Ahurissants propos du ministre de l’Education Nationale audité au Sénat à propos de l’école maternelle (audit ici)

«  (…) Est-ce qu’il est vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des crédits de l’Etat, que nous fassions passer des concours à bac+5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches ? Je me pose la question, ces personnes ayant la même compétence que si elles étaient par exemple institutrice en CM2. Donc la question du préélémentaire me paraît devoir être posée, mais elle est très difficile à soulever sans immédiatement amener avec elle une tempête de polémiques et de préoccupations municipales… »

Non seulement il a une vision de l’école maternelle qui date des salles d'asile du XVIIIème siècle, mais il a une notion infantile des compétences et des connaissances que requièrent la construction d’un jeune enfant dans un lieu collectif. Autrement plus pointues que celles nécessaires pour déverser un cours polycopié ou une page de manuel à des ados. Il est vrai que c’est ce qu’il faisait. Si dans le bac+5 il y avait vraiment une formation psychopédagogique au métier d’enseignant (ce qu’il juge tout aussi inutile et torpille allègrement dans la réforme des IUFM), pour être enseignant auprès de jeunes enfants (je devrais dire « éducateur), c’est au moins un bac+6 qu’il faudrait parce que c’est bien plus complexe que débiter un cours ou corriger des copies. On pourrait lui rétorquer que moins tu en sais, moins tu en fais, plus tu montes dans la hiérarchie.

Tout aussi inquiétant, dans le même audit :

« G. Longuet (ex-ministre, sénateur) : Le RPI concentré, avec un établissement public au niveau cantonal me semble acceptable ?
X. Darcos : Je suis d’accord avec ça, on peut même considérer que la question de l’Ecole a été la première forme d’intercommunalité. (…) Je le répète, j’espère pouvoir dans le premier trimestre qui arrive, faire faire une avancée considérable sur la question de l’Etablissement public du premier degré. Pour ne pas dire une avancée définitive. »

Et revoilà la vieille chimère qui, reconnaissons-le, poursuit tous les gouvernements depuis Jospin. Concentrer, concentrer ! Alors que les usines et concentrations scolaires ne cessent de démontrer leurs méfaits, que les expériences qui scindent à l’inverse les gros établissements en petites structures multiâges ont un succès qui intéresse jusqu’aux pédagogues étrangers (école Ballard à Montpellier), qu’on désespère de sauver les dernières classes uniques en en faisant un laboratoire d’observation (voir la pétition), aveuglément, imperturbablement, nos gouvernements successifs poursuivent leur œuvre de destruction. En nous assénant « le bon sens ».

Quand est-ce qu’au nom du « bon sens », parents, enseignants, population, pourquoi pas des élus, vont-ils se réveiller ?