Le texte en .pdf

Il commence à être admis que l’enfant est « auteur de ses apprentissages ».

C’est déjà une avancée qui modifie (et perturbe) la vieille conception de l’école et de ses enseignants « transmetteurs de savoirs ».

En elle-même la « transmission des savoirs » est une notion noble et vouloir transmettre aux enfants et adolescents les savoirs de l’humanité est enthousiasmant et généreux et est à l’origine de beaucoup de vocations. Elle s’appuie sur la didactique. Elle butte cependant sur deux écueils :

- Qu’est-ce qu’un savoir et quels savoirs sont impérativement à transmettre ? Evidemment, en premier, écrire et lire, on l’appelle même savoir fondamental. Mais transmettre suppose qu’il y a un objet qui va passer d’une main (ou d’une tête) à une autre. Or l’écrire-lire n’est pas un objet, ni un mode d’emploi. Le décliner sous la forme d’un savoir-faire n’est pas suffisant puisque ce n’est pas parce qu’on en connaîtra un mode d’emploi (exemple des méthodes syllabiques) que l’on pourra s’en servir (les illettrés ont tous appris à lire). Dès le premier apprentissage, nous ne pouvons déjà plus être dans la transmission.

Il va en être de même pour tous les savoirs qui ont été couchés dans des langues (langues écrites, mathématiques, scientifiques…). Ces savoirs ne servent à rien si on n’a pas les langages permettant de les interpréter, de se les représenter, de les utiliser. Eux aussi ne sont pas transmissibles. Il va en être de même pour tout ce que nous appelons « connaissances » et qui font l’objet de polémiques récurrentes quand il s’agit d’en faire le catalogue (programmes).

- Vous me direz pourtant que tous, vous avez eu des personnes qui vous ont transmis des connaissances. En réalité, ces connaissances vous les avez volontairement cherchées et les personnes qui vous les ont transmises, en général se servaient elles-mêmes de ces connaissances. C’est par un vigneron que j’ai appris à tailler, en taillant avec lui. Il m’a bien transmis son savoir. Mais dans l’école, on tente de transmettre des savoirs qui sont des objets extérieurs aux personnes qui les transmettent et dont on ne les voit même pas s’en servir.

Donc, sans hésitation et sans état d’âme, abandonnons la transmission des savoirs comme finalité de l’école !

 Passons donc à « l’enfant auteur de ses apprentissages » qui s’appuie sur la pédagogie.

C’est le fondement de toutes les pédagogies actives en particulier de la pédagogie Freinet, comme des tentatives de rénovation de tel ou tel enseignement. De la transmission des savoirs, nous passons à la construction des savoirs. On s’attache beaucoup plus aux processus qu’à la connaissance elle-même. Cela demande à mettre les enfants en situation de s’approprier tel ou tel savoir, puis de conduire le tâtonnement expérimental qui doit aboutir à l’appropriation du savoir ciblé. L’enfant sera bien auteur de ce qu’il sait. L’exemple très connu est celui de la « main à la pâte » bien qu’en fait de « trouvaille » d’un prix Nobel cela était pratiqué depuis plus d’un siècle dans les pédagogies actives et Freinet.

A l’école, il s’agira d’inciter au lieu de « forcer » l’enfant à rentrer alors dans des apprentissages auxquels il faudra qu’il y trouve du sens. On va quand même retrouver la difficulté ou l’art de motiver, donner envie. Il faudra instaurer des situations artificielles pour que des processus naturels puissent s’enclencher. Une partie des finalités de chaque action d'apprentissage reste extrinsèque, déterminée par un tiers (exemple des fichiers autocorrectifs).

D’autre part, l’entrée d’un enfant dans un processus d’apprentissage qu’on cible pour lui va dépendre de son état affectif du moment, de sa disponibilité, de ses envies, du fonctionnement coopératif du groupe, de la dynamique… Les collègues de la pédagogie Freinet connaissent bien dans leurs pratiques ces difficultés qui demandent beaucoup de... pédagogie.

