20 décembre 2008
Pourquoi des enseignants refusent d'appliquer stricto senso l'aide personnalisée aux élèves ?
J’ai à longueur de ce blog (ici, , ou dans mon site, démonté la chaîne tayloriste scolaire et ses conséquences. C’est là que sont le problème et la source des maux dont souffrent les enfants et les apprentissages dont on pense qu’ils sont indispensables. Je n’y reviendrai pas.
Alors pourquoi des enseignants refusent-ils, ouvertement, d’appliquer les dispositions ministérielles que j’appellerais de « soins palliatifs » ?
Ils sont stigmatisés, en particulier par leur hiérarchie, comme refusant d’aider ceux qui en auraient besoin ! Aveu d’ailleurs officiel de l’indigence de ce qu’on fait faire aux enfants dans le temps ordinaire, mais personne ne le souligne. Là aussi on peut s’interroger une fois de plus sur les médias qui se gardent bien de chercher plus loin et… d’informer ! L’histoire appellera cela de la complicité. Ou de la collaboration.
Je sais bien que les motivations du refus ne sont pas uniformes. Toutefois, pour très bien connaître une bonne partie de ceux qui s’élèvent contre ces mesures, cela n’a strictement rien à voir avec des raisons politiquement conjoncturelles. Pour ceux-ci, ces mesures n’ont pas de sens :
- Dans le contexte de leurs pratiques.
La plupart sont engagés dans des pédagogies où les enfants évoluent à leurs propres rythmes, construisent leurs langages dans des activités qui ont du sens, reliées à la vie (Freinet, Montessori, méthodes actives, pédagogie institutionnelle, multiâge, etc.). Nous ne sommes plus dans un enseignement frontal où tout le monde doit avaler uniformément la même soupe (d’où les dégâts à tenter de réparer pour tous ceux qui ne digèrent pas, et qui s’accentuent au fur et à mesure de la distribution des repas scolaires). L’attention constante qu’ils portent ne cible pas la distribution d’une matière, mais l’activité de chaque enfant dans la réalisation de ses projets et la construction des langages qui s’y opère (on peut dire aussi apprentissages qui s’effectuent, compétences ou savoirs qui s’acquièrent). De même qu’à l’intégration de chaque enfant et de son activité dans le groupe. Parce que là, on parle de groupe. « L’aide » personnalisée y est permanente. La classe n’est même faite que de cela. Pour suivre depuis plus de 15 ans les échanges quotidiens d’un groupe de plus d’une centaine d’enseignants, je peux témoigner que c’est l’objet permanent de leurs échanges.
C’est ce que font ces enseignants que les éminences grises ministérielles et médiatiques, quand ce n’est pas le ministre lui-même, cataloguent d’un terme devenu quasiment injurieux : les pédagogistes, le pédagogisme. Comprenne qui pourra.
- Dans le contexte de l’organisation de leur classe ou de leur école
Extirper du groupe les deux ou trois enfants réglementaires (chaque enseignant doit en trouver un nombre compris entre 3 et 5, pas un de plus, pas un de moins !) pour les mettre à part pendant quelques heures, va à l’encontre même de ce qui justement faisait qu’ils pouvaient se développer normalement, à leur rythme, sans difficultés leur étant sans cesse renvoyées à la figure, avec les autres. Pour sûr, totalement anti-pédagogique ! Si on n’a pas encore compris, la « réforme » est bien anti-pédagogique ! et elle est revendiquée comme telle !
La suppression de 3 heures hebdomadaires pour les « non-aidés » a surtout enlevé un temps où beaucoup pratiquaient l’ouverture de l’école aux parents, un temps de compréhension, de liaison école, enfants, enseignants, parents. L’embryon de communautés éducative. La rupture du ghetto scolaire. Là aussi, crime pédagogiste ! Au lieu de donner du temps, compressons !
