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Je me propose de revenir sur quelques points de la définition d'une école du 3ème type (voir le billet).

L'aprentissage informel, tout le monde le pratique, on apprend un tas de choses tout au long de notre vie, sans forcément le vouloir, sans même forcément le savoir... qu'on apprend ! Ce qui fait dire qu'on ne cesse d'apprendre. Mais que cela puisse se passer ainsi dans l'école, c'est encore inconcevable. Il n'empêche que le seul endroit ou apprendre pose un problème... c'est à l'école ! 

Apprentissages formels et informels

Extrait de "Ecole et société"

J’utilise peu le terme « apprentissages ». Apprendre suppose

- ou une volonté délibérée du sujet pour acquérir, une connaissance ou un savoir faire précis soit parce qu’on le lui demande, soit parce qu’il en a besoin pour une action précise elle aussi, soit parce que c’est alors une activité en elle-même jouissive (Apprends-moi),

- ou qu’un tiers (l’appreneur) apprend à un sujet ce que celui-ci « doit » apprendre.

L’école traditionnelle se situe dans le deuxième cas.

On peut décliner le maître apprend aux élèves par le maître fait apprendre aux élèves qui induit que l’enfant est auteur de ses apprentissages. Ceci réoriente un peu l’action de l’appreneur qui essaie de placer l’apprenant en situation d’apprentissage, situation artificielle qui doit, en principe, permettre l’apprentissage ciblé. Les techniques de l’apprentissage (ou méthodes) utilisées par l’appreneur vont essayer de transformer l’apprentissage passif en apprentissage actif. On suppose connaître les processus que l’apprentissage va suivre (exemple des méthodes de lecture)

C’est l’apprentissage formel. C’est une activité nettement prédéfinie, refermée sur elle-même, subie, acceptée ou choisie, dans un temps découpé et isolé du temps de vie. A l’école traditionnelle, il y a le catalogue des apprentissages à réaliser (programmes). Les uns devant se rajouter aux autres.

L’apprentissage formel a toujours posé à l’école le problème de l’acquisition : est-ce qu’un savoir ou savoir faire a été intégré, suite à son apprentissage, pour perdurer et pouvoir être réutilisé dans des situations réelles différentes de celles où il a été en apparence réalisé ? Pour vérifier l’acquisition, l’évaluation doit alors être faite dans une situation artificielle différente de celle dans laquelle l’apprentissage a été supposé réalisé.

L’apprentissage formel actif implique aussi que l’appreneur doit motiver l’apprenant.

Nous désignerons par « compétences » ce qui est mobilisé pour réaliser une action. Dans toute activité sont mobilisées des compétences préalablement construites en même temps que s’en construisent d’autres. Mais les compétences sont une notion complexe en même temps que floue. On les confond avec « savoir faire ». Dans toute action, il est impossible de déterminer tout ce qui a dû être mobilisé dans le système cognitif (cerveau et corps) pour l’effectuer. Une performance (ce que vérifient les évaluations) nécessite une multitude de compétences mais elle n’est pas en elle-même une compétence ; de même qu’on ne peut savoir quelles compétences sont absentes quand la performance demandée n’a pu être réalisée (problème insoluble de ce qui est appelé l’échec scolaire).

 L’apprentissage informel, c’est tout ce qu’on apprend en vivant, en faisant, sans le prévoir, sans même forcément savoir… qu’on a appris. Les apprentissages s’effectuent de façon indéterminée, imprévisible, sans qu’on puisse connaître par quels processus ils se sont réalisés, sans qu’on puisse connaître tous les stimuli qui les ont provoqués. Le fondement de l’apprentissage informel, c’est l’interaction avec l’environnement dans lequel on évolue et l’interrelation. Autrement dit, c'est la vie.

Nous avons fondé l’école du 3ème type sur la construction des langages plutôt que sur les apprentissages, ce qui revient à se préoccuper en premier de la construction, de l’évolution et de la complexification des outils neurocognitifs qui permettent la compréhension du monde, l’être et l’agir dans ce monde (ou ces mondes suivant les langages utilisés). Dans cette construction et pour cette construction les enfants « apprennent » nécessairement si on considère que tout apprentissage consiste en une transformation de la personne et l’ajout de pouvoirs. Une connaissance (objet) ne peut s’approprier et être utilisée (savoir-faire) que si on dispose des langages qui le permettent.

Pour le dire en termes plus usuels, « l’école du 3ème type est l’école des apprentissages informels »

Elle est un espace de vie dont l’environnement, l’aménagement, l’organisation vont favoriser dans l’informel la construction et l’évolution, entre autres de certains langages, donc de certains apprentissages.

Est-ce à dire que sont éliminés tous les apprentissages formels ? Non ! Dans la vie ils sont parfois nécessaires : quand la réalisation d'un projet les requiert, quand la curiosité, l’inquiétude, le doute,… (l’affect) en font éprouver le besoin, quand l’apprentissage en lui-même apporte plaisir, jouissance… La différence c’est que cet apprentissage formel est alors une demande de celui qui veut apprendre, l’action de l’appreneur étant une réponse. Le problème de la motivation n’existe plus.

La difficulté pédagogique est beaucoup plus dans le passage d’une école des apprentissages formels (premier ou second type) à une école du 3ème type, que dans ce que doivent y faire les enseignants et les adultes qui se retrouveront eux aussi dans l’informel. La transition d’un état à un autre demande une certaine technicité (pédagogie)… et un certain temps pour tous les acteurs de l’école : temps de tâtonnement pour la transformation des représentations, des habitus, des comportements, de l’aménagement de l’espace, de l’organisation en auto-organisation.

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