Questions aux partis politiques et aux candidats à l’élection présidentielle à propos du système éducatif. 

Il semblerait qu’il soit du rôle des partis politiques, comme de tout candidat à une élection majeure, d’afficher quelles sont leurs conceptions quant à l’organisation de la société vers laquelle ils voudraient nous conduire s’ils accédaient au pouvoir. De cette conception découleraient les programmes qu’ils proposent. Nous, citoyens électeurs, pourrions faire un choix en connaissance de cause. 

Dans le domaine de, l’éducation, qui comme les autres interpelle aujourd’hui l’ensemble de la Nation, partis et candidats ne nous font entendre que de grandes déclarations et quelques mesures impossibles à situer dans une quelconque perspective. 

Pour une démocratie saine, nous demandons à chacun de rendre publique bien avant les élections sa conception du système éducatif. 

Nous, praticiens de l’école, parents, citoyens, au regard de notre expérience de ce système éducatif ainsi que de celle des innovateurs qui nous ont précédés depuis plus d’un siècle, vous posons les quelques questions suivantes : 

 Pensez-vous que la crise du système éducatif est une crise de son modèle ?

 - Quelles sont les finalités que vous attribuez au système éducatif actuel (une école : pour quoi faire ?). Quelles devraient être ses missions ?

- L’école doit-elle être un creuset qui permette avant tout aux enfants de se construire avec toutes leurs potentialités, tout en acquérant de nouvelles possibilités et compétences, et se réaliser ainsi comme citoyens responsables et créateurs, ou doit-elle être organisée pour les préparer à une insertion dans l’activité professionnelle et à une intégration dans la vie économique ?

- Quelle est votre conception du citoyen ?

 - Pouvez-vous réfuter que le système éducatif est conçu depuis son origine pour obéir à une logique industrielle, essentiellement tayloriste ? Pouvez-vous réfuter que dans cette chaîne scolaire, aucun des problèmes qui ont été soulevés ces dernières années ne peuvent trouver de solution et s’accentuent, de par la nature même du système (échecs scolaires, redoublements, rythmes scolaires, stress, anxiété de performances, évaluations, violences, culs de sac sociaux, autorité…) ?

- Expliqueriez-vous autrement que par le manque de moyens ou de volonté politique que les différents gouvernements et Ministères de l’Education Nationale n’aient pu, su ou voulu résoudre les problèmes majeurs de l’école ? Pourquoi ont-ils été incapables, et restent-ils incapables, de trouver des solutions adaptées aux difficultés des écoliers, des collégiens, des lycéens, des étudiants… et des enseignants, et d’apporter ainsi des réponses pertinentes et intelligentes aux réalités inquiétantes qui minent l’école, la société et l’avenir de la nation ?

- Pouvez-vous concevoir et proposer un système éducatif fondé sur d’autres principes que ceux du système actuel ? En particulier fondé sur l’enfant sujet et acteur et non sur les matières à transmettre à un élève (enfant objet)) ?

- Pouvez vous concevoir un système éducatif dont la logique ne soit plus « simplement » l’instruction, c’est-à-dire la transmission de savoirs et connaissances arbitrairement catalogués et encadrés par des programmes, faussement contrôlés par des évaluations biaisées ?

- Pouvez-vous former l’idée que l’école soit d’abord un lieu conçu pour faciliter, activer, optimiser,… l’ensemble des constructions et équilibres des enfants dans leurs différentes dimensions (relations affectives, interactions sociales, modes d’expression et de communication, socialisation, processus cognitifs, ressources intellectuelles, imaginaire, créativité…).

- Pouvez-vous concevoir un système éducatif dont les différents découpages ne seraient plus organisés par rapport à des niveaux supposés identiques, à des tranches d'âge, à un découpage de matières ?Un système éducatif qui ne soit plus une chaîne tayloriste industrielle ? »

- Pouvez-vous concevoir un système éducatif qui ne soit pas axé sur l’obtention d’un diplôme final dont la valeur relative n’assure plus ni une culture humaniste ni un quelconque avenir professionnel ?

- Pouvez-vous concevoir un système éducatif sans évaluation de type « tests » ou « contrôles » imposés à chaque enfant et adolescent aux mêmes échéances annuelles et de façon ponctuelle, contredisant le souci affiché de « personnalisation » des apprentissages ?

- Quels critères retiendriez-vous pour évaluer l’efficience d’un système éducatif ?

- Pouvez-vous réfuter que la concentration scolaire, semblable aux concentrations industrielles ou urbaines, aboutit à des entassements scolaires dans des établissements dont la conception, les dimensions et les aménagements ne sont pas à la mesure des enfants ou adolescents qui doivent y vivre toute la journée et d’un jour à l’autre. Pouvez-vous admettre que ces conditions de vie « concentrationnaires » ne peuvent faciliter ou favoriser les constructions psychologiques, sociales et cognitives des jeunes, surtout quand ils sont en difficulté. Pouvez-vous admettre qu’elles constituent un terreau « d’asocialisation », de « désocialisation », de marginalisation sociale et de violence ?

