Continuons notre prise de tête avec communication, information. "Tais-toi, tu vois bien que je suis en communication !" ou "Tais-toi, tu vois bien que j'écoute les informations!"

Lorsque je les utilise, il s’agit des sens très larges des termes communication et information.

Est information tout ce qui peut être perçu par les sens, qu’elle soit brute ou représentée et codifiée dans des agencements sémiotiques (sons de la langue orale, musicale… formes, couleurs, signes des langues écrites, mathématiques, scientifiques, picturales,…).

Il y a communication lorsqu’il y a interaction entre une information et un récepteur. « L’interaction n’implique pas seulement l’idée pure et simple de collision et de rebondissement mais quelque chose de bien plus profond, à savoir la modificabilité interne des agents de la collision[1] » 

L’interaction implique :

- la modification, l’évolution de celui qui perçoit une information pour l’interpréter, la transformer, l’utiliser (complexification de l’appareil neurophysiologique ou neurocognitif et même physiologique), (exemple de l'information "pesanteur" qu'il va falloir intégrer dans un schéma corporel pour arriver à marcher sur ses deux pattes)

- la modification et l’évolution des émetteurs et récepteurs lorsque c’est dans une interrelation (exemple, les uns et les autres apprennent à mieux parler),

- la transformation de l’information (sa représentation), ceci au cours de sa circulation entre émetteurs et récepteurs (exemple, le poisson devient une tanche, puis peut-être un croquis, il peut s'y adjoindre une mesure, un poids, etc.),

Le tâtonnement expérimental est un processus naturel et constant fait d’une succession d’interactions. Le processus de la communication est celui du tâtonnement expérimental.

Dans ce sens général, une personne plongée dans le grand bain d’une piscine est en communication avec les informations produites par ce nouvel environnement pour s’y adapter (création d’un autre schéma corporel) et y évoluer, c'est à dire nager.

C’est la communication qui produit et nécessite la création de tous les langages (voir billet précédent)

Les interactions sont toujours à l’origine des apprentissages qui sont eux-mêmes constitués d’une succession d’interactions.

Les interactions dans la communication avec tout l’environnement (pas seulement avec les humains) sont toujours imprévisibles. Elles sont à l’origine de la naissance des « agir » et sont les fondements de la connaissance en perpétuelle émergence.

Tout être vivant est par essence un être communicant. Ses sens qui perçoivent les informations, ses langages qui les interprètent et qui en créent d’autres informations (représentations). Un être vivant est un être transformant des informations et s'en alimentant.

La communication est donc fondamentale dans la construction et l’évolution des personnes et des groupes sociaux.

Une école du 3ème type est fondée entièrement sur la communication qu'elle doit permettre dans toutes ses composantes. La communication habituelle (débats, correspondance, messagerie...) n'en est qu'une petite partie.

 Lorsque les experts ès communication et les éditorialistes de tout poil parlent "d'overdose d'informations" cela me fait rire ou plutôt ricaner. Ce d'autant qu'on les entend causer de ça surtout depuis l'emprise d'internet. L'information tuerait l'information, surtout la "bonne information", c'est à dire la leur. Ce que diffuseraient des "amateurs" serait invérifiable alors que ce que diffusent les professionnels, eux... (!) et les récepteurs seraient bien incapables de faire des tris, des choix si on ne le fait pas pour eux, des comparaisons qu'on se garde bien de faire pour eux pour ne pas troubler... l'information.

Ils oublient que chaque cerveau subit chaque seconde une infinité d'informations et qu'il se débrouille très bien avec , il est fait pour ça et se construit pour ça. Par contre ces mêmes spécialistes doivent aussi bien connaître le cerveau puisque celui-ci lorsqu'il est bombardé continuellement par la même information s'en imprègne. Or combien d'informations nous répètent-ils à longueur de journées et d'années ? Pas bien plus qu'une dizaine : "Vous êtes en insécurité", "c'est la crise", "Il faut travailler plus et dépenser moins".... Et ça marche, nos cerveaux s'imprègnent. Il y a des écoles de communication pour bien maîtriser cela.

Evidemment, pour moi ce n'est pas de la communication qui ne s'entend que dans l'interaction entre émetteurs-récepteurs et récepteurs-émetteurs.

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[1] ORMOND, cité par PARK et BURGESS dans Introduction à la science de la sociologie.