Et voilà, parution d’une nouvelle étude PISA, et la dégringolade française se poursuit ! L’étonnant, c’est que l’on soit étonné ! S’il est un système éducatif qui n’a strictement pas évolué dans sa conception depuis son instauration sous Jules Ferry, c’est bien le nôtre. Les chantres de SOS éducation et de tous autres poils ont beau s’égosiller sur la mainmise des pédagogues, il ne peut échapper à personne s’assoyant au fond d’une classe qu’il s’y retrouve comme lorsqu’il y a été enfant ou ado.

Pour moi qui ai soixante-dix ans, c’est même quelque peu terrifiant. Bien sûr les livres ont un peu plus de couleurs, des fiches ont remplacé le bled, des « évaluations » ont remplacé les compositions mensuels, on ne met plus les enfants à genoux au coin, on va même mettre les manuels dans des PC portables, on utilise même des tableaux numériques à la place de la bonne vieille craie… et alors ? On hurle sur des réformes qui ont peut-être été écrites mais qui n’ont jamais été mise réellement en application (par exemple celle des cycles) et qui ont été détricotées à peine concoctées. On a changé des « programmes » au gré des changements de ministres, abandonné les précédents avant même qu’ils soient mis en route (2000, 2002….). In fine, il n’y a jamais eu de réelle transformation du système éducatif, de sa conception.

Il est vrai qu’une transformation d’un système datant de l’époque du taylorisme aurait modifié complètement les positions, les fonctions des uns et des autres. On a voulu y apporter quelques ingrédients nouveaux (années 70, 80) sans changer la machine dans laquelle on a essayé de les injecter (voir article récent ici) (essayez de mettre du gasoil dans un moteur à essence !), sans changer la conception de l’acte éducatif. La seule transformation conceptuelle a été la courte tentative appelée « des maths modernes » qui n’a pas été comprise et par les acteurs, et peut-être même par les concepteurs eux-mêmes (voir dernière chronique audio ici). Il ne vient toujours pas à l’idée que c’est la conception même des apprentissages qui est erronée. Depuis le début de l’instauration de notre système éducatif elle n’a pas changé, en dehors des quelques îlots qui fonctionnent depuis un siècle sur une autre approche pédagogique (mouvement Freinet, pédagogies actives, pédagogies coopératives…) et dont on refuse obstinément de considérer les effets, même quand ils sont démontrés officiellement (étude de l’école Freinet de Mons en Bareuil par l’équipe pluridisciplinaire de l’université de Lille sous la direction de Yves Reuter)

Il faut dire que ces enquêtes PISA sont cruelles : elles ne s’attardent pas sur une décrépitude de l’orthographe qui alimente nos polémiques dites éducatives, mais sur la capacité d’écrire (produire de l’écrit et du sens, traduire du sens), elles ne s’attardent pas sur la récitation des tables de multiplication mais sur les capacités mathématiques d’interpréter des situations. Elles ne peuvent donc qu’être critiquables pour nous français. Quoique, à force de chute régulière dans un classement qui chatouille l’orgueil national, elles commencent par être embarrassantes.

Il est évident et démontré que le système éducatif français est très fort pout la petite minorité… qui n’a pas besoin de lui ! D’ailleurs, sans cette minorité ses résultats se situeraient tout en bas de l’échelle (ce n’est que de la statistique, la même qui fait calculer des salaires moyens ou médians en intégrant la petite minorité de très hauts salaires !).

Alors ? Alors on va entendre pendant quelque temps de doctes experts, experts en tout, se répandre sur les ondes en savantes démonstrations, on va ré-entendre les sempiternels « qu’autrefois… » (Il n’y avait pas d’enquêtes PISA autrefois ! et réussite ou pas, les destins étaient tracés : aux champs, à l’usine, dans la boutique des parents)… on va repasser à la semaine de cinq jours, rajouter quelques couches de soutien, essayer de rafistoler la même machine scolaire avec quelques boulons supplémentaires… et attendre la prochaine enquête !