Et allez, les serpents de mer ont la vie dure, revoilà la semaine de 4 jours, comme par hasard dans la foulée de PISA ! J’ai l’impression de radoter sur ce blog ! C’est plus intéressant d’aller discuter au bistrot du coin que d’écouter les sempiternels experts des médias.

Ah ! Braves gens, les journées des enfants sont chargées. A moins d’être borné, on a tous compris, on est tous d’accord. Alors, qu’est-ce qu’on propose ? On ne change rien à leur longueur, à ce qui s’y passe, à ce qu’on y fait et surtout à ce qu’on ne peut pas y faire,… et on en rajoute une couche, une demi-journée de plus… pour faire la même chose ! Les enfants sont en difficulté dans la longueur de cette journée et de par ce qu’on leur y fait faire ? Et allez ! On leur rajoute une couche de soutien scolaire ! Ils n’en font pas encore assez pendant ces journées ? Et allez ! On leur rajoute une heure ou deux de devoirs à faire à la maison en plus ! Mais on s’égosille : les enfants sont fatigués ! Il ne vient même pas à l’idée, qu’en plus, ils en ont marre de ce qu’ils font comme des robots ! Cela, c'est ce qui fatigue n'importe qui, surtout quand c'est à dose continue pendant une quinzaine d'années. L'ennui.

La journée scolaire est trop longue. Tout le monde ou presque est aussi d’accord mais il faut bien caser le programme, le fameux programme, quelque part ! Si on raccourcit la journée, il faut donc en augmenter la densité ! Ou augmenter le nombre de journées, diminuer les vacances ! Cqfd ! Dans les faits, tout le monde a pu constater que cela ne modifiait pas grand-chose dans la densité des journées et dans ce que l’on y faisait faire. On augmente simplement encore le temps scolaire que par ailleurs on voudrait diminuer ! Le problème est traité de la même façon que dans l’industrie lorsqu’une machine n’arrive plus à produire une quantité d’objets commandés. La fait-on tourner jour et nuit, mais elle risque de trop chauffer. Diminue-t-on ce qu’on lui demande de produire (des programmes !) mais on craint alors que les objets ne soient pas vendables. La laisse-t-on se reposer de temps en temps mais alors on perd le temps où il faut qu’elle se chauffe à nouveau (ce qui a été dit à propos des coupures du mercredi, du WE et des vacances !).

Et puis, si on raccourcit la journée d’école, qu’est-ce qu’on fait alors des mômes ? Nous sommes dans une société qui ne fonctionne que pour alimenter une autre machine appelée économie et son PIB. Parce que le problème soulevé par le rythme des enfants c’est aussi celui d’une grande majorité de la population condamnée à travailler plus pour gagner moins… ou condamnée à chercher du travail pour gagner un minimum. Le temps des enfants ne peut même plus s’insérer dans le temps des parents… qui n’en ont plus. La fatigue des uns se rajoute à la fatigue des autres. Il n’y a plus de rythme pour personne.

En supprimant les « 35 heures » qui ont parait-il mis à bas l’économie on a, parait-il aussi, sauvé la dite économie et amélioré le pouvoir d’achat comme chacun a pu le constater. Ces « 35 heures » n’étaient certes faites que pour un pays de fainéants (il se disait la même chose lors de la réduction de la journée à 8 heures, lors de l’instauration des congés payés…). Il n’empêche que bon nombre de ces fainéants pouvait consacrer un peu de temps à s’occuper de ses enfants, et même d’en profiter.

L’accueil périscolaire, cela coûte ! Et puis quand cet accueil est fait dans les mêmes locaux scolaires, souvent pour y prolonger encore l’école dans des « aides aux devoirs », dans les mêmes relations, on peut dire que ce n’est que du temps scolaire dissimulé. Ce n’est pas ce que j’appelle du temps d’enfant, c’est encore du temps d’élève. Il est symptomatique que lorsque des associations comme Intermèdes de Longjumeau que j’ai souvent citée, conçoivent autrement le temps et l’espace mis à disposition des enfants (et des adultes) pour une autre façon de vivre, elles ne soient pas aidées, voire étranglées par ceux-là même qui prétendent résoudre les problèmes résultant de l’organisation sociale (encore l’exemple de Longjumeau).

J’ai interloqué il y a quelques années un journaliste qui voulait me faire dire des choses intelligentes à propos de la même question récurrente, en lui disant que dans la conception du système éducatif tel qu’il est, moins il y a d’école, mieux cela vaut pour les enfants ! Il a pris cela pour de la provocation, cela n’en était pas tout à fait. Ce d’autant que par ailleurs je préconisais l’école permanente !

Dans la conception actuelle de l’école, il n’y a pas de solution aux problèmes des rythmes scolaires, de l’évaluation, des notes, du redoublement, des enfants dits en difficulté, de l’échec scolaire (échec de l’école !), du collège unique…

Tant que l’on ne se sera pas posé cette question de la conception de l’école comme de ses finalités, de la conception de la construction des apprentissages que j’appelle construction des langages, pendant des décennies comme dans les décennies précédentes, chaque année les mêmes débats reviendront sur le tapis… sans solution.

Le fait que ces problèmes reviennent de façon récurrente dans l’actualité devrait au moins avoir l’intérêt de démontrer qu’ils ne sont pas là où on veut les résoudre (puisque quoi que l’on fasse ils ressurgissent) mais bien en amont, dans l’école elle-même.

Il est vrai que cela pose aussi le problème de l’organisation de notre société. Mais elle aussi va de mal en pis !