Plus spécialement pour les lecteurs qui font partie du RPI dont il m’arrive de tirer des billets.

Les rebondissements que peut provoquer un blog sont imprévisibles. C’est ce qui en fait d’ailleurs l’intérêt quant à la construction d’une réflexion puisque ce qui y est exprimé est exposé (jeté en pâture !) aux interactions multiples et non contrôlées. C’est de ce fait le premier outil interactif permettant de frotter , en temps réel, les idées, ce que l’on tire de recherches ou de l’expérience, à la contradiction, à d’autres faits, d’autres expressions.

C’était et c’est toujours l’objectif de ce blog et c’est d’ailleurs pour cela qu’il n’est pas sous le couvert d’un pseudo, j’assume totalement ce qui y est dit, comme je l’ai d’ailleurs fait tout au long de ma carrière. Ce blog m’apporte beaucoup, même si c’est moins confortable que de s’exprimer dans un bouquin, un article où l’on est protégé du retour direct.

Les points de départ de chaque billet sont le plus souvent un événement, l’actualité, une conversation, une humeur, une réaction à un billet, qui déclenchent une mise en relation avec l’expérience passée, mes recherches en cours… chaque billet étant du coup une expression proposée à nouveau à la confrontation.

Alors j’en viens au fait et au point de départ de ce nouveau billet.

Il y avait autant de chances de gagner au loto que de trouver un lecteur internaute de mes écrits dans quelques kilomètres carrés autour de mon domicile. Eh ! bien, il faut que je joue au loto parce qu’il s’en est trouvé… plusieurs ! Je n’en aurais probablement rien su si ces personnes n’avaient été particulièrement choquées, choquées que quelqu’un, qu’elles connaissent, prenne comme point de départ de quelques billets des événements soit qui les concernent aussi, soit où elles peuvent se reconnaître. Et bien sûr de la façon dont ces événements sont regardés, donc aussi comme on pourrait penser qu’elles sont regardées, que le RPI de leurs enfants est regardé.

Cinq d’entre elles me l’ont fait dire, et nous nous sommes retrouvés un samedi matin devant un café pour en parler de vive voix. Ce qui est tout à leur honneur et… un événement en soi méritant… un nouveau billet !

Lorsque l’on n’est pas directement concerné, il est évident que ce n’est pas aux personnes que je m’en prends, qu’elles soient enseignantes ou parents, mais à la conception de l’institution école, à sa logique et à ce que je considère comme son archaïsme qui place justement ses acteurs, les personnes, et ceux qui en sont les sujets, les enfants, dans des situations de souffrances, d’échec, d’agressivité… Chacun pouvant évidemment apprécier de façon complètement différente les dites situations.

Je comprends parfaitement que si mes billets deviennent la gazette du RPI dont il est question, leur lecture rapide (on dit « de lecteur non averti ! »), leur interprétation et leur transmission possible de bouche à oreille puisse même blesser.

Si je puise, pour quelques billets, ce qui me heurte dans ma propre vie de parent, ce n’est pas pour fustiger cet établissement scolaire en particulier, tel ou tel enseignant : cette école et ses enseignantes, j’ai même eu le privilège de pouvoir les choisir puisque j’ai à la fois la chance et la malchance d’habiter dans un village… sans école ! C’est d’ailleurs a contrario ce qui a désarçonné une de mes interlocutrices : comment puis-je critiquer de cette façon ce que j’ai pu par ailleurs choisir et que je peux tout aussi bien quitter. Sauf que la critique concerne le système scolaire dans ses conséquences quotidiennes. Mais je conçois qu’il n’est pas facile de faire cette part des choses quand on se sent l’objet de l’observation.

Pour éviter de blesser inutilement des personnes, de ficher la pagaille dans le RPI, j’ai retiré, à regret, deux billets qui pouvaient laisser à penser que des personnes étaient mises en cause, ce qui n’était pas le cas.

