Tous les billets sur les rythmes

Deux chapitres des "chroniques d'une école du 3ème type" étaient consacrés aux rythmes. Voilà le premier ci-dessous. Le second pour la semaine prochaine !

 

24 - Les rythmes scolaires

Serpent de mer insoluble dans le système éducatif et ses finalités tel il est conçu.

 Les rythmes scolaires font couler beaucoup d’encre et beaucoup de salive.

Les travaux des chronobiologistes comme Hubert MONTAGNER sont bien embarrassants. Bien qu’ils ne fassent que prouver ce que le simple bon sens aurait dû faire admettre depuis longtemps. Non seulement nous avons des rythmes biologiques qui font que l’on n’est pas forcément disponible pour telle ou telle activité à tel ou tel moment, mais en plus ces rythmes sont différents pour chacun, varient suivant les circonstances de la vie, sont influencés par l’affect de chacun. Et voilà même que l’on découvre que c’est pendant le sommeil que notre cerveau réajuste ses circuits neuronaux pour rendre opératoires des informations qu’il a perçues dans la journée ! Voilà que l’on travaille quand on ne fait rien ! On aurait d’ailleurs aussi dû se douter que lorsque l’on ne fait rien, lorsque l’on rêvasse, lorsque l’on s’amuse, ce n’est pas pour cela que le flux des informations qui nous bombardent s’arrête… et que notre cerveau lui s’interrompt de les traiter. En somme, nous aurions dû nous douter que notre cerveau ne fonctionne pas toujours sur commande.

Des constats auraient dû d’ailleurs interpeller comme par exemple celui des enfants qui sont absents quelques semaines ou quelques mois pour une raison quelconque et qui raccrochent aux wagons scolaires alors qu’ils n’ont pas reçu la potion pédagogique quotidienne sensée les faire progresser. S’ils ne peuvent peut-être pas ressortir ce qui était à apprendre par cœur, par contre leurs langages eux ont continué de se complexifier. Et ils peuvent même se mettre à suivre mieux qu’avant.

On peut même se laisser aller à penser sans beaucoup de risques que c’est pendant le temps scolaire traditionnel que la complexification des langages est la plus ralentie. Autre exemple : le phénomène des petits bergers n’ayant jamais été à l’école et que l’on découvre possédant un étonnant langage mathématique n’est pas aussi mystérieux qu’il y paraît si l’on considère que leurs circuits neuronaux ont simplement privilégié un de leurs langages puisque le langage verbal était moins utilisé.

Revenons-en aux rythmes que plus personne n’ose mettre en doute. Le rythme de chacun, c’est ce qui découpe le temps de notre disposition à diverses activités. C’est la sinusoïde de notre temps. Et depuis quelques années, pour être plus performant, le système éducatif s’interroge pour savoir comment il pourrait découper le temps de la chaîne scolaire. Parce que notre chaîne industrielle éducative ne peut être concevable que dans un découpage que l’on voudrait rationnel. Découpage des âges, découpage des matières, découpage du temps consacré à chacune, découpage dans la journée, découpage dans l’année. On a beau s’inspirer des travaux de PIAGET, qui déterminaient des phases dans la construction de l’intelligence, pour établir des découpages de programmes, ou de ceux de MONTAGNER qui pointaient les plages ou collectivement les enfants peuvent être plus à l’écoute du maître, c’est la quadrature du cercle. D’abord parce qu’on oublie que MONTAGNER ne dit pas que c’est à ces moments que les langages se construisent. Ces autres travaux montrent que ce n’est pas aussi simple que cela, malheureusement pour l’école. Ensuite parce que les chronobiologistes démontrent que, même si ce temps était celui où les langages se construisent, il faudrait alors considérablement réduire les temps d’activités d’apprentissages traditionnels, les répartir différemment et pas de façon continue. Alors, comment caser tout ce programme et la sacro-sainte progression sans lesquels il n’y aurait point de salut ? Comment caser les arrêts nécessaires à l’industrie touristique ? Comment ajuster le temps de l’école à celui de l’emploi des parents ? Que faire des enfants dans les interstices ?

Cela se complique encore lorsqu’aujourd’hui on est bien obligé d’admettre qu’il est impossible de regrouper des enfants qui seraient tous au même niveau langagier. D’autre part que la courbe des rythmes des processus cognitifs de chacun n’est jamais identique à une courbe collective, même si les enfants regroupés en étaient tous au même point de développement. Enfin que chacune de ces courbes varie elle-même dans le temps.

Le problème des rythmes, c’est le problème de la conception tayloriste du système éducatif. C’est la conception même de l’école que les rythmes biologiques remettent en cause. On veut prendre en compte les rythmes des enfants pour les ajuster aux rythmes d’une chaîne. La dite chaîne scolaire devant elle s’ajuster aux contraintes économiques et sociales. Si l’intention est louable, comme je l’ai déjà dit pour l’évaluation, c’est un problème insoluble si on ne change pas radicalement la conception de l’école, si l’on ne change pas radicalement de paradigme.

Dans la prochaine chronique nous verrons que les rythmes des enfants ne posent aucun problème dans une école du 3ème type.

 Multi-âge, rythmes, « L’école de la simplexité », pages 273 à 289

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