C’est le titre de tous les journaux, l’annonce triomphale de toutes les télés, de toutes les radios. Impossible d’y échapper, impossible que nos enfants y échappent.

Certes ce personnage était probablement monstrueux. Tout au moins il l’était devenu officiellement depuis peu de temps, après avoir été seulement un personnage original qui plantait sa tente dans les jardins des présidents !

Bien sûr l’information a été rapidement modifiée au fur et à mesure qu’elle devait avoir valeur d’exemple… moral : après avoir imprudemment annoncé « tué les armes à la main », l’acte a été situé dans une canalisation d’égout, plus conforme à l’image nécessaire du personnage, image que nous n’aurons jamais ou qu’il faudra fabriquer. Il ne s’agit pas de retomber dans l’erreur faite, entre autres exemples, avec l’exécution d’un autre dictateur, probablement aussi infâme, dont l’image de son attitude pendant sa pendaison était gênante puisqu’un monstre ne peut pas être digne. Il ne s’agit surtout pas que l’acte de tuer soit aussi monstrueux que celui qu’on tue.

Et puis les commentaires de tous les politiques évidemment tous très moraux : « Il faut que tous les dictateurs sachent ce qui les attend ». Peuples, tuez-les ! En même temps ils se lavent les mains par avance de toute tuerie. Ce n’est bien sûr pas l’OTAN qui a tué Kadhafi, elle, elle ne faisait qu’œuvre humanitaire pour protéger les populations. Je ne sais pas s’ils se rendent compte, ces politiques, jusqu’où pourraient aller de tels appels, non seulement pour eux-mêmes, mais dans la violence admise alors comme moyen pour régler tout ce qui dérange dans une société. Pourquoi pas alors « Tuez les banquiers parce qu’ils sont monstrueux dans les crises, inégalités, injustices qui ravagent notre société » ?

Parallèlement bien sûr la morale indique « tu ne tueras point » et il faut absolument inculquer, voire matraquer la morale dans les têtes de nos enfants. Peu importe si dans la longue histoire de l’humanité les croyants et gardiens de la morale ont instigué moult massacres… au nom de la morale. Peu importe s’il y a des personnages qui, eux, méritent d’être tués.

Ce qui est terrifiant dans toutes ces « victoires de la démocratie » chantées dans tous les médias, c’est que nos enfants n’en peuvent tirer que le triomphe, la normalité, la justification de toute violence extrême, la glorification de la mort donnée. Et aussi la glorification et la normalité de la mort subie par ceux, non seulement qui n’ont eu que la solution de se révolter, mais aussi que l’on a poussé et aidé à se révolter et à mourir quand les dictateurs cessaient d’arranger les affaires des autres tenants de pouvoirs.

C’est bien l’ensemble de la société qui est éducatrice, quoi qu’on veuille. Ce ne sont pas les phrases d’une morale à apprendre Je suis terrifié par la leçon qui vient ainsi d’être donnée à nos enfants. Vive la violence !