A regret en ce qui concerne le premier (« l’école psychodrame permanent ») parce que le conflit décrit permettait de démonter la mécanique induite par le cloisonnement institutionnel et hermétique de l’école. Mécanique qui conduit les personnes à des comportements qui leur échappent mais tout à fait explicables, jusqu’aux jugements cruels mutuellement portés. Se sont retrouvés dans une situation semblable un nombre impressionnant de parents et d’enseignants, aussi bien des enseignants « traditionnels » que des enseignants « modernes » (et même plus souvent ces derniers, taxés des mêmes incompétences). Ce ne sont plus les protagonistes qui en sont responsables mais le fonctionnement de l’institution elle-même.

A regret pour le second (« Public privé ») qui voulait démontrer que les motivations qui peuvent inciter les parents à quitter l’école publique sont souvent fort éloignées de la recherche de la réussite à tout prix, ou de la fuite vers des établissements au public scolaire plus conforme. A force de se cantonner aux seuls résultats scolaires chiffrés, en oubliant l’importance de l’école en tant que lieu de vie, l’importance du regard porté sur les enfants tant par les enseignants que par les parents, l’importance de la communauté éducative qui devrait se constituer autour de l’école, l’Education Nationale, les syndicats d’enseignants se trompent de lutte. Et des parents, choqués et impuissants fuient… en désespoir de cause.

Ce qui a choqué, ce sont également les images que donne l’institution scolaire, images que l’on ne voit pas ou que certains, comme moi, voient (ou que d’autres voient autrement).

Ce ne sont que des images, mais elles sont déplaisantes. Par exemple l’image des deux « cerbères » dans la cour, le jour de la rentrée, est très mal passée. Bien sûr que les deux enseignantes ne sont pas des cerbères ! Mais, vue de l’extérieur, la photographie que l’on peut en avoir est celle-ci. Si cette photo ne décrit pas la qualité des personnes, par contre elle représente bien la situation générale de la majorité des écoles ; que cette vision du premier jour influe ensuite sur la représentation de l’école où les enfants vont bien être dans « l’obligation » d’aller, sur celle des parents également, cela ne fait pas l’ombre d’un doute… même quand ensuite on ne la voit plus.

L’école actuelle n’est pas un lieu d’accueil, n’est pas un lieu de vie. On peut le revendiquer (ce que certains mouvements enseignants font). On peut le dénoncer (ce que je fais). Mais le fait est là, rendu par des images.

Voir l’école comme une « prison » (j’ai dû employer plusieurs fois le mot) est offusquant. Bien sûr ! Il n’empêche que par le fait que l’enfant ne puisse y échapper et ne puisse s’en échapper (public captif disent les sociologues), que le choix n’existe pas pour les parents, par le fait de son agencement architectural (entassement collectif dans des espaces cloisonnés, espace individuel disponible réduit, salles alignées le longs de couloirs pour les écoles plus importantes, barreaux aux fenêtres, etc.), par le fait de son fonctionnement collectif (entrées, sorties en rang, récréations « prises de l’air » dans des cours bétonnées, comportements soumis à des sanctions, etc.), par le fait de la durée de son obligation quotidienne ou générale, école et milieux carcéraux ont des similitudes dérangeantes à voir. Mais, en les voyant, on pourrait essayer de faire autre chose de l’école. Le rêve d’une maison pour enfants ou ados !

« A vous lire , tous nos enfants sont des frustrés ». Ceux du RPI en question évidemment pas plus que les autres. Encore une fois, c’est l’école en général dont il est question. Notre système éducatif n’a pas pour objectif l’épanouissement des enfants ou des ados, cela a d’ailleurs été rappelé à plusieurs reprises ces derniers temps par les ministres et quelques lobbys. Pourquoi pas si ce n’était le fait que les enfants passent l’essentiel du temps de leur construction dans le système éducatif. Pourquoi pas si ce n’était le fait que l’on sait maintenant que les apprentissages s’enclenchent beaucoup moins quand ils s’effectuent dans le stress. Pourquoi pas si ce n’était le fait que les pays où l’on est attentif à l’épanouissement ont les meilleurs résultats scolaires. Tout n’est qu’une question d’appréciation sur le degré de ladite « frustration ». Tout dépend également des capacités de chaque enfant à s’intégrer, subir, compenser, profiter, résilier comme dirait Boris Cyrulnick… Tout dépend également des options éducatives et philosophiques des parents : Les Spartiates prônaient la frustration comme valeur éducative (ce n’était donc, pour eux, pas de la frustration), les Athéniens prônaient l’inverse.