- Mais tous ces enseignants du refus, ont tous proposé, comme de bons fonctionnaires respectueux de l’État et des légitimités du suffrage, des dispositifs d’utilisation un peu différents de ces heures légalement décrétées. En terme de service horaire, allant au-delà de ce qu’ils étaient tenus d’effectuer. J’en ai donné un exemple à propos du temps de l’interclasse de la mi-journée (ici). Tous ont passé du temps et de l’énergie à expliquer de quelles façon l’aide personnalisée était effective, de quelle façon les dispositifs collectifs supplémentaires dont ils proposaient la mise en place allaient contribuer à la rendre encore plus efficiente. Dans la quasi totalité des cas, ils n’ont eu qu’un niet tranchant de leur hiérarchie : « vous appliquez à la lettre les décrets et circulaires », peu importe que cela soit stupide ou non, contreproductif, c’est le ministre qui l’a écrit, exécution. On ne veut que pouvoir mettre les chiffres, les heures, dans nos états… et le ministre, tout le monde sera content. On n’avait d’ailleurs jamais vu ladite hiérarchie aussi zélée. Si on ne le savait pas, ces inspecteurs de l’EN sont bien pour la plupart des contremaîtres, et la célèbre émission striptease aurait bien des sujets aussi saignants à mettre en boite que celui qui a fait sa célébrité.
Est-ce que l’on sait tout cela ?
Les enseignants désobéisseurs, qui sont-ils ?
Qui sont ces enseignants qui ont lancé une mouvement de désobéissance civile ? Il est curieux qu’aucun journaliste ne se soit intéressé à cela alors qu’une telle action, ouvertement assumée, n’est pas très fréquente dans l’histoire du civisme. Le ministère et sa hiérarchie ne s’y sont pas trompés, eux, et ont bien repéré les têtes à trancher et les gens à mettre au pas sans attendre. Alors qu’une grève administrative des directeurs qui a duré plusieurs années ne leur a fait ni chaud ni froid (ni à personne d’ailleurs).
Les enseignants qui ont été à l’initiative du mouvement ne sont pas n’importe qui. Pour la plupart, ils travaillent depuis des années dans les mouvements pédagogiques (à qui le ministère vient de supprimer la plus grande partie des moyens mis à disposition des Associations Educatives Complémentaires de l’Enseignement Public, comme par hasard). Ils consacrent une part importante, parfois démesurée, de leur temps libre, à se co-former, chercher comment travailler différemment, s’entraider, mettre au point, améliorer des outils, confronter leurs pratiques…
Dans l’Education nationale, on est bien obligé de les appeler des « militants ». Dans toute autre profession, ils ne seraient que des professionnels passionnés, pour le plus grand bonheur de leur patron !
Et la moutarde me monte au nez chaque fois que j’entends, sur les ondes ou sur les écrans, les donneurs de leçons, qu’ils soient du petit peuple ou de la gentry journalistique ou intellectuelle, montrer du doigt ceux « qui refusent toute réforme », « qui ne pensent qu’à leurs vacances », « qui ne se préoccupent pas de l’intérêt des enfants »… Ces premiers désobéissants, il y a belle lurette qu’ils réforment leurs pratiques dans des conditions impossibles et contre l’opinion, la même qui réclame UNE réforme à cors et à cris. A tel point d’ailleurs qu’on a même pu leur reprocher d’empêcher la révolution en rendant l’école, par endroits, plus supportable. Il y a belle lurette qu’ils demandent des changements, mais pas des faux changements ou des retours à la préhistoire. Et en attendant, ils font.
Des enseignants fainéants ?
Et bien je vous livre, avec leur autorisation, la teneur d’un message, compte-rendu récent d’une des habituelles et nombreuses réunions d’un groupe d’une cinquantaine d’enseignants d’un département dont je tairai le nom afin de ne pas les exposer un peu plus aux mesures de rétorsion qui sont en train de se généraliser. Rien de mieux qu'un exemple concret.
Bonjour à tous,
A défaut du message que je n'ai pas réussi à envoyer avant la réunion, voilà un petite compte rendu de la soirée d'hier, qui fut ma foi très sympa, très constructive, très "vivante".....on s'est bien marré, et on a appris plein de trucs.....ça fait du bien.
