11 novembre 2009
Parentalité et devoirs à la maison
Je reçois beaucoup de messages concernant les devoirs à la maison. Il est entendu que les enseignants de l’école primaire, impérativement, ne peuvent « donner » de devoirs écrits à faire à la maison. Lorsqu’ils disent comme la maîtresse de mon fiston « je le sais. Mais je m’en moque, j’en donne quand même » peu importe que ce soit au nom de croyances pédagogiques, peu importe que ce soit avec l’approbation d’un certain nombre de parents : en s’assoyant délibérément sur des textes qui régissent ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas faire, ils cassent ce qui constitue le cadre qui permet les relations entre la fonction publique et ses usagers, celui derrière lequel il se protège et qui les protège. Lorsque les ministères successifs et leur hiérarchie ne montrent aucun zèle pour faire respecter une de leurs instructions, ils n’ont plus aucune légitimité pour faire respecter les autres. En tolérant avec bienveillance des désobéissances, il justifie toutes les autres. Cela n’est pas nouveau. Tout le monde sait que les réformes précédentes n’ont pas été globalement appliquées dans les faits. Tout le monde sait que les désobéisseurs précédents viennent d’être décorés. Pour quelle raison, nous parents, devrions-nous accepter un certain nombre d’entorses et nous plier à ce que nos enfants subissent des pratiques au nom de ce qui devient de soi disant instructions que l’enseignant ne peut faire autrement que respecter ?
Revenons à nos devoirs : si les enseignants ne peuvent donner de devoirs écrits à faire à la maison, ils « peuvent » par contre donner du travail oral, en général des leçons. Ils « peuvent », et beaucoup ne s’en privent pas, les dites leçons à « apprendre » pouvant prendre un temps démesuré. Bien qu’il soit toujours dit, au moins sous-entendu, que ce « travail » doit rester dans des limites raisonnables. On peut les estimer à 10 minutes ou un quart d’heure à l’école primaire.
Mais, et ce mais est important, cela ne peut prendre le caractère de l’obligation. On peut remarquer que le qualificatif « obligatoire » n’est jamais présent dans les textes. Et pour cause ! L’autorité et le pouvoir de l’école est limité juridiquement à l’espace et au temps scolaire. A 16H30, l’enfant est sous la seule autorité et la seule responsabilité des parents. On n’arrête pas d’ailleurs de nous le ressasser et de nous renvoyer la responsabilité de tous les maux dont souffre… l’école ! La « parentalité », on nous la renvoie à toutes les sauces, on nous y confronte, on multiplie les « réseaux d’aide à la parentalité » (REAP) pour nous aider à mieux être les parents… dont cette société a besoin (et les enfants, de quoi ont-ils besoin ?). Au passage, celles et ceux qui sont payés pour « aider » les parents à être mieux parents ne sont que… d’autres parents ! on peut supposer qu’ils doivent être de « bons parents », eux, des parents professionnels ! J’exagère un peu sur les REAP où il s’y fait souvent des choses intéressantes, mais c’est leur principe qui interpelle.
Alors, cette parentalité, il faut aussi que nous ayons conscience de ce qu’elle est et que nous l’assumions. Dans la sphère familiale, c’est nous, parents, qui avons l’autorité, le pouvoir éventuel de décréter l’obligation. Le pouvoir d’apprécier ce qui bon, important, néfaste. Y compris d’apprendre ses leçons ! à la maison, on peut parfaitement juger que telle leçon, tel travail oral donné par l’école est stupide, inutile, contreproductive… C’est le risque que prend l’enseignant lorsqu’il s’immisce ainsi dans la sphère familiale. Le parent ne serait plus le parent s’il s’ôtait, vis à vis de son enfant, de sa capacité d’appréciation que celui-ci attend de son activité, de l’activité imposée dont il n’est pas l’origine. Ce serait pris par l’enfant, et je pense que c’est pris, pour un abandon quotidien et répété de la référence parentale dont il a besoin. Ce qui ne veut pas dire que des parents ne puissent pas trouver utile, important, d’apprendre ses leçons, de faire ce que l’école a dit de faire. Mais alors l’obligation ne peut être décrétée que par eux.
Officiellement, juridiquement (1), il est impossible que l’école « oblige » les enfants à exécuter telle ou telle activité à la maison. Y compris au collège où, pourtant, la quantité de devoirs « à faire » est telle que cela en devient un prétexte à en donner, parfois dès la maternelle, pour y « préparer » les enfants. On passe d’ailleurs son temps à se préparer à subir, les maux, les vilénies, qui semblent devenirs naturels dans notre société. Y compris le chômage !
Ce qui fait qu’il devient illégal que le travail donné à la maison fasse l’objet, de retour à l’école, de contrôles, de pressions, de sanctions ! C’est un abus de pouvoir ! Et c’est même reconnu comme une stupidité éducative : toutes les enquêtes, tous les travaux, à l’échelle mondiale (études PISA par exemple), montrent que les résultats sont inversement proportionnels à la charge de travail donné, aux pressions et au stress. La France en étant le plus bel exemple.
