« Tu ne prends pas ta montre au collège ? – La prof principale m’a dit que le bip-bip allait contrarier certains profs ! »

Montre achetée en grande surface avec les cahiers et autres feuilles perforées de tous formats de l’impressionnante liste de fournitures impérativement… obligatoires. Le petit plus qui me semblait marquer le passage dans un autre monde et bien utile pour naviguer dans un découpage arithmétique du temps… et savoir le temps insipide qu’il reste à subir.

Mais, horreur, elle se permet de faire un très léger « bip-bip » qui marque les heures. Pas de chance, le bip-bip n’est pas synchronisé avec la sirène dont je vous ai parlé hier. Et les profs doivent avoir l’oreille très très fine et sélective pour être heurtée par cet imperceptible signal horaire et hermétique aux hurlements des sirènes officielles.

Encore un détail et faut-il que je sois pervers pour m’attacher à ce genre d’insignifiances et faire des hypothèses sur son sens ! Pourquoi un très léger bip-bip horaire, audible seulement pour le porteur du bracelet montre et à la limite seulement par son voisin s’il ne règne pas un silence pesant, serait hautement perturbateur ?

-      Il doit bien régner un silence pesant pendant les cours et ce silence est la condition d’une bonne transmission des savoirs. Rien ne doit troubler le vol de la parole de Dieu… pardon, du maître. « Vos enfants en prennent pour 7 ans » nous disait hier le principal avec ce qu’il pensait être de l’humour. Multipliez 6 heures de cours, par les environ 150 jours de classe, par les 7 années, et vous aurez le temps de vie où les enfants devront contrôler tout bruit qu’ils produiraient !

-      Au collège, seule la sirène a le droit de régler votre rythme, y compris votre rythme cardiaque. Qu’un bip-bip indépendant vous indique que la fin approche ou qu’elle est dépassée, ce serait alors contrarier le conditionnement pavlovien absolument nécessaire pour que la machine fonctionne et que règne l’ordre.

-      Si un enfant passe son temps à consulter sa montre en attendant le bip-bip libérateur, il n’est plus alors dans le temps du prof mais dans le sien. On dira qu’il se déconcentre… à moins que ce soit qu’il se décentre. Depuis quelques temps, on sait que l’enfant n’est plus officiellement le centre du système éducatif.

Bien sûr, ces hypothèses sont totalement farfelues, abracadabrantes, grotesques. Je vous l’accorde. Amis profs, ne grimpez pas aux rideaux. Je sais bien que vous êtes pour la plupart sympathiques (mon fiston me le dit), attentifs, dévoués, et que rien de ce que j’éructe n’a de fondements. Des détails auxquels seul un individu retors et vicieux peut s’attacher. Et en plus en tirer des théories fumeuses.

Mais la vie d’un enfant ou d’un adolescent étant faite de détails qui pour eux sont l’important, un système étant plus perceptible par les détails qu’il engendre… et que l’on ne voit plus parce que l’on devient le système (hétéronomie), je me propose de vous ennuyer par ces détails… que vous ne lirez que si vous êtes masochistes.

Au fait, ce matin mon garçon a quand même emporté sa montre… dans son cartable (il ne l’a quand même pas emmaillotée dans un chiffon). Il prend le bon chemin !