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Je ne prône pas la déscolarisation (l'IEF, l"instruction en famille) et bien sûr que je défends l'école publique, une autre école publique. Mais je conçois que dans les situations où des parents estiment qu'il y a nécessité d'assistance à personne en danger, quand ils estiment que les conditions dans lesquelles vivent leurs enfants à l'école  sont contraires à l'éthique ou à la philosophie qu'ils ont de l'éducation, devant aussi leur impuissance de parents face à l'école, ils puissent prendre la décision de l'IEF. Je me donne moi-même la possibilité de pouvoir le faire le cas échéant. J'admets aussi que c'est une décision courageuse et pas facile. Je m'en suis expliqué à plusieurs reprises, notamment dans "Ecole et société" dont vous trouverez des extraits ici.

Jusqu'à aujourd'hui, ce droit est inscrit dans le code de l'éducation ainsi que dans la convention internationale du droit des enfants.  Or une proposition de loi portée par quelques sénateurs envisage de le limiter aux seuls cas d'enfants handicapés, ce qui, au passage, est une solution pour en débarrasser l'école qui ne sait pas quoi en faire. Bien sûr dans l'exposé des motifs il y a l'objectif d'empêcher que l'IEF soit " destinée à soumettre l'enfant, particulièrement vulnérable, à un conditionnement psychique, idéologique ou religieux.". Ce serait honorable si l'IEF n'était pas déjà soumise au contrôle régulier et pointlleux de l'Etat, que d'ailleurs les familles la pratiquant voudraient  trouver un peu plus souple et tolérant. A noter que l'Etat est beaucoup moins pointillé quand il s'agit de surveiller "le conditionnement psychique, idéologique ou religieux" de certaines écoles privées confessionnelles.

Ce qui est étonnant, c'est que les auteurs de cette proposition de loi appartiennent à l'UMP : moins d'Etat quand il s'agit de l'économie de marché, de la finance, plus d'Etat quand il s'agit des enfants. Je ne sais pas si Laurence Rossignol, sénatrice PS, a réellement déclaré le 5 avril 2013, sur le plateau de l’émission « Ce soir ou jamais » « Les enfants n’appartiennent pas aux parents » auquel a été rajouté sur certains sites "ils appartiennent à l'Etat". Je n'ai pu le vérifier, l'émission n'étant plus en ligne (*). Mais, depuis Guizot en passant par Jules Ferry ou Päul Bert, les finalités de l'école ont toujours été ambigües.

A côté des déclarations affichées d'élévation, voire d'émancipation de la population, l'Etat a toujours plus ou moins assigné à l'école le rôle de formater les citoyens dont la société qu'il soutient a besoin : "L'instruction primaire universelle est désormais en effet une des garanties de l'ordre et de la stabilité sociale (...) quand le gouvernement a pris soin de propager, à la faveur de l’Éducation nationale, sous les rapports de la religion, de la morale, de la politique, les doctrines qui conviennent à sa nature et à sa direction, ces doctrines acquièrent bientôt une puissance contre laquelle viennent échouer les écarts de la liberté d’esprit et toutes les tentatives séditieuses ». Guizot. « Nous attribuons à l'Etat le seul rôle qu'il puisse avoir en matière d'enseignement et d'éducation – seul l'Etat a le droit d'éduquer" Jules Ferry. "Il faut une pensée unique, une foi commune pour un peuple". Paul Bert... L'école d'après 1870, des deux côtés du Rhin, préparait bien les enfants à la boucherie qu'ils allaient subir en 1914. Dans toutes les réformes successives des dernières années, il y a eu sous-jacentes ou ouvertement exprimées des finalités qui ne relevaient pas des apprentissages. Lorsque le dernier ministre proclame "qu'il faut qu'aucun enfant sorte du système éducatif sans qualification" , même si on ne peut pas dire que c'est de l'odre d'une morale républicaine, est-ce le rôle de l'école de faire en quelque sorte de la formation professionnelle ? Ce d'autant que l'on sait qu'à la sortie cela n'assure en rien d'un travail. D'ailleurs les instances européennes n'en font pas mystère quand il est dit qu'il faut maintenant que l'école apprenne à apprendre puisque la "flexibilité du travail" va... l'exiger.

Suivant la classe sociale et politique au pouvoir,  l'école est bien un moyen de garantir l'ordre social et moral dont elle a besoin.

Ce ne sont pas les enseignants (tout au moins pas tous) qui se font les vecteurs de cette finalité, mais le système éducatif lui-même dans son organisation, ses lois.

Si l'on veut que l'école devienne le lieu incontestable que tous les parents pourront accepter et soutenir, où tous les enfants aimeront aller, il va falloir enfin qu'une finalité unique et humaniste soit définie par la Nation. Alors on pourra envisager une autre école. 

(*) Un lecteur vient de me signaler la vidéo de l'émission en question : La sénatrice n'a effectivement jamais dit que les enfants appartenaient à l'Etat.