Cette dérive néfaste est peut-être due justement parce que, à ce propos, il y a un abandon de la parentalité. Une ignorance du droit. Une absence des parents en tant que responsables aussi bien du devenir que du bien-être, de l’épanouissement de leurs enfants. Là, brusquement on ne se soucie plus de leur responsabilité sauf à être la courroie de transmission, l’exécutant d’une autorité qui étend son pouvoir sans contrôle, sans qu’il ait besoin de le justifier, à toute la sphère de l’enfant. Jusqu’à effacer, à ce propos, la notion de « personne en danger » parce que c’est souvent le cas.
Ce qui ne veut pas dire que l’école ne puisse pas suggérer des possibles, influer des pistes d’activité à la maison. Je n’ai, lorsque j’étais enseignant, jamais donné de devoirs ou leçons (il n’y avait pas besoin d’acheter des cartables !). Mais l’école donnait des envies. C’est l’envie de faire autre chose, de prolonger ce qui a intéressé, passionné, de lire, d’écrire, de rechercher, d’expérimenter. Pas toujours forcément à la suite de l’école, souvent pour entreprendre quelque chose qui revenait ensuite s’y poursuivre à l’école s’ils le désiraient. Jusqu’à oublier le refuge de la télé. Et des parents ravis et devenant alors des encourageants, des soutiens, des aidants.
Cela, ce devrait être le… « devoir » de l’école ! Ouvrir. Elle fait délibérément le contraire. Elle enferme. Prive du temps. Castre. A travers l’exemple des devoirs, ce devrait être sa plus grande honte. Et aussi pour nous, parents, qui acceptons sans rien dire, qui abandonnons à une institution et ses fonctionnaires des prérogatives et qui ne sont pas les leurs dans l’espace où nous avons une responsabilité.
La coupure entre les parents et l’école sera toujours aussi profonde et peu porteuse d’amélioration éducative tant qu’elle ne sera que rapport de pouvoirs, qui induisent les abus d’un côté, la soumission inconditionnelle de l’autre.
(1) S’il y a des juristes parmi les lecteurs de ce billet, j’aimerais avoir leur sentiment.
Commentaires
Pas d'accord
Je ne comprends pas votre acharnement contre les devoirs. Moi, j'en ai eu beaucoup quand j'étais à l'école, au collège, au lycée, et c'est grâce à eux que j'ai pu suivre une bonne scolarité. Je suis ravie que mes enfants en aient. Cela leur apprend aussi la vie.
C'est votre affaire
Chère Marie-Hélène vous avez parfaitement le droit d'avoir vos opinions, vos convictions en ce qui concerne ce qu'il faut pour vos enfants. Mais c'est votre affaire et cela relève de votre propre responsabilité. Si, ni l'école, ni le collège ne chargeaient les enfants après l'école, vous auriez parfaitement la possibilité de demander aux profs de donner des devoirs à VOS enfants, ce que beaucoup feraient avec plaisir. On peut même imaginer qu'un gropupe de parents en fasse la demande et rien ne s'oppose à ce qu'ils soient satisfaits (pour la stisfaction des enfants, c'est autre chiose !. Mais je ne vois au nom de quoi il faudrait imposer à tous des convictions qui ne sont que des convictions.
Je me permets de remarquer que lorsque l'école ou le collège, imposent des travaux suppléùmentaires à effectuer hors des horaires scolaires dans la sphère familiale, c'est une sacrée preuve d'échec de ladite école incapable d'accomplir sa mission en prenant déjà l'essentiel du temps des enfants !
La maladie française des devoirs à la maison est la plus belle preuve (si "belle",est vraiment pertinent)de son inefficience, voire de son incompétence.
BRAVO !!!!
BRAVO
bravo pour ce billet qui remet vraiment les choses en place, pour ceux et celles qui veulent bien les lire, même entre les lignes !!!
Effarée
En début d'année, effarée par la somme de devoirs demandée à ma fille aînée, pourtant excellente élève de CE1 (j'imagine alors le temps passé par les autres élèves !), je me suis permise de poser la question de l'utilité et du volume des devoirs à la réunion de rentrée. Résultat : une enseignante complètement déstabilisée qui avait souffert pis que pendre l'année précédente car... les parents trouvaient qu'elle ne donnait pas assez de devoirs !
En la revoyant quelques semaines plus tard en tête-à-tête, elle admet "qu'au début" elle considérait aussi les devoirs inutiles mais que sous la pression des parents elle est obligée d'en donner un minimum. Et très étonnée que ce soit la mère d'une "bonne élève" (oui mais récupérée à 18h30 après la garderie) qui jette le pavé dans la mare.
Et je lutte aussi contre la mairie et les DPE qui veulent instaurer les devoirs surveillés à la garderie, qui certes "résoudraient" mon problème à courte vue, mais qui installent aussi les devoirs comme une institution. Ce qu'ils sont déjà en fait, aucun PE de ma connaissance ne sait que les devoirs écrits sont proscrits en primaire, et la grand emajorité trouve cette directive complètement idiote. Je suis donc très pessimiste et j'ai vraiment l'impression de me battre contre le meonde entier...