- Alors que les enfants, les pré-adolescents et les adolescents vivent la plus grande partie de leur temps au sein de l’école, du collège ou du lycée, pouvez-vous accepter que les établissements scolaires soient des systèmes qui, objectivement, déstabilisent, dévalorisent, déstructurent, rejettent, mettent en marge de la société… Pouvez-vous accepter qu’ils ne soient pas délibérément conçus, au contraire, comme des lieux de vie où les jeunes prennent ou reprennent confiance en soi et dans autrui, développent l’estime, construisent leur autonomie de futur adulte dans l’agir parmi et avec les autres ?

- Pouvez-vous envisager que la plupart des structures scolaires actuelles doivent être scindées, voire reconstruites, en unités plus petites qui donnent réellement une chance de réussite à tous ? Des structures à la taille de ceux qui doivent y vivre et de leurs capacités de relations sociales.

- Pouvez-vous admettre qu’il est urgent de changer l’école, sa conception, sa structure, ses locaux afin de faire face aux défis de tous ordres que nous propose ou impose le monde, et gagner ainsi la bataille de l’avenir de la nation ? Pouvez-vous concevoir que l’enjeu est tel qu’il nécessiterait et justifierait un effort national à la mesure des moyens qui sont mis en jeu quand il s’agit de reconstruction après un cataclysme ou une guerre ?

- Est-il acceptable que l’école soit actuellement un Etat dans l’Etat, dépouillant les parents de tout pouvoir, de tout droit de regard, de tout droit de critique, de tout droit d’implication, tout en les laissant entièrement responsables de leur(s) enfant(s) aux plans moral et juridique ? Est-il acceptable que les collectivités territoriales et leurs acteurs soient privés de tout pouvoir quant à l’orientation des moyens qu’elles doivent cependant fournir ?

- S’agissant de l’école, pouvez-vous concevoir d’autres rapports entre les parents, les éducateurs, les enseignants, les autres citoyens, les collectivités territoriales et l’Etat ?

- Pouvez-vous concevoir que les territoires de proximité avec leurs différentes composantes sont capables d’assurer démocratiquement le fonctionnement de l’école selon les finalités globales que la Nation a définies ? Pouvez-vous concevoir que chaque territoire s’approprie son école dont dépend non seulement l’avenir de ses enfants mais son propre avenir ?

- Pouvez-vous concevoir que le devoir de l’Etat est de fournir à l’ensemble du système éducatif des professionnels dont la formation ne soit pas prisonnière de la didactique, mais leur permette de mieux appréhender le développement psychologique, physiologique, cognitif et social des êtres humains, de la petite enfance aux âges adultes, comme cela est demandé aux médecins dans le système de santé ?

- Pouvez-vous concevoir que les professionnels du système éducatif à tous les niveaux aient à assumer leur action d’abord vis à vis de ceux pour lesquels ils agissent, enfants, adolescents, parents, collectivités ?

 - Dans quels rapports Etat/enseignants/parents/enfants-adolescents/collectivités concevriez-vous l’autonomie des établissements ?

 

 - Pouvez-vous concevoir que c'est aussi le milieu hors de leur famille et dans lequel vivent les enfants qui est aussi éducatif ? Pensez-vous que celui que notre société offre aux enfants aujourd'hui le soit ? Dans la négative, comment envisageriez-vous son évolution sans se restreindre aux seules conditions économiques (urbanisme, accessibilité de la proximité, tissu et vie socioculturels, vie citoyenne, médias…) ?

 

 - Pouvez-vous envisager que la conception et les finalités générales d’un système éducatif puissent faire l’objet d’un vrai débat national ?

 

 - Avez-vous connaissance des nombreuses expériences différentes et alternatives qui se sont développées depuis plus d’un siècle ? Etes-vous prêts à prendre en considération ces expériences ainsi que les avancées scientifiques des dernières décennies ?

 

  - Pensez-vous que l’on puisse faire l’impasse de ces questions ? Si vous avez une conception du système éducatif déjà élaborée et autre qu’un aménagement de ce qui existe, quelle est-elle et comment envisagez-vous la transition (programme) ?

 

 Nous attendons de pouvoir connaître quelle est votre conception d'un système éducatif, et pour en débattre, et pour éventuellement vous soutenir, et pour nous positionner quant aux futures élections.

 Nous ne doutons pas que conscients du rôle qui incombe à ceux qui aspirent à ce que les citoyens leur confèrent un pouvoir, vous nous ferez savoir ce que vous avez l’intention de faire de ce pouvoir.