- Pour commencer, aux côtés du petit groupe d'habitués, nous avons eu le plaisir d'accueillir M, R et E, qui sont en PE2, et F qui bosse à S (ça s'écrit comme ça?)
- Bilan des visites dans les classes lors de nos réunions: (Ces enseignants se rendent régulièrement et mutuellement visite dans leurs classes, le mercredi, les WE. Lorsque les décalages des jours de congés ou des semaiines différentes (4 jours, 5 jours) le permettait, ils arrivaient à le faire pendant que les classes fonctionnaient avec les enfants – note de la rédaction du blog)
Bien, tout le monde trouve que c'est une bonne idée. Cela dit on regrette qu'il n'y ait pas plus d'exploitation des outils utilisés, et pas plus de réflexion sur le fonctionnement de classe du collègue qui reçoit.
P propose que ceux qui le souhaitent filment un moment de classe choisi, et qu'on le regarde lors de la réunion. ça peut aussi être un enregistrement.
On a aussi proposé, devant l'ampleur des choses à montrer dans une classe, que celui qui accueille présente une chose de sa classe, un outil, un morceau de fonctionnement, et qu'on en profite pour approfondir....
Prochaine rencontre: le 20 janvier, à P, classe de M, à G.
Le Nouvel éducateur a été reçu, le thème est "Ecrire".
Il reste 1000 euros sur le compte (les subsides du groupe proviennent des adhésions de chacun !NdRB).
- Le WE maths. (et oui, le WE ! et les divers congés utilisés pour des stages coopératifs, les bricolages d’outils divers, les bricolages informatiques, les stages pour approfondir une technique, les vacances torpillées pour participer, pire, préparer un colloque… avec les conjoints et les enfants qui râlent ! NdRB)
Nous avons décidé qu'il se déroulerait le we du 28 et 29 mars 2009. D se charge de la réservation du lieu (où on peut aussi être logé). Ce sera certainement du côté de B.
Déroulement prévu: arrivée le samedi midi, repas coopératif. Puis travail en ateliers, soirée jeux. Le lendemain de nouveau les ateliers et départ le dimanche en fin d'après midi.
Tiens, on mange comment le samedi soir? Coopératif aussi? Un enseignant, ça mange aussi ! NdRB)
- Nous avons reparlé du salon des apprentissages coopératifs.
Certains se sont montrés motivés pour essayer de faire quelque chose. Nous pensions former une équipe de travail en janvier, qui se verrait en dehors des réunions pour préparer le salon. MAIS! Nous demandons à tous de nous dire ce que vous attendez de ce salon. Nous ne devons pas retomber dans les obstacles de l'année passée...donc avant de se lancer dans l'organisation, on doit tous être bien clairs sur ce que nous attendons de ce projet. Servons nous de la liste!!!!! On se donne jusqu'en janvier, et comme ça l'équipe qui aura le souci de la mise en place pourra faire en fonction des attentes du groupe.(Plein de manifestations, lieux de rencontre d’enseignants de tous bords, sont organisées par ces mêmes. Certaines internationales ou nationales comme le salon des apprentissages de Nantes, la Rencontre Internationale des Enseignants Freinet, divers colloques… d’zautres régionales ou départementales. NdRB)
- Par rapport à l'actualité, nous aimerions engager un peu le G., en prenant position. On se disait que d'abord, on pourrait mettre quelques infos sur le site. Par exemple relayer les différentes pétitions en cours (démission de Darcos, RASED, Maternelle, les associations, Base élèves....). F. tu peux t'en charger??
et pourquoi quelques publication à mettre aussi en ligne. Si certains ont envie d'écrire d'ailleurs.....(ils sont évidemment aussi des militants qui osent s’afficher. NdRB)
Après tout ça, on a divisé le grand groupe en deux sous groupes de travail: l'un sur les ateliers, l'autre sur le plan de travail (suite à des demandes des PE2). Bilan: Soleil! Comme quoi les petits groupes de travail c'est pas mal.
