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Apprendre à écrire et à lire, c’est évidemment la grande affaire de l’école.

Depuis que l’école existe, les polémiques, les bagarres sur les méthodes n’ont jamais cessé d’exister. Et la bonne méthode n’a jamais été trouvée.

Quand on connaît la complexité du langage écrit et la complexité des processus pour le construire, on ne devrait pas s’en étonner et comprendre que trouver LA bonne méthode est impossible.

Dans une école du 3ème type, nous prenons le problème autrement. Qu’est-ce qui fait que l’enfant a appris à parler ? Le simple fait qu’il se retrouve à sa naissance dans un environnement où l’on parle, où on lui parle.

Il se trouve que dans la famille, on utilise moins le langage écrit, tout au moins c’est moins visible, c’est moins constant. Si l’on veut que l’enfant se construise ce langage, il suffit donc qu’il se retrouve dans un environnement où l’écrit est utilisé en permanence pour de bon, pour faire vivre le lieu où l’enfant va vivre une partie de son temps. Comme dirait Alain BERTHOZ, c’est simplexe ! C’est simple parce que cela va permettre ce qui est complexe.

Qu’est-ce que trouvaient mes petits lorsqu’ils rentraient dans ma classe unique ? D’autres enfants qui écrivaient, qui lisaient, qui mathématisaient, qui scientifisaient… pour de bon et pour mille raisons, pour réaliser leurs propres projets, pour échanger, pour s’amuser. Les petits pénétraient dans un lieu que l’écrit faisait vivre, comme à leur naissance ils débarquaient dans un espace que le langage oral faisait vivre.

Ce qui nous amène à une première évidence, l’école où l’enfant va passer une partie de sa vie d’enfant est nécessairement multi-âge.

Imaginez-vous entrant dans ma classe unique. Vous pourriez y trouver Pierre, huit ou neuf ans, en train de bouquiner et s’esclaffant ! Le facteur apportant une lettre à Jean, celui-ci s’empressant de la lire, Chantal lui demandant de quoi il s’agit. Paul, l’œil rivé au microscope, prenant des notes sur un classeur, Mélanie devant un ordinateur rédigeant un article pour le journal, Véronique, devant le tableau des textes affichés interpelant Isabelle pour lui demander comment était arrivé ce qu’elle racontait, Olivier et Sébastien, devant le tableau, corrigeant le compte-rendu d’un exposé que l’un devait présenter dans la matinée, Ludovic et Philippe plongés dans des mots croisés, le dictionnaire à portée de la main… Les petits, qui ne savent pas lire, découvrent le monde de l’écrit, un monde vivant.

Nous avons vu que les langages créent des mondes. Lorsqu’on les perçoit, on est incité à les conquérir. C’était la même chose pour la marche, pour le langage oral.

Tous les langages, au fur et à mesure qu’ils se complexifient, permettent d’étendre les cercles où chacun peut évoluer. C’est très visible pour le langage de la motricité ! C’est aussi très visible pour le langage oral. C’est la même chose pour le langage écrit. Le cercle va s’étendre jusqu’au monde que l’on ne voit pas, jusqu’aux personnes qui ne sont pas là. Jusqu’à un passé que d’autres ont tracé, jusqu’au monde des idées et des pensées des autres… il vous donne accès à la planète. Il vous donne une puissance nouvelle.

Mais cela est bien plus facile quand vous les côtoyez ces mondes, quand ils sont présents autour de vous. Alors ils vont vous intriguer, ils vont vous happer, ils vont vous donner l’envie d’aller les voir, l’envie de les conquérir pour y participer.

Dans un espace multi-âge, il n’y a pas besoin de donner l’envie d’écrire et de lire. Ce sont les autres qui écrivent, qui lisent et qui en vivent et qui en jouissent qui donnent l’envie. Le désir d’apprendre y devient naturel. Ne serait-ce que pour prendre part à son tour à cette vie.

Et cela devient simplement un jeu. Comme les « are-are », les gazouillis et les éclats de rire dans le berceau, comme les essais sur la moquette ou dans le parc. Les processus d’apprentissage et le long tâtonnement sont exactement les mêmes. Le plaisir des réussites au bout d’un certain nombre de recommencements est exactement le même. Comme sont également identiques les encouragements, l’aide de l’entourage qui lui sait marcher, sait parler et dans notre cas sait écrire et lire plus ou moins bien.

Une école du 3ème type est simplement un espace et un temps où des personnes utilisent l’écrit et vivent plus intensément de l’écrit que dans la famille.

Mettre ensemble quotidiennement une vingtaine d’enfants de 6 ans, avec comme objectif de leur apprendre à lire et à écrire, sans qu’ils ne sachent ni ne voient ce que l’on peut bien faire de l’écrit, c’est un peu comme si on leur apprenait la brasse à plat ventre sur un tabouret… au milieu du désert. Nous reviendrons sur ce qui se passe concrètement dans une école du 3ème type dans la conquête de l’écrit.

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