L'éducation ou l'école au jour le jour

Réflexions pour une autre école, une autre éducation, sous forme de billets. L'école vue par un ex enseignant toujours parent, en complément au site "Une école du 3ème type" (http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/)

06 février 2008

Gifle

Trader fou, mariage, gifles… ce qui claque médiatiquement et qui fait qu’on en reste prudemment à la claque. Nos investigateurs journalistes, experts, philosophes et autres moralistes se gardent bien de chercher tout ce qu’il y a en amont de l’explosion verbale ou manuelle.

« Connard », claque d’un prof, claque d’un inspecteur d’académie, qui succèdent à de nombreuses claques de parents, claques d’enfants. Manque de civilité bien sûr, manque d’éducation parentale évidemment, mon pauvre môssieur, dans quel monde on vit !

Il ne vient pas à l’idée qu’insultes, gifles, qu’elles soient proférées ou données par les uns et les autres ne sont que les seules et dernières possibilités d’exister, pour ceux qui sont enfermés dans une situation dont ils ne sont pas responsables. L’enfant se sent nié et est nié, il ne peut plus qu’insulter. Le prof se sent nié, il claque. Le parent se sent nié et est probablement nié, il porte plainte, occupe de plus en plus irasciblement un couloir, le chef se sent nié, il gifle à son tour (mais qu’on fait ses parents ?!).

L’Education nationale est conçue pour qu’elle n’ait jamais affaire à des personnes. Ceux qui en sont sa cible, enfants, ados, parents, n’ont aucune possibilité de participer à la façon dont ils sont… mangés. C’est comme ça, c’est pour votre bien, circulez ou plutôt ne circulez pas, il n’y a rien à voir, rien à dire.

Il n’existe aucun endroit institué où ceux qui subissent (1) l’école puissent exprimer des doutes, des inquiétudes, des remarques, des questionnements, des critiques, des propositions, des idées, des envies… Aucun endroit où une parole d'un sujet puisse être exprimée, entendue et, éventuellement, prise en compte. Il n’existe aucun lieu que l’on pourrait qualifier de concertation qui débouche alors sur de la collaboration (2). Tout ceci est interdit, doit être refoulé, contenu. L’Education nationale a créé l’interdiction de la parole, sauf si c’est une parole servile.

Que reste-t-il possible alors ? d’un côté la peur qui fait renforcer les murs protecteurs, de l’autre l’explosion violente.

Mais il n’y a pas que dans l’Education nationale, malheureusement. Mangez ce qu’on vous met dans les rayons et ne vous préoccupez pas comment on vous le fabrique, bossez comme on vous le dit et dites merci qu’on vous laisse au boulot, ne votez plus depuis qu’on sait que vous pouvez mal voter : on pense pour vous ! on s’occupe de votre bonheur, il viendra… au paradis !

Après les gifles, que restera-t-il sinon les pavés ?

Quelle chance on a de vivre dans un monde civilisé.

(1)    Je ne répéterai jamais assez que l’école actuelle est une mainmise de l’Etat sur l’essentiel de la vie des personnes à laquelle elles ne peuvent échapper. Peu importe à la limite les intentions de cette mainmise.

(2)    Ceux où cela pourrait exister comme les conseils d’école ou les conseils de classe ne sont que des leurres puisqu’il y ait interdit de parler pédagogie, donc de parler d’école !

Posté par bernard_collot à 12:05 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Cette histoire, et surtout le traitement qui en est fait, me scandalise... Une fois n'est pas coutume : je vous invite à lire deux billets d'humeur (un peu longs...) sur mon blog, qui a l'origine n'a pas été construit pour parler de ça, mais.......

Posté par Laurence*, 07 février 2008 à 09:45

Solitude

Je suis venue ce soir faire un tour sur votre blog, et ce message me semble avoir été écrit pour moi... Je disais justement ce soir à mon mari que j'irais bien chez un psy lui confier les problèmes que je rencontre au collège parce que ce n'est pas son rôle d'entendre mes lamentations... mais ce serait quand même plus sympa de pouvoir vraiment dialoguer avec mes collègues et la hiérarchie pour pouvoir trouver des solutions constructives pour tous. Je sature vraiment d'être la seule à avoir pour objectif d'aider mes élèves à apprendre et de refuser le système punitif irrespectueux du collège. J'en ai ras le bol d'entendre que LA solution, c'est l'autorité. Commentaire de la documentaliste après que mes élèves ont passé une heure à faire une recherche au CDI :"Sois plus ferme, sinon tu verras à la fin de l'année, il faut que tu les sanctionnes, tu vois pas ce qu'ils font?" Euh désolée mais moi, je les ai trouvés normaux, ils se lèvent, parlent, cherchent, m'appellent, certains carburent, d'autres ne font pas grand chose, bref ils sont vivants... Je ne vois pas où est le problème... Je me demande si le malaise qui m'habite n'est pas dû au fait que j'apprécie et respecte les ados dans un système qui fait tout pour ne garder que les meilleurs et écraser tous les autres...

Posté par aline, 08 février 2008 à 20:37

Votez

Quattend donc TF pour lancer un grand jeu reflet de notre vie réelle :
- Vous n'avez pas aimé l'attitude de l'élève, il faudrait remettre un peu d'ordre dans cette société qui part en vrille la faute à Mai 68. Il faut punir l'élève : faites le 1.
- Après tout, un peu d'indiscipline ne fait pas de mal. Nous produisons Mickael Youn, cet enfant n'a fait que jouer à Jakass en classe. Pour sanctionner le prof qui n'a pas d'humour, faites le 2.
- Le père d'élève a abusé de ses droits. Ce soixante-huitard abuse de ses fonctions et ne reconnait pas de limites. Pour le sanctionner, faites le 3.
- N'oubliez pas qu'il faut un coupable à cette histoire. 15 centimes par appel seront reversés à une oeuvre caritative.

Posté par François Racé, 16 février 2008 à 13:06

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