Je comprends "duchesse"...
Ici peu de devoirs/leçons, toujours des choses faites à l'école à revoir, jamais "à découvrir", et des instits qui précisent bien que si cela excède 10mn il faut les prévenir car cela signe des difficultés sur les points étudiés. Donc les devoirs peuvent être une source de feedback pour l'enseignant. Je trouve aussi que le fait d'en avoir "un peu", permet aux parents d'ouvrir un pont entre l'école, les enfants et eux... ce pont ne me semble/semblait pas nécessaire avec mon grand, en CE2 aujourd'hui, mais mon Deuz est en CP et l'intérêt que nous prenons pour son "travail" le rassure énormément.
Par contre le côté "pas de cartable", d'un point de vue de maman je serai frustrée, car pour un enfant qui ne parle pas beaucoup,les cahiers ramenés servent de support d'expression pour nous raconter l'école.... ;-) (là encore, différent pour mon grand qui nous raconte tout par le menu, même sans support, jusqu'à la vie perso des enseignants.. la pipelette/concierge...)
" creusent un peu plus les inégalités"
Lu sur votre précédent billet sur les devoirs...
Oh que oui !!
Entre ceux qui ne peuvent pas suivre les devoirs par manque de temps ou de disponibilité, et ceux qui n'en ont pas forcément les moyens "techniques" au plan des connaissances, ce sont finalement souvent les enfants qui en auraient le moins besoin qui sont les plus accompagnés...
Oh que oui ! D'accord dans l'ensemble ! (après on peu pinailler sur des détails, le pas de cartables : mais on met où les jeux pour la récré alors ? :D ; blague à part, j'aime lire le cahier de vie de ma grande, même si elle raconte déjà beaucoup )
Oui évidemment ça creuse les inégalités.
Ce n'est pas un juriste mais un philosophe spécialisé dans le droit, peut-être le connaissezvous déjà, mais Bernard Defrance aussi rappelle que les devoirs sont "illégaux".
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J'ai eu l'ocassion de l'entendre en conférence il y a quelques mois et je l'ai trouvé passionnant. (il utilise le droit en faveur des élèves et des plus défavorisés).
Bravo aussi pour votre vision sur la parentalité dont on ne se sert souvent à l'école que pour dire que si ça ne va pas c'est qu'il y a un problème à la maison (mauvaise expérience d'entrée à l'école de ma grande, aujourd'hui en école pédagogie freinet tout va beaucoup mieux)
Continuez à nous faire partager votre vision des choses, vous savez mettre en mots ce que nous pensons mais ne savons exprimer si clairement.
les devoirs ça rapporte !
Desormais quand on me parle de devoirs je dis simplement que les enseignants en donnent parce qu'ils font des études rémunérées (ou qu'ils seront amenés à en faire !) A Paris, Acadomia est un employeur notable de prof en mal de consommation!
Quand on donne des devoirs on privilégie une partie de sa classe et son interêt propre! Ce n'est pas pour rien que Xavier Darcos a baptisé l'aide personnalisé "Acadomia pour tous" !
J'ai arrêté le boycott de l'aide personnalisée pour cette raison: la position des enseignants est particulierement ambivalente sur ce point comme sur les Rased !
Je suis enseignante en collège (prof de français)et j'ai moi aussi pris la décision d'arrêter de donner des devoirs. Les élèves doivent seulement lire et réviser quelques leçons bien travaillées en classe. cette année, je l'ai annoncé dès la réunion de rentrée aux parents. Aucun retours négatifs, beaucoup de parents soulagés! Quand je rentre le soir après ma journée au collège, je n'ai absolument pas envie de me mettre au travail pour le collège alors je me vois mal imposer ces doubles journées à des jeunes ados. Mais par contre je demande aux élèves d'être très actifs en classe. Et ça me paraît logique de tenter au maximum de ne pas leur faire perdre du temps!
D'autre part je trouve ça parfaitement injuste de favoriser les élèves qui peuvent être accompagnés dans leurs apprentissages et de punir et sanctionner ceux qui n'auraient pas une famille disponible pour les devoirs du soir.
Quand je vois certains élèves finir à 18h, ça me fait déjà vraiment mal au coeur...
Quelle plaie....
D'accord avec mon collegue qui a ecrit l'article. Quand on sait que les devoirs a la maison donnent bonne conscience a certains parents et a certains professeurs. J'ajouterai qu'ils sont nocifs pour des raisons peu souvent mises en avant : K, 10ans depuis qques jours, est en 6eme. Son bulletin vient d'arriver : moyenne des devoirs a la maison 4,50 ;il a la moyenne generale la plus basse de sa classe 10,58; moyenne des devoirs en classe 16,65. Pour rentrer ds le moule, il se met desormais a faire ses devoirs. Resultat : gros coup de fatigue, fievre etc. Et surtout abandon de ses explo personnelles sur le web ou il faisait pour le plaisir le programme de 5eme, voire 4eme. Je suis ecoeure.
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