Et puis après le repas coopératif, on a rebossé en grand groupe autour des réglettes cuisenaires (et non pas cuisinaires, ou culinaires......!!!). P. a joué au prof pour l'occasion, et nous aux élèves...un peu turbulents! Nous avons suivi les consignes du prof qui lui même suivait un fichier qu'il découvrait avec nous, et nous avons fait des fractions, des racines carrés, des factorisations, des multiples, des diviseurs....tout ça en manipulant, et en rigolant bien. Il faut qu'on pense plus souvent à vivre des situations!!!!!
Voilà, je crois avoir tout dit.
petit rappel à D. (comme ça je vois si tu lis jusqu'au bout....): n'oublie de m'envoyer le DVD maternelle, merci!!!
Allez, bonnes vacances à tous, joyeux Noël, et bonne année!
H, pour le groupe.
De L.
C'était trop bon cette réunion !!! Tout c'est fait naturellement ! Petits groupes, enchaînements des différents temps... On était vraiment dedans hier soir. C'est coool ! J'ai adoré ! Vivement janvier !
Il faudrait que l'on bosse le point sur les outils "balances", files numériques et autres.... Je pense qu'on peut vraiment creuser de ce côté là.
Il faut ajouter, sur cet exemple, les dizaines de kilomètres faits dans la nuit, les conjoints et les enfants laissés à la maison pour la énième fois quand il n’a pas fallu payer la baby-sitter. Les heures passées, nocturnement aussi, sur l’écran internet pour quotidiennement échanger sur ce qui s’est passé dans leurs classes. Le travail fait avec les parents pour faire exister une vraie communauté éducative. Le temps passé pour récupérer les sous des moyens que l’État ne leur donne pas ou que les municipalités rechignent à débourser. L’énergie dépensée pour se justifier auprès de la hiérarchie et prouver leurs résultats, hiérarchie qui d’ailleurs s’occupent beaucoup plus d’eux que de ceux qui se contentent de rester dans les horaires de fonctionnaires… et la partie du salaire qui s’évapore pour que l’école, ce qu’ils peuvent y faire, ce que les enfants pourront y faire, soient dignes d’une école. On peut même dire que les retenues de salaires, premier étage de la panoplie de sanctions, ne sont que peu de choses en comparaison de ce qui s’envole régulièrement, parfois inconsidérément, de leur compte en banque, simplement pour faire leur métier correctement. Palier à ce que l’État ne fait pas.
Ce petit exemple est à multiplier : dans presque tous les départements il y a des centaines d’enseignants qui vont ainsi au-delà de ce pour quoi on pense qu’ils sont juste payés. On ne le sait pas. On ne le dit pas. Eux-mêmes ne le disent pas, ils ne se posent même pas la question de savoir si c’est normal.
Voilà qui sont la plupart des désobéissants !
19 décembre 2008
Un ministre de l'Education... brésilien !
Superbe réponse du ministre brésilien de l'Education interrogé par des étudiants aux Etats-Unis. J’ignore ce que fait ce ministre quant à l’éducation dans son pays, Mais, au moins au niveau de l’élévation de la pensée, on rêve que tous les ministres de l’éducation soient de ce niveau ! En plus, il ne s’agit pas d’un discours préparé par une plume de service. Cette mondialisation, je prends !
A faire suivre... Car la presse nord-américaine a refusé de publier ce texte.
Rectification après vérification : ce textea été publié aux États-Unis, dans le New York Times du 2 novembre 2003, et qu’il a été publié à l’origine dans O Globo (journal brésilien) du 10 octobre 2000. Le sénateur Cristovam Buarque est depuis devenu Ministre de Lula, puis a été remplacé à ce poste. Son site, en brésilien : http://www.cristovam.com.br , il se trouve également sur le site du ministère de l'éducation brésilein : http://www.educacao.gov.br/acs/pdf/a160203.pdf. Même s'il n'est pas récent, cela n'enlève en rien à sa valeur et à son actualité.
Internationalisation
Discours du ministre brésilien de l'Éducation aux États-unis.
Pendant un débat dans une université aux États-unis, le ministre de l'Éducation Cristovam BUARQUE, fut interrogé sur ce qu'il pensait au sujet de l'internationalisation de l'Amazonie. Le jeune étudiant américain commença sa question en affirmant qu'il espérait une réponse d'un humaniste et non d'un Brésilien.
