Je ne peux m’empêcher de déborder un instant de mon domaine et de l'objet de ce blog, de me mêler de ce dont je suis totalement incompétent. Pardonnez-donc ce qui n’est qu’élucubration.

L’affaire de la Société Générale défraie la chronique de l’actualité. Pensez donc, 5 milliards d’euros dont on ne peut cacher qu’ils se sont envolés en fumée.

Le problème est là : pas possible de le dissimuler. Il y a comme cela des milliards qui rentrent quelque part (où ?), probablement dans des poches qui elles ne sont pas virtuelles, qui s’envolent (où ?), probablement dans d’autres poches. Des milliards qui proviennent d’où ? on ne cesse de le proclamer, de l’économie. Et l’économie c’est quoi ? on ne cesse de nous le répéter, le résultat du travail de celles et ceux qui doivent travailler plus… pour que les milliards se baladent au gré du jeu de quelques-uns. Nous ne travaillons plus pour manger, nous chauffer, nous abriter, nous travaillons pour l’économie.

L’affaire est bien ennuyeuse. Il paraît qu’ailleurs des monceaux de milliards ont aussi disparu. De quoi ? de comptes. Des comptes de qui ? des machines qui tiennent les comptes de ceux qui peuvent avoir des comptes… mais pas des comptes de ceux qui tiennent les machines. Quel est le problème ? la sacro-sainte économie risque de battre de l’aile. La sacro-sainte économie éjecte des milliers de personnes de leur maison, les fait rejoindre les millions qui y sont déjà pour son bienfait. Elle récupère les maisons vides de ceux qu’elle y avait mis en les rendant esclaves à vie de l’engraissement… de la machine. L’esclavage du crédit. Que va-t-elle faire de ces maisons vides, la machine ? Rien ! Une maison vide, c’est du capital quand tu en as des milliers. Le capital c’est quoi ? C’est ce que les autres n’ont pas. C’est ce que les autres te donnent même quand ils n’ont rien. Les chômeurs rentrent dans le capital : ils font baisser le coût du travail. La valeur du travail ? elle est d’autant plus grande qu’elle ne coûte rien à ceux qui l’utilisent.

L’affaire est bien ennuyeuse si par hasard les esclaves se mettaient à réfléchir sur la façon dont ils sont asservis. S’ils découvraient la nature du système. Bien qu’ils soient quand même assez aveugles pour ne pas trop s’interroger depuis que les couacs ne sont plus tout à fait aussi bien dissimulés que du temps où l’on ne savait rien de ce qui se passait au delà de son village ou de sa rue.

Alors il n’est pas possible que l’affaire de la Société Générale soit du même type que celle des banques américaines qui ont mis hors de chez eux les innocents qui croyaient qu’ils avaient une maison. Non, chez nous le système tourne très bien pour notre plus grand bonheur et à notre plus grand service.

S’il y a eu un couac, c’est à cause d’un p’tit jeunot qui voulait se faire bien voir de son patron. Un sacré génie qui peut s’amuser avec le système le plus contrôlé du monde (le système de la SG était, paraît-il, une référence mondiale), des centaines de contrôleurs, faire valser des milliards sans que personne ne le voit… sauf le jour où c’est bien utile de sortir le diable de sa boite pour éviter qu’on ose imaginer que la valse des milliards, cela fait belle lurette qu’elle se fait sur notre dos. Et que s’il faut qu’on soit éjectés, nous aussi de nos baraques pour que la machine tourne, il n’y aura ni problème, ni hésitation. Miraculeux Jérôme, sauveur de sa boite !

Amusez-vous à faire perdre 100 € à votre patron et vous allez avoir un procureur qui déclarera, « oui, bien sûr, mais il est très honnête ce ptit gars ! ». Voilà que notre Jérôme national est très honnête. C’est bien dommage. J’aurais aimé imaginer qu’il ait pu le faire soit pour sa propre poche, soit, bien mieux, pour foutre en l’air ce qui maintient l’humanité en esclavage. Le génie, aurait été cela.

Il est évident qu’il fallait sortir d’urgence un trompe l’œil de la valise illusionniste. Toute la machine médiatique, qui ne fait que compléter l’autre, s’est mise en branle. Focalisez vous sur la marionnette Jérôme que je vous sors de la main droite pour ne pas voir ce que je manipule de la main gauche, truc vieux comme le monde de l’illusion. Chez nous, ce n’est pas comme aux Etats-Unis, nous, nous avons un Jérôme à vous fourrer sous le nez. J’espère pour Jérôme qu’il est largement récompensé, quoique les requins de la machine ignorent habituellement la gratitude.

Bien sûr, notre président en rajoute une couche pour éteindre toute velléité interrogative. Il faut que le grand chef de la Société Générale paie un peu au nom du nouveau dogme de l’illusion, la responsabilité. On aimerait mieux qu’il soit irresponsable, que tous ces guides suprêmes soient irresponsables des conneries et des vilénies qui mènent l’humanité dans le mur. « Il faut qu’il démissionne ! ». Et cela ne fait rire personne. Ces dizaines de « responsables » qui démissionnent finalement de rien du tout mais avec des millions d’euros en récompense. Seulement quelques dizaines de millions. On va même croire qu’ils sont punis !

Opération magistralement réussie. Nous n’y voyons que du feu. On va presque dire merci. On va supporter la crise comme quelque chose de naturel dont cette fois plus personne n’est responsable, surtout pas ce « système » que l’on prend lui aussi pour naturel, inéluctable, irremplaçable.

Avez-vous remarqué que ce qui a failli révéler notre asservissement s’appelle Société Générale ? pauvre société !

Et chacun des systèmes en étroite corrélation qui régissent notre vie sortent ainsi de leur chapeau, au moment où il le faut, les leurres qu’ils agitent sous notre nez. Une vache folle par ci, un canard grippé par là, un téléthon de temps en temps, la crise de l’orthographe tout le temps, des émigrés partout, nos voitures qui vont brûler, de l’écologie menaçante (pauvres qui ne pouvez vous payer la géothermie, ou les nouvelles bagnoles, vous n’avez pas de pot), des OGM salvateurs, une chanteuse de président, l’allongement de la vie malencontreuse pour nos retraites, un éternel trou de la sécu, un sous-fifre contamineur de sang, des SDF qui veulent pas se soigner, etc. etc.

Et on gobe, et on gobe !