Suite billet du 9.12

Qui sont ces enseignants qui ont lancé une mouvement de désobéissance civile ? Il est curieux qu’aucun journaliste ne se soit intéressé à cela alors qu’une telle action, ouvertement assumée, n’est pas très fréquente dans l’histoire du civisme. Le ministère et sa hiérarchie ne s’y sont pas trompés, eux, et ont bien repéré les têtes à trancher et les gens à mettre au pas sans attendre. Alors qu’une grève administrative des directeurs qui a duré plusieurs années ne leur a fait ni chaud ni froid (ni à personne d’ailleurs).

Les enseignants qui ont été à l’initiative du mouvement ne sont pas n’importe qui. Pour la plupart, ils travaillent depuis des années dans les mouvements pédagogiques (à qui le ministère vient de supprimer la plus grande partie des moyens mis à disposition des Associations Educatives Complémentaires de l’Enseignement Public, comme par hasard). Ils consacrent une part importante, parfois démesurée, de leur temps libre, à se co-former, chercher comment travailler différemment, s’entraider, mettre au point, améliorer des outils, confronter leurs pratiques…

Dans l’Education nationale, on est bien obligé de les appeler des « militants ». Dans toute autre profession, ils ne seraient que des professionnels passionnés, pour le plus grand bonheur de leur patron !

Et la moutarde me monte au nez chaque fois que j’entends, sur les ondes ou sur les écrans, les donneurs de leçons, qu’ils soient du petit peuple ou de la gentry journalistique ou intellectuelle, montrer du doigt ceux « qui refusent toute réforme », « qui ne pensent qu’à leurs vacances », « qui ne se préoccupent pas de l’intérêt des enfants »… Ces premiers désobéissants, il y a belle lurette qu’ils réforment leurs pratiques dans des conditions impossibles et contre l’opinion, la même qui réclame UNE réforme à cors et à cris. A tel point d’ailleurs qu’on a même pu leur reprocher d’empêcher la révolution en rendant l’école, par endroits, plus supportable. Il y a belle lurette qu’ils demandent des changements, mais pas des faux changements ou des retours à la préhistoire. Et en attendant, ils font.

Des enseignants fainéants ?

Et bien je vous livre, avec leur autorisation, la teneur d’un message, compte-rendu récent d’une des habituelles et nombreuses réunions d’un groupe d’une cinquantaine d’enseignants d’un département dont je tairai le nom afin de ne pas les exposer un peu plus aux mesures de rétorsion qui sont en train de se généraliser. Rien de mieux qu'un exemple concret.

Bonjour à tous,
A défaut du message que je n'ai pas réussi à envoyer avant la réunion, voilà un petite compte rendu de la soirée d'hier, qui fut ma foi très sympa, très constructive, très "vivante".....on s'est bien marré, et on a appris plein de trucs.....ça fait du bien.
- Pour commencer, aux côtés du petit groupe d'habitués, nous avons eu le plaisir d'accueillir M, R et E, qui sont en PE2, et F qui bosse à S (ça s'écrit comme ça?)
- Bilan des visites dans les classes lors de nos réunions: (Ces enseignants se rendent régulièrement et mutuellement visite dans leurs classes, le mercredi, les WE. Lorsque les décalages des jours de congés ou des semaiines différentes (4 jours, 5 jours) le permettait, ils arrivaient à le faire pendant que les classes fonctionnaient avec les enfants – note de la rédaction du blog)
Bien, tout le monde trouve que c'est une bonne idée. Cela dit on regrette qu'il n'y ait pas plus d'exploitation des outils utilisés, et pas plus de réflexion sur le fonctionnement de classe du collègue qui reçoit.
P propose que ceux qui le souhaitent filment un moment de classe choisi, et qu'on le regarde lors de la réunion. ça peut aussi être un enregistrement.
On a aussi proposé, devant l'ampleur des choses à montrer dans une classe, que celui qui accueille présente une chose de sa classe, un outil, un morceau de fonctionnement, et qu'on en profite pour approfondir....
Prochaine rencontre: le 20 janvier, à P, classe de M, à G.

Le Nouvel éducateur a été reçu, le thème est "Ecrire".
Il reste 1000 euros sur le compte (les subsides du groupe proviennent des adhésions de chacun !NdRB).