Voici la réponse de M. Cristovam BUARQUE.
« En effet, en tant que Brésilien, je m'élèverais tout simplement contre l'internationalisation de l'Amazonie. Quelle que soit l'insuffisance de l'attention de nos gouvernements pour ce patrimoine, il est nôtre
En tant qu'humaniste, conscient du risque de dégradation du milieu ambiant dont souffre l'Amazonie, je peux imaginer que l'Amazonie soit internationalisée, comme du reste tout ce qui a de l'importance pour toute l'humanité. Si, au nom d'une éthique humaniste, nous devions internationaliser l'Amazonie, alors nous devrions internationaliser les réserves de pétrole du monde entier. Le pétrole est aussi important pour le bien-être de l'humanité que l'Amazonie l'est pour notre avenir. Et malgré cela, les maîtres des réserves de pétrole se sentent le droit d'augmenter ou de diminuer l'extraction de pétrole, comme d'augmenter ou non son prix.
De la même manière, on devrait internationaliser le capital financier des pays riches. Si l'Amazonie est une réserve pour tous les hommes, elle ne peut être brûlée par la volonté de son propriétaire, ou d'un pays. Brûler l'Amazonie, c'est aussi grave que le chômage provoqué par les décisions arbitraires des spéculateurs de l'économie globale. Nous ne pouvons pas laisser les réserves financières brûler des pays entiers pour le bon plaisir de la spéculation.
Avant l'Amazonie, j'aimerais assister à l'internationalisation de tous les grands musées du monde. Le Louvre ne doit pas appartenir à la seule France. Chaque musée du monde est le gardien des plus belles oeuvres produites par le génie humain. On ne peut pas laisser ce patrimoine culturel, au même titre que le patrimoine naturel de l'Amazonie, être manipulé et détruit selon la fantaisie d'un seul propriétaire ou d'un seul pays. Il y a quelque temps, un millionnaire japonais a décidé d'enterrer avec lui le tableau d'un grand maître. Avant que cela n'arrive, il faudrait internationaliser ce tableau.
Pendant que cette rencontre se déroule, les Nations unies organisent le Forum du Millénaire, mais certains Présidents de pays ont eu des difficultés pour y assister, à cause de difficultés aux frontières des États-unis. Je crois donc qu'il faudrait que New York, lieu du siège des Nations unies, soit internationalisé.
Au moins Manhattan devrait appartenir à toute l'humanité. Comme du reste Paris, Venise, Rome, Londres, Rio de Janeiro, Brasília, Recife, chaque ville avec sa beauté particulière, et son histoire du monde devraient appartenir au monde entier
Si les États-unis veulent internationaliser l'Amazonie, à cause du risque que fait courir le fait de la laisser entre les mains des Brésiliens, alors internationalisons aussi tout l'arsenal nucléaire des États-unis, ne serait-ce que par ce qu'ils sont capables d'utiliser de telles armes, ce qui provoquerait une destruction mille fois plus vaste que les déplorables incendies des forêts Brésiliennes.
Au cours de leurs débats, les actuels candidats à la Présidence des États-unis ont soutenu l'idée d'une internationalisation des réserves florestales du monde en échange d'un effacement de la dette. Commençons donc par utiliser cette dette pour s'assurer que tous les enfants du monde aient la possibilité de manger et d'aller à l'école. Internationalisons les enfants, en les traitant, où qu'ils naissent, comme un patrimoine qui mérite l'attention du monde entier. Davantage encore que l'Amazonie.
Quand les dirigeants du monde traiteront les enfants pauvres du monde comme un Patrimoine de l'Humanité, ils ne les laisseront pas travailler alors qu'ils devraient aller à l'école; ils ne les laisseront pas mourir alors qu'ils devraient vivre.
En tant qu'humaniste, j'accepte de défendre l'idée d'une internationalisation du monde. Mais tant que le monde me traitera comme un Brésilien, je lutterai pour que l'Amazonie soit à nous. Et seulement à nous ! »
17 décembre 2008
Pédagogie et communication
La réforme des lycée est repoussée : elle n’a pas été comprise ! Le ministre a manqué de… pédagogie. On dit aussi qu’il a « mal communiqué ».
