Dans la nouvelle surenchère évaluative soi disant préventive des 5 ans, ce qui est terrifiant, encore plus que le tri, le fichage, c’est la méconnaissance absolue des processus de construction des apprentissages, des personnes. Je n’hésite pas à dire le crétinisme absolu des attendus, des justifications. Ce qui est terrifiant, c’est que ceux qui promulguent cela y croient, comme les moines de l’Inquisition croyaient à leur œuvre purificatrice. Ce qui est terrifiant, c’est qu’il y a toujours des « experts » à sortir du chapeau, toutes les folies de notre histoire ayant toujours eu leurs « experts » pour les cautionner.

Ce qui est inquiétant, c’est que la levée de boucliers n’ait pas visé en premier lieu l’absurdité des arguments justificateurs, non seulement leurs fondements inexistants mais aussi leurs conséquences dans la rupture du déroulement des processus naturels de la construction des personnes. Que des personnages « intelligents » puissent penser qu’ils vont conduire, maîtriser, prévoir, contrôler, lisser, l’évolution d’une masse d’enfants (un troupeau), leur choisir « un bon chemin » menant à tout coup aux « bons élèves », fait lever des doutes sur leur intelligence. Je sais bien que je vais faire hurler, mais c’est un comportement soi disant rationnel semblable à ceux qui ont conduit aux génocides. Là, il s’agit d’un génocide intellectuel.

Que des personnes comme moi dénoncent cela n’est pas crédible. C’est toute la communauté scientifique qui seule peut le faire, doit le faire. Si au début du siècle dernier les avancées dans les sciences de l’homme, dans les sciences du vivant, dans les sciences cognitives, psychologiques… étaient encore insuffisantes, aujourd’hui il n’en est plus de même. Il va bien falloir que les scientifiques sortent de leurs cercles restreints pour faire connaître à l’opinion publique que l’on sait que la terre n’est plus plate, que le soleil ne tourne plus autour d’elle, que les microbes existent et ne sont pas tous nos ennemis… Il faudra bien qu’ils disent que nous ne sommes plus au Moyen Age dans notre connaissance de l’homme.

Cette nouvelle absurdité a au moins un mérite : elle met au jour la nature et la conception d’un système éducatif que personne ou presque ne remet en cause. Elle met au jour que ce système n’a plus de finalité claire en dehors de l’obtention de « résultats » qui n’ont eux-mêmes plus aucun sens.

La science-fiction imaginant une société de robots est déjà dépassée par la réalité, cette fois une triste réalité.