- Le WE maths. (et oui, le WE ! et les divers congés utilisés pour des stages coopératifs, les bricolages d’outils divers, les bricolages informatiques, les stages pour approfondir une technique, les vacances torpillées pour participer, pire, préparer un colloque… avec les conjoints et les enfants qui râlent ! NdRB)
Nous avons décidé qu'il se déroulerait le we du 28 et 29 mars 2009. D se charge de la réservation du lieu (où on peut aussi être logé). Ce sera certainement du côté de B.
Déroulement prévu: arrivée le samedi midi, repas coopératif. Puis travail en ateliers, soirée jeux. Le lendemain de nouveau les ateliers et départ le dimanche en fin d'après midi.
Tiens, on mange comment le samedi soir? Coopératif aussi? Un enseignant, ça mange aussi ! NdRB)

- Nous avons reparlé du salon des apprentissages coopératifs.
Certains se sont montrés motivés pour essayer de faire quelque chose. Nous pensions former une équipe de travail en janvier, qui se verrait en dehors des réunions pour préparer le salon. MAIS! Nous demandons à tous de nous dire ce que vous attendez de ce salon. Nous ne devons pas retomber dans les obstacles de l'année passée...donc avant de se lancer dans l'organisation, on doit tous être bien clairs sur ce que nous attendons de ce projet. Servons nous de la liste!!!!! On se donne jusqu'en janvier, et comme ça l'équipe qui aura le souci de la mise en place pourra faire en fonction des attentes du groupe.(Plein de manifestations, lieux de rencontre d’enseignants de tous bords, sont organisées par ces mêmes. Certaines internationales ou nationales comme le salon des apprentissages de Nantes, la Rencontre Internationale des Enseignants Freinet, divers colloques… d’zautres régionales ou départementales. NdRB)

-  Par rapport à l'actualité, nous aimerions engager un peu le G., en prenant position. On se disait que d'abord, on pourrait mettre quelques infos sur le site. Par exemple relayer les différentes pétitions en cours (démission de Darcos, RASED, Maternelle, les associations, Base élèves....). F. tu peux t'en charger??
et pourquoi quelques publication à mettre aussi en ligne. Si certains ont envie d'écrire d'ailleurs.....(ils sont évidemment aussi des militants qui osent s’afficher. NdRB)

Après tout ça, on a divisé le grand groupe en deux sous groupes de travail: l'un sur les ateliers, l'autre sur le plan de travail (suite à des demandes des PE2). Bilan: Soleil! Comme quoi les petits groupes de travail c'est pas mal.
Et puis après le repas coopératif, on a rebossé en grand groupe autour des réglettes cuisenaires (et non pas cuisinaires, ou culinaires......!!!). P. a joué au prof pour l'occasion, et nous aux élèves...un peu turbulents! Nous avons suivi les consignes du prof qui lui même suivait un fichier qu'il découvrait avec nous, et nous avons fait des fractions, des racines carrés, des factorisations, des multiples, des diviseurs....tout ça en manipulant, et en rigolant bien. Il faut qu'on pense plus souvent à vivre des situations!!!!!

Voilà, je crois avoir tout dit.
petit rappel à D. (comme ça je vois si tu lis jusqu'au bout....): n'oublie de m'envoyer le DVD maternelle, merci!!!

Allez, bonnes vacances à tous, joyeux Noël, et bonne année!
H, pour le groupe.

De L.

C'était trop bon cette réunion !!! Tout c'est fait naturellement ! Petits groupes, enchaînements des différents temps... On était vraiment dedans hier soir. C'est coool ! J'ai adoré ! Vivement janvier !

Il faudrait que l'on bosse le point sur les outils "balances", files numériques et autres.... Je pense qu'on peut vraiment creuser de ce côté là.

Il faut ajouter, sur cet exemple, les dizaines de kilomètres faits dans la nuit, les conjoints et les enfants laissés à la maison pour la énième fois quand il n’a pas fallu payer la baby-sitter. Les heures passées, nocturnement aussi, sur l’écran internet pour quotidiennement échanger sur ce qui s’est passé dans leurs classes. Le travail fait avec les parents pour faire exister une vraie communauté éducative. Le temps passé pour récupérer les sous des moyens que l’État ne leur donne pas ou que les municipalités rechignent à débourser. L’énergie dépensée pour se justifier auprès de la hiérarchie et prouver leurs résultats, hiérarchie qui d’ailleurs s’occupent beaucoup plus d’eux que de ceux qui se contentent de rester dans les horaires de fonctionnaires… et la partie du salaire qui s’évapore pour que l’école, ce qu’ils peuvent y faire, ce que les enfants pourront y faire, soient dignes d’une école. On peut même dire que les retenues de salaires, premier étage de la panoplie de sanctions, ne sont que peu de choses en comparaison de ce qui s’envole régulièrement, parfois inconsidérément, de leur compte en banque, simplement pour faire leur métier correctement. Palier à ce que l’État ne fait pas.

Ce petit exemple est à multiplier : dans presque tous les départements il y a des centaines d’enseignants qui vont ainsi au-delà de ce pour quoi on pense qu’ils sont juste payés. On ne le sait pas. On ne le dit pas. Eux-mêmes ne le disent pas, ils ne se posent même pas la question de savoir si c’est normal.

Voilà qui sont la plupart des désobéissants !