C’est ce qui nous est seriné chaque fois qu’une mesure a quelque mal à être acceptée C’est ce que l’on a dit lorsque qu’au lieu de voter oui une majorité a dit non ! D’ailleurs, comme c’était trop difficile à faire comprendre « leur bien » à une masse d’ignares, le coup suivant on s’est bien gardé de leur demander à nouveau leur avis. Il a fallu beaucoup de « pédagogie » et de « communication » pour faire passer la pilule des retraites, les milliards perdus comme les milliards donnés à cause d’une crise, etc.
Il ne vient à l’idée de personne et encore moins à nos médias, supports de pédagogie et de communication, qu’un refus puisse être dû au fait que les récalcitrants aient justement… bien compris. Pédagogie et communication doivent permettre de faire comprendre ce que l’on doit comprendre. Curieux glissement sémantique que nos linguistes patentés se gardent bien de relever. Pédagogie et communication sont devenus les synonymes de manipulation. Un bon pédagogue et un bon communicant doivent faire accepter ce que l’on décide qui doit être accepté ou cru. Ma lessive lave plus blanc que blanc, elle doit donc être achetée. Votre pouvoir d’achat a diminué ? illusion : achetez, achetez même des bagnoles, pour sauver l’économie (l'économie, c'est nos banques, la bourse) ! C’est cela la pédagogie !
Notre ministre de l’éducation aurait pu se pencher sur les nombreuses définitions de la pédagogie. En voilà une parmi d’autres : Science de l'éducation des jeunes, qui étudie les problèmes concernant le développement complet (physique, intellectuel, moral, spirituel) de l'enfant et de l'adolescent. Autrement dit, un jeune lycéen bien développé intellectuellement capable d’appréhender diverses informations fussent-elles contradictoires et d’en tirer son propre jugement, d’en décider son propre comportement, ses propres décisions. Capable de réfléchir. Il faut croire qu’on les considère comme bien incapables d’une telle opération intellectuelle puisque l’on s’est bien gardé d’en discuter avec eux et qu’on se donne un an de plus de « pédagogie » pour qu’ils ne redescendent plus dans la rue et prennent pour argent comptant ce qu’on leur fera alors avaler facilement.
Il faut réformer et, bien sûr, il n’y a qu’une réforme possible, la nôtre, puisqu’on vous le dit. Et on va vous le redire, encore mille fois, pédagogiquement, jusqu’à ce que vous ne puissiez plus penser autrement. Si la pédagogie est une science, la manipulation aussi et c’est une science bien éprouvée dont les théories et les méthodes abondent depuis la cybernétique.
On comprend beaucoup mieux ce qui motive le mouvement des anti-pédagogues qui a pignon sur rue auprès du ministère et des médias ! Le « développement intellectuel » des enfants et des ados ? Pouah ! Suffit qu’ils écoutent sagement et répètent ce qu’on juge utile qu’ils doivent répéter. C’est bien ce à quoi a été réduite la pédagogie !
Quant à la communication, elle est devenue un simple pouvoir de ceux qui détiennent un pouvoir. Celui de distiller massivement et unilatéralement UNE information. On est bien loin de la définition où la communication est prise dans son sens interactif de transmission d’informationS : Il n’y a communication que lorsque l’échange d’informations entre deux systèmes influence l’état des deux systèmes disent les systémiciens. Pour sûr, dans ce qu’est devenue la communication, l’état du système émetteur, en l’occurrence notre ministre ou notre président, ne risque pas d’être modifié par d’autres informations que les leurs ou celles qu’ils pourraient recevoir en retour.
Et oui, nos philosophes, nos intellectuels pourvoyeurs de leçons, ont omis qu’il ne pouvait y avoir de vraie démocratie sans vraie pédagogie pour les jeunes sensés devenir des citoyens démocrates, et sans vraie communication qui fonde toutes les décisions collectives.
