Trader fou, mariage, gifles… ce qui claque médiatiquement et qui fait qu’on en reste prudemment à la claque. Nos investigateurs journalistes, experts, philosophes et autres moralistes se gardent bien de chercher tout ce qu’il y a en amont de l’explosion verbale ou manuelle.

« Connard », claque d’un prof, claque d’un inspecteur d’académie, qui succèdent à de nombreuses claques de parents, claques d’enfants. Manque de civilité bien sûr, manque d’éducation parentale évidemment, mon pauvre môssieur, dans quel monde on vit !

Il ne vient pas à l’idée qu’insultes, gifles, qu’elles soient proférées ou données par les uns et les autres ne sont que les seules et dernières possibilités d’exister, pour ceux qui sont enfermés dans une situation dont ils ne sont pas responsables. L’enfant se sent nié et est nié, il ne peut plus qu’insulter. Le prof se sent nié, il claque. Le parent se sent nié et est probablement nié, il porte plainte, occupe de plus en plus irasciblement un couloir, le chef se sent nié, il gifle à son tour (mais qu’on fait ses parents ?!).

L’Education nationale est conçue pour qu’elle n’ait jamais affaire à des personnes. Ceux qui en sont sa cible, enfants, ados, parents, n’ont aucune possibilité de participer à la façon dont ils sont… mangés. C’est comme ça, c’est pour votre bien, circulez ou plutôt ne circulez pas, il n’y a rien à voir, rien à dire.

Il n’existe aucun endroit institué où ceux qui subissent (1) l’école puissent exprimer des doutes, des inquiétudes, des remarques, des questionnements, des critiques, des propositions, des idées, des envies… Aucun endroit où une parole d'un sujet puisse être exprimée, entendue et, éventuellement, prise en compte. Il n’existe aucun lieu que l’on pourrait qualifier de concertation qui débouche alors sur de la collaboration (2). Tout ceci est interdit, doit être refoulé, contenu. L’Education nationale a créé l’interdiction de la parole, sauf si c’est une parole servile.

Que reste-t-il possible alors ? d’un côté la peur qui fait renforcer les murs protecteurs, de l’autre l’explosion violente.

Mais il n’y a pas que dans l’Education nationale, malheureusement. Mangez ce qu’on vous met dans les rayons et ne vous préoccupez pas comment on vous le fabrique, bossez comme on vous le dit et dites merci qu’on vous laisse au boulot, ne votez plus depuis qu’on sait que vous pouvez mal voter : on pense pour vous ! on s’occupe de votre bonheur, il viendra… au paradis !

Après les gifles, que restera-t-il sinon les pavés ?

Quelle chance on a de vivre dans un monde civilisé.

(1)    Je ne répéterai jamais assez que l’école actuelle est une mainmise de l’Etat sur l’essentiel de la vie des personnes à laquelle elles ne peuvent échapper. Peu importe à la limite les intentions de cette mainmise.

(2)    Ceux où cela pourrait exister comme les conseils d’école ou les conseils de classe ne sont que des leurres puisqu’il y ait interdit de parler pédagogie, donc de parler d’école !