Les propos du Ministre sur l'école maternelle, entre autres, continuent à faire quelque bruit. En dehors des réactions épidermiques ou que l'on veut soupçonner d'être simplement corporatrices, il serait bon que soient écoutées les personnes qui ont consacré leur vie à la petite enfance et dont les travaux sont reconnus par tous, y compris à l'étranger. Hubert MONTAGNER que j'ai cité à plusieurs reprise sur ce blog en fait partie. Ce n'est pas par idéologie qu'il milite soit à DEI France (défense internationale des enfants) ou tire les sonnettes d'alarme chaque fois qu'il est question d'éducation et d'école, mais parce qu'il connaît les dégâts engendrés par des systèmes qui ignorent ce que sont les enfants. A noter que toutes celles et ceux qui par leurs expériences, leurs travaux, leurs recherches, ont réellement quelque chose à dire, s'élèvent tous avec virulence contre les mesures qui se succèdent les unes aux autres. Et ne sont pas écoutés, pas plus d'ailleurs par ce gouvernement que par la plupart des gouvernements qui l'ont précédé. Dans les sociétés dites primitives, on écoutait les sages. Dans notre société dite civilisée, on irait plutôt jusqu'à enfermer les sages !

Je vous livre ci-dessous une nouvelle réflexion de Hubert MONTAGNER dont je vous ai déjà cité les ouvrages issus de monumentales recherches.

Je pense qu’il faudrait que le Ministre de l’Education Nationale présente ses excuses non seulement aux enseignants d’école maternelle, mais aussi aux enfants eux-mêmes et à leur famille.

Réduire les enfants d’école maternelle à des êtres incontinents dont il faut changer les couches (ils ont bien de droit d’avoir des “fuites” ou des “oublis” -ça nous arrive aussi - même si la “propreté” est exigée pour être admis à l’école maternelle), et qui ont le toupet d’avoir encore besoin d’un épisode de sommeil dans la journée, est parfaitement indigne d’un Ministre de la République, surtout quand il a la responsabilité de l’EDUCATION NATIONALE (la maîtrise des sphincters s’apprend, et le rythme veille-sommeil fait partie du développement de l’enfant).

Pour ma part, je pense qu’il faudrait lui demander de démissionner après les multiples décisions unilatérales et préoccupantes qu’il a prises sans concertation et après les propos irrespectueux et indécents qu’il tient de façon répétitive. TROP, C’EST TROP.
Il est urgent de se mobiliser pour l’école maternelle.  Le problème est qu’il n’est pas facile d’organiser sa défense et sa promotion car les médias, les responsables politiques, les syndicats, les intellectuels ... ceux qui font l’information ne connaissent pas vraiment ou ne veulent pas connaître ses réalités, possibilités et potentialités. On n’a pas vraiment défini ses finalités. L’école maternelle n’intéresse pas “grand monde” alors qu’elle joue (ou pourrait jouer) un rôle essentiel dans les constructions et reconstructions enfantines ... avec l’école élémentaire puis la puberté en perspective ... et l’avenir des différents enfants en toile de fond (il faut arrêter de se réfugier derrière les phénomènes de résilience ... qui ont trop souvent masqué ou occulté les réalités).
Plus grave encore : au Ministère de l’Education Nationale et dans les syndicats, il n’y a pas de réflexion clairement étayée sur ce que pourrait ou devrait être une école maternelle  ouverte à tous qui respecte et protège les enfants tout en répondant à leurs besoins fondamentaux et tout en “nourrissant” leur corps et leur cerveau avant l’entrée dans les apprentissages de l’école élémentaire.

Si les propos du Ministère sont scandaleux, ceux des responsables syndicaux que j’ai pu entendre sont terriblement légers. Par exemple, hier mercredi 15 septembre, j’ai entendu au journal de 13h.00 sur la chaîne A2 le secrétaire du SNUipp, Monsieur MOINDROT. Pour défendre et justifier l’école maternelle, il soulignait l’importance de la psychomotricité qu’on y pratique, alors qu’on peut se demander s’il sait vraiment ce que recouvre ce terme (pas plus d’ailleurs que l’opinion publique et DARCOS)... pourtant remarquablement défini par Julian de AJURIAGUERRA il y a 40 ans. Le jeune enfant ne se réduit pas au schéma corporel et à la maîtrise du corps, et pas davantage au “langage oral” (voir le rapport d’Alain BENTOLILA). La plupart des régulations affectives, perceptives, relationnelles, mentales, sociales, langagières et intellectuelles (pour ne pas dire toutes les régulations) se structurent, se consolident, se compliquent ... ou se “déstructurent” au cours de la petite enfance, notamment dans le créneau d’âges de l’école maternelle (trois à six ans). Elles atteignent des niveaux de complexité qui influencent la suite du développement et engagent l’avenir des enfants en cours de construction, même si, bien évidemment, il n’y a pas de déterminisme.

Je suis sidéré par le manque de culture (notamment scientifique), de réflexion et de manque de responsabilité dès qu’il s’agit de l’école maternelle.

Les enfants de l’école maternelle ne sont pas des sous-enfants ou des larves.

En avant première, extraits d'un chapitre écrit par Hubert MONTAGNER pour un livre collectif à paraître “Parler, comprendre, penser, apprendre ... le langage oral à l’école maternelle”, ouvrage dirigé par Dominique SENORE, et qui montre l'importance des lieux d'accueil de la petite enfance ou de la maternelle et des compétences de ceux qui doivent y oeuvrer... qui n'ont rien à voir avec le changement des couches !