Qu'est-ce que le non irlandais peut bien avoir à faire dans ce blog ?

Il représente la considération que peuvent avoir les gens de pouvoirs, politiques, intellectuels ou médiatiques, sur la capacité de ceux qui continuent à être nommé "peuple", de produire une réflexion, d'analyser ce qu'on leur offre ou plutôt impose, d'en déduire un avis qui puisse être le leur et différent de ceux qui pensent pour eux, évidemment, pour leur bien : le "peuple" ne peut évidemment rien comprendre ! C'est ce qu'a dit, à peu près textuellement, Jacques Barrot, vice président de la commission européenne. On peut, à la rigueur, demander au "peuple" s'il veut d'un président ou non, ce qui, entre nous, ne porte pas à grande conséquence, mais quant à lui demander s'il est d'accord avec le type de société qu'on lui impose ou sur la façon dont on va le diriger, c'est inutile et dangereux... puisqu'il ne peut comprendre. Et cet idiot de peuple risque de dire non !

Les irlandais sont aussi débiles que leurs homologues français ou hollandais. Pire encore, eux à qui on a tant donné et qui auraient dù dire merci en se prosternant. Que ce soit avant ou après, on savait à longueur de médias pourquoi ils devaient dire oui, mais on n'a pas su ce qui pouvait bien justifier pour eux un non en dehors de l'explication, peu honorable pour eux, qu'ils voulaient juste manifester une mauvaise humeur, des caractériels en somme.  Quand un vote ne satisfait pas un pouvoir en place, c'est la mauvaise humeur. Qu'un vote contraire aux attentes puisse être établi sur une intelligence produisant une analyse et un choix différent, relève du domaine de l'impossible. Que l'on ne signe pas un papier qui vous engage parce qu'il est incompréhensible, ce n'est pas du bon sens.

Donc, ne demandons surtout pas au "peuple" de se déterminer, et il est sous-entendu ou dit ouvertement que c'est parcequ'il en est incapable. Et puisqu'on on a fait cette erreur irlandaise de demander au peuple, que disent tous nos dirigeants complaisamment relayés par leurs médias ? Comment on va pouvoir contourner l'obstacle de ce non ! Un "non" n'est pas un avis, c'est un obstacle. On l'a une fois contourné grâce à l'activisme de notre Président : on brasse le même texte et on fait croire qu'il a changé, en le rendant encore plus incompréhensible, et surtout, on ne refait plus la même erreur : même plus besoin de mettre une croix, ceux qui savent où est notre bien ont signé pour nous. Pour les irlandais, on cherche par quels moyens habiles ou pressions on va leur faire dire oui à la même chose le prochain coup (pour nous et les autres européens, on a réglé le problème).

Ce non irlandais, qui malheureusement sera réduit à une anecdote, la façon dont on nous suggère de l'interpréter et celle qui permet de ne pas en tenir compte, sont significatifs du fonctionnement de nos démocraties et de l'impossibilité de ceux à qui elles ont donné un pouvoir ou grâce auxquelles ils se sont accaparé un pouvoir, d'en accepter les principes. Ce qui devient dramatique, c'est que peu à peu nous avons intégré cet asservissement. Ce n'est même pas la façon dont ce "non" est traité qui est choquant, c'est que la façon dont il est traité ne nous choque même plus.

Pour en revenir à l'école, celle-ci en est aussi un bon exemple.

Les arguments contre "base élève" et le refus de certains enseignants d'accepter ce qui banalise le fichage et le contrôle de toute une société dès l'enfance, ont provoqué une réaction coercitive immédiate et démesurée de l'appareil de l'Etat (la hiérarchie de l'Education Nationale). Instantanément, il y a eu menace et exécution de sanctions. Alors que plusieurs années de grève administrative des directeurs d'école n'avait troublé personne. Devant le nouveau "non" devenant massif, une nouvelle "Base école" vient d'être proposée, mais pas sa suppression ! On a enlevé quelques champs, et hop ! le tour est joué ! en se gardant bien d'enlever les champs qui servent à pister les enfants de sans papiers et chacun sachant que rien n'est plus facile de rajouter dans un fichier des champs... quand l'affaire est tassée ! Vous aurez votre constitution européenne, vous aurez votre fichier base élève, c'est pour votre bien.

Dans le même ordre, le simple fait que des enseignants et des parents se réunissent hors du temps scolaire (nuit des écoles) pour s'informer et débattre, entre eux, des dispositions de ce qui n'est, officiellement, qu'un projet de réforme, provoque la même réaction démesurée de l'appareil étatique (enseignants menacés ou avertis qu'ils sont repérés) alors que, a contrario, le pouvoir devrait se réjouir de l'intérêt citoyen porté à une transformation de l'école. Les citoyens ne peuvent comprendre dirait Jacques Barrot ! Et ils risquent de dire bêtement "non". Pire, de proposer autre chose. Ce d'autant qui'en fait de projet ce n'en est pas un puisque les manuels conformes sont déjà sortis et en vente ! ce d'autant que la hiérarchie de l'EN est déjà en train d'imposer les dispositions du "projet" dans pas mal de circonscriptions ! Bien sûr, chez nous, il y a longtemps qu'on ne fait plus les erreurs irlandaises : on ne demande plus l'avis au cas où il serait différent, surtout pas un vote (même plus à nos députés d'ailleurs), on dit qu'on a consulté ! suffit qu'on le croit puisqu'on nous le dit. Et on le croit. De toutes façons, le risque d'un avis différent serait insupportable.

Et les exemples semblables sont infinis.

"C'est pour ton bien" n'arrête-t-on pas nous mêmes de dire souvent aux enfants. sans nous rendre compte qu'on n'arrête pas de nous le dire, à nous aussi. Dites "oui" quand on vous fait la grâce de vous permettre de le dire, taisez-vous... et travaillez plus.