Dans une école du 3ème type, nous franchissons un cap : « l’enfant est la source de ses apprentissages »

Le déclencheur de ses apprentissages, c’est l’enfant. L’enfant qui vit, l’enfant qui fait. Son affect, ses besoins, ses envies, son plaisir… Il est naturellement un puits sans fond de curiosité et des faire qu’elle provoque. Homo erectus, homo sapiens,… homme curieux (homo curiosus ?) homme apprenant (homo discipulo ?). Sauf cas pathologiques, tous les enfants apprennent à parler… sans qu’on leur dise qu’il faut qu’ils apprennent à parler, qu’on conduise cet apprentissage.

Les stimuli qui vont provoquer ses apprentissages sont infinis autant que sont infinis ces apprentissages. Qui n’a pas dit un jour « Mais où a-t-il appris ça ? ».

Il y a aussi le besoin d’appartenir, de participer. Parler pour appartenir et participer à la la vie de la famille, être dans la famille. On dit souvent que c’est un besoin d’imiter. Le perroquet imite. L’enfant apprend aussi pour faire partie des autres, être avec les autres. S’il est enfant élevé avec les loups, il n’imitera pas leurs hurlements, il apprendra à les comprendre et à les utiliser.

C’est en eux-mêmes qu’est la source de tous les apprentissages des enfants.

Bien ! Je n’invente pas la poudre et il n’y a rien de révolutionnaire dans l’affirmation que l’enfant est la source de ses apprentissages !

Dans une école du 3ème type nous partons simplement de cela. Elle est un autre espace du vivre donc du faire, faire parmi les autres, faire avec les autres. « Mais alors, « ils » vont faire n’importe quoi, apprendre n’importe quoi ? ». Je sais bien, c’est la hantise de tout le monde : qu’ils n’apprennent pas d’eux-mêmes ce qu’on pense nécessaire qu’ils « doivent » apprendre. Inquiétude légitime, mais manque de confiance en eux, manque de confiance en nous. Qu’apprennent les enfants des dernières tribus vivant dans la jungle ? Tout ce qui est nécessaire pour y survivre et y vivre, sans programme ! S’il fallait que nos enfants l’apprennent dans une école, ils n’y arriveraient pas et aucune méthode n’arriverait à le leur faire apprendre. La problématique d’une école du 3ème type est simple :

Un espace où cette formidable puissance d’apprentissage des enfants puisse s’exprimer sans se heurter aux « fais pas ci, fait pas ça ! » ou « fais ceci, fais cela ». Un espace un peu particulier dont l’environnement interne riche d’autres stimuli[1], les outils à disposition, inciteront à construire, à utiliser, à faire évoluer les principaux langages sociétaux dont nos sociétés ont besoin (oraux, écrits, mathématiques, scientifiques…) dans la dynamique et la synergie d’un collectif. Un espace où tous les projets nés de l’affect, du vivre de l’enfant pourront se réaliser. Peu importe que ces projets soient pédagogiquement incorrects (voir le billet sur la musaraigne).

Ce doit être aussi un espace de confiance : il faut que notre enfant-source puisse oser, oser se lancer dans ce qui le pousse, oser exprimer ses envies, savoir qu’il trouvera de l’aide donc avoir confiance aux autres et que les autres aient confiance en lui.

Bien sûr, dans cette école, exit les programmes, évaluations, horaires… inutiles !

C’est… simplexe !

Tous les billets "une école du 3ème type"

Retour au blog  -  Plan du site  -  livres  -


 [1] Vous voudriez que les enfants s’emparent de la musique ? Mettez dans l’espace de l’école des instruments de musique, des lecteurs de CD, des magnétophones…. à disposition ! Et si vous vous amusez vous-mêmes à taper sur les carillons, à chanter même faux au magnétophone ou si un adulte muisicen vient de temps en temps jouer lui-même,