« Vous ne dites que des choses négatives sur notre RPI » . Ce blog n’a pas pour objet d’être le journal du RPI de mon môme. Ce journal, je le fais par ailleurs (dans l’association du RPI j’ai publié 13 numéros d’une « gazette » qui, elle, montre un RPI plutôt sympathique, parfois innovant et dynamique, ce qu’il est).

Comme dit précédemment, mes billets ont comme point de départ ce qui me choque pour employer le terme de mes interlocutrices, plus exactement ce qui m’interpelle quant aux conséquences de la conception et du fonctionnement du système scolaire. Isolé du contexte local, cela peut paraître comme une fustigation de cette école particulière. Je serais alors assez masochiste et irresponsable comme parent de l’avoir choisie ! Mais, a contrario, si le RPI de mon môme était horrible de par le fait de ses enseignants et de ses parents, il n’y aurait rien à en tirer quant à ce qu’induisent comme difficultés, absurdités, conflits, incompréhensions, frustrations la conception et le fonctionnement de l’école en général. C’est dans ce qui est ordinaire, habituel, que l’on peut justement pointer les effets de ce qui finit par être une mécanique.

Ce petit événement (l’interpellation par les « choqués » du RPI de mon fils) démontre aussi une chose : il est extrêmement difficile de critiquer l’école de l’intérieur, tant toute critique semble immédiatement toucher ceux qui la font et ceux qui la subissent ou ceux qui y croient. Si l’on touche aux murs, on touche aux personnes qui l’habitent. L’immobilisme du système scolaire relève peut-être autant de la psychanalyse collective que de la volonté politique. Les grands débats nationaux sur l’école n’ont accouché de rien puisqu’on n’y a touché à rien, rien ne pouvant vraiment être remis en cause sans remettre en cause tout le monde. J’ai écrit par ailleurs des textes pas du tout gentils sur les débats de ces fameuses concertations auxquelles j’ai participé.

Nous, parents, sommes dans le domaine de l’affect. Heureusement pour nos mômes mais avec tous les inconvénients et les difficultés quand il devient nécessaire d’être rationnel.

Nous, enseignants, sommes dans le domaine du rationnel. Mais sans pouvoir faire l’impasse de notre propre affect et tout en étant dans l’obligation de prendre en compte l’affect des enfants et de leur famille.

Nous, chercheurs (1), sommes, comme les chirurgiens, dans le domaine du glacial, de la dissection, ce qui peut être proche du cynisme (« Mépris des conventions sociales, de l'opinion publique, des idées reçues, généralement fondé sur le refus de l'hypocrisie et/ou sur le désabusement, souvent avec une intention de provocation ». Les faits seuls importent. Mais on n’échappe pas quand même à l’affect dans leur transcription.

Le hasard et les circonstances m’ont fait porter 3 casquettes à la fois ! Le décryptage n’est déjà pas toujours facile quand on n’a qu’une seule casquette. Je conviens que les propos qui en sont issus puissent prêter à interprétation confuse.

En tous cas, dans mes billets, le RPI dont je parle par moments, je l’ai choisi et j’y suis resté en toute connaissance de cause et parce que j’ai de l’estime pour ses enseignantes et leur travail, en tant que parents, en tant qu’ex-collègue. Et, avec mes collègues parent, nous avons pu aussi y faire des choses intéressantes, et pour les enfants, et pour nous.

Quant à l’école publique en général, j’en suis un défenseur forcené, c’est bien pour cela que je m’autorise à la critiquer à travers de ce qu'elle provoque.

Ceci étant dit une fois pour toute… vous risquez d’être encore parfois choqués par une vision qui n’est pas forcément la vôtre et dont je tire une réflexion qui peut être contestée, alors, lisez d’autres blogs et n’en faites pas de pub !

(1) Je mène depuis plus de 25 ans un travail de recherche dans un laboratoire (les Centres de Recherche des Petites Structures et de la Communication) que j’ai créé avec des amis praticiens et selon un protocole méthodologique atypique dans la recherche classique.