On s’obnubile sur les suppressions de classes. On, c'est-à-dire les parents et les enseignants.

C’est l’époque qui revient régulièrement comme l’arrivée des hirondelles, que le printemps soit beau ou froid, qu’il soit de gauche ou de droite !

Certes, je ne dirai surtout pas que 20 enfants en rangs d’oignons ce n’est pas mieux que 30 enfants aussi en rangs d’oignons. Au moins, ils sont moins entassés !

Mais ce qui tracasse surtout, c’est que généralement la suppression d’une classe entraîne qu’il y ait deux cours ou plus dans les autres classes. C’est logique. Dans la conception de l’école en chaîne industrielle (désolé, je me répète sans cesse !) dispenser simultanément deux ou trois programmes, c’est nécessairement qu’ils pourront être moins bien dispensés et que le travail de l’enseignant et sa charge vont être bien plus lourds et compliqués.

Mais alors on peut se demander pourquoi d’autres parents, d’autres enseignants s’élèvent avec véhémence contre la suppression de leur classe unique. Alors que, pour le bien des enfants, cette suppression leur permettrait de se retrouver dans des classes avec plus qu’un ou deux cours. Seraient-ils plus irresponsables que les autres, moins conscients de l’intérêt de leurs enfants, autrement dit, seraient-ils stupides ?

A vous qui me suivez et me lisez je n’ai pas besoin de redire qu’alors nous sommes dans une autre conception de l’école, des apprentissages et de l’acte éducatif. Mais au moins cette résistance, jugée anachronique alors qu’on pourrait bien aussi la considérer comme révolutionnaire, montre bien… que j’ai raison !

Il n’empêche que bien sûr la taille des écoles doit être réduite (1). Je dis bien la taille des écoles, le ratio un-prof/élèves devant être remplacé par les ratios une-école/élèves et une-école/profs ce qui ne préjuge plus alors du découpage qui sera fait ou pas fait. Ce d’autant que l’on peut alors rajouter le ratio adultes-dans-l’école/une-école (peut-être que l’histoire des rythmes va faire avancer cette dernière idée).

Ne pourrait-on se dire qu’en restant dans cette optique tayloriste qui consiste à diminuer le nombre d’objets (élèves) par opérateurs (profs) de chaque maillon de la chaîne, non seulement on se condamne à l’immobilisme mais qu’il n’y a aucune raison objective pour que de vingt on ne réclame pas quinze… jusqu’à arriver au préceptorat qui alors est certainement le plus efficace et sûr.(2)

Tous les problèmes sans exception mènent à devoir reconsidérer enfin la conception de l’acte éducatif et des apprentissages. Il va falloir y passer ! Mais ne me faites pas dire qu’il y a trop d’enseignants (supprimer une classe c’est d’abord supprimer un enseignant), trop de moyens attribués à l’école ou qu’il s’agit comme dans l’économie de compétitivité de faire mieux avec moins !

 

(1)  Il y a aussi liée la notion de la dimension de l’espace à attribuer aux espaces scolaires. Espaces qui ne peuvent être autre chose que des espaces de vie. Au lieu de vingt élèves par maîtres, vingt mètres carrés par enfant, mais dans une autre conception.

(2)  A la décharge des Jules Ferry qui ont conçu le système éducatif, à leur époque on était encore dans l’optique d’une transmission mécanique des savoirs, dans l’ère de la rationalité qui conduisait au taylorisme et qui, un temps, s’est avérée économiquement féconde… si on fait l’impasse sur ses conséquences sociales. D’autre part, ces fondateurs se trouvaient d’avoir à traiter le problème « d’instruire » massivement toute la population en grande partie illettrée. (voir le paradigme insupportable du multi-âge)