédagogique" : est-ce qu'en cas de mauvais résultats les méthodes devront être remise en question ? est-ce que les méthodes ou les évaluations pourraient être contestées voire simplement discutées ? On sait bien que cette communication n'a d'autre objet que de faire contribuer les familles à la pression sur les enfants qui ne rentrent pas dans les cadres évaluateurs. Parents voyez l'évaluation de votre progéniture, la balle est dans votre camp, à vous de jouer. Peu importe le fait que la France soit à la fois dans les plus piètres résultats scolaires et championne du monde du stress des écoliers, collégiens et lycéens. Circulez, il n'y a pas de rapport.

Quant à la liberté pédagogique, elle est devenue limitée à la façon dont on apprendra "be a ba" Comme champ libre, c'est plutôt réduit. Et évaluer la progression normalisée du "be a ba" ne revient qu'à évaluer la quantité de futurs illettrés programmée et même pas celle des lettrés possibles qui n'a strictement rien à voir avec cela.

Quant au renforcement des liaisons école et familles, ce n'est pas le premier ministère à le prôner. Mais il ne s'agit rien de plus que de renforcer l'allégeance des familles à l'école. On n'a d'ailleurs pas grand mal grâce au relai médiatique. Si l'école marche mal, si les enfants apprennent mal, c'est que les familles ne soutiennent pas suffisamment l'école. Que l'on soit sous régime ultralibéral ou sous régime socialiste, l'Ecole de l'État reste un État dans l'État : le parent citoyen doit contribuer ou subir sans mot dire. Le plus fort, c'est que ça marche déjà… mais que ça ne sert à rien ! Finalement l'État n'a pas trop de soucis à se faire : ses citoyens actuels, se sont ses anciens élèves. Il n'y a que les anciens cancres ou allergiques scolaires qui peuvent lui poser quelques problèmes avec une pensée moins formatée et malencontreusement plus critique.

Priorité absolue à l'apprentissage de la langue française. Heureusement qu'on est en France ! Un certain Louis LEGRAND avait conclut un rapport, il y a une trentaine d'années, en écrivant que "le seul critère d'entrée en 6ème devrait être la possession de la lecture". Il avait été gaillardement descendu en flammes par les mêmes qui soutiennent la politique scolaire actuelle ! il est vrai qu'il entendait sous cette expression la capacité de s'approprier le sens de la plupart des écrits auxquels les enfants pouvaient ou allaient être confrontés durant leurs parcours scolaires ou extrascolaires. Ce qui était autre chose et d'un autre niveau que de pouvoir conjuguer en long en large et en travers une liste de verbe réguliers ou irréguliers ! Les éminences telles Finkielkraut, chantres de ladite langue française, en sont les plus ardents et aveugles fossoyeurs.

Mais, assure le ministre, avant finalisation des mesures, cela sera peaufiné avec les syndicats. J'ai beaucoup de respect pour les syndicats et les syndicalistes. Mais, à ce que je sache, ils ont compétences pour défendre les intérêts d'une profession et des personnels, ce qui est légitime et indispensable. Mais, à ce que je sache aussi, leurs représentants n'ont pas été élus sur leurs compétences pédagogiques. Il eût semblé raisonnable que si des discussions avaient été envisagées, celles-ci s'engagent avec les organisations qui se penchent, elles, depuis des décennies sur les problèmes des apprentissages justement et qui sont reconnues… jusqu'en Finlande. La France en est même riche. C'était probablement trop risqué et il aurait alors fallu… réformer ! il vaut mieux ignorer et faire ignorer ce qui dérange.

Puisque parmi les mesures il y a ce qu'on ose appeler des "stages de mise à niveau" (2), je propose à notre ministre et à ses éminences un stage d'une quinzaine de jours dans un des quelques établissements qui, par leurs approches différentes dans des milieux difficiles, démontrent depuis belle lurette que nos gouvernants sont à côté de la plaque et n'ont rien compris : peut-être sauraient-ils alors de quoi ils parlent (puisqu'ils disent qu'il faut écouter avant de faire), peut-être qu'ils apprendraient, avec ces élèves, à réfléchir.

Encore plus désespérant quand son enfant est coincé dans cette machinerie éducative.

(1) le terme "réforme" est celui qui a le plus grand nombre d'occurrences dans tous les propos assénés et transmis complaisamment par les médias depuis quelques années, et ce dans tous les domaines !

(2) Si par un stage de 15 jours on peut remettre des enfants "à niveau", comment alors ne pas se demander pourquoi l'école leur a fait perdre ce niveau en 6 ou 7 ans ?