Rentrée au collège. Petite réunion des nouveaux parents rassemblés sagement dans la salle du self par le principal. Discipline, fondamentaux, préparer le bac, blablabla. Tout à coup, sirène stridente qui perce tous les tympans. Attaque aérienne ? Alerte à la bombe ? Tsunami ? Faut-il évacuer, se cacher sous les tables ? Non, « récréation » rassure le principal. La CPE qui avait interrompu naturellement sa phrase dès les premiers décibels reprend imperturbablement là où elle en était dès la fin de l’alerte à la récréation. Ce qui dénote d’une certaine habitude. Perturbé, je n’ai pas pu faire l’effort de rafistoler les deux bouts de phrase, mais était-ce si important ? Dix minutes plus tard, nouvelle alerte stridente : fin de récréation !

Je songeais que simultanément, dans tous les collèges de France, aux mêmes heures, toutes les oreilles des collégiens et leurs neurones étaient vrillés par la même décharge de décibels dont la fréquence hertzienne mériterait d’être mesurée. Les décharges électriques qui font déplacer un immense troupeau.

Une loi interdit de faire tourner sa tondeuse à certaines heures. L’isolation sonore fait partie des cahiers des charges des constructions. Les études sur la nocivité du bruit foisonnent. Pas de bavardages en classe qui gênent le prof. Polémiques sur l’éventuelle dangerosité des ondes des portables. Sonneries des téléphones étudiées pour être agréables… Mais l’agression quotidienne d’une bonne douzaine de coups de sirène hurlante subie par tous les enfants (et les profs !) n’interroge personne.

Pas besoin d’être chercheur pour concevoir les décharges d’adrénaline, le stress, les chocs, les troubles, la tension et la fatigue nerveuse engendrés par cette agression non seulement sonore mais probablement volontairement psychologique. Les sirènes des bombardements devaient bien marquer l’état d’insécurité qu’il ne fallait pas oublier.

Mais, dans le même temps, on serine que le collège et ses collégiens doivent être tranquilles, de gré ou de force. Pour bien apprendre. Et pour permettre aux établissements de fonctionner dans leur ordre immuable.

 Vous me direz que ce n’est qu’un détail au regard de tous les problèmes qui accablent l’école. Et bien justement : si toute une corporation d’enseignants, si tous les parents, si toutes les collectivités locales, si tous les architectes, si tout une société n’est même pas capable de percevoir l’importance et la nuisance d’un détail… qui s’entend dans toutes les oreilles, on peut douter alors de leur capacité sans cesse déclarée à améliorer un système éducatif. On peut s’interroger sur la considération qu’ils ont des enfants et adolescents dont ils ont la charge. On devrait les condamner à avoir les mêmes sirènes dans leurs réveils matins ou leurs portables.

 Et je ne vais même pas jusqu’à poser la question de la nécessité d’un signal qui fasse mettre en rang, lever, rentrer, asseoir tout le monde en même temps, dans les mêmes mouvements. Rien que se la poser est subversif ! Le chien de Pavlov avait au moins à manger ! Les auteurs de science fiction vont avoir bien du mal à faire de la fiction !