lire

« IL ne m’a pas appris à lire ! JE ne sais pas lire ! »

En complément au billet précédent (« comment leur apprendre à lire, je n’en sais rien ! », une anecdote que j’ai racontée dans je ne sais plus quel ouvrage :-(

Gérard, un petit de six ans, rentre en pleurs chez lui le premier jour de la rentrée : « IL ne m’a pas appris à lire, je ne sais pas lire ! ». Ses parents lui avaient dit ce premier jour « Tu vas voir, maintenant tu es chez les grands, Monsieur Collot va t’apprendre à lire ! » C’était mal parti !

Cela je l’ignorais. Mais je me rendais bien compte, au fur et à mesure des jours qui passaient, que mon Gérard n’arrivait pas ou refusait d’entrer dans le langage et le monde de l’écrit. Par contre il était exceptionnellement créatif dans le langage mathématique.

La première fonction d’un éducateur est de chercher à comprendre ; comme apprendre à lire, cela ne se fait pas du jour au lendemain ! Toutes mes observations n’arrivaient pas à m’aider à deviner où se trouvait le blocage.

Un jour, c’est une discussion avec la maman qui me permit de trouver la clef.

« Tous les soirs c’est la guerre entre Gérard et son papa. Celui-ci veut absolument qu’il apprenne à lire et fasse des exercices avec « Rémi et Colette ». Et ça se termine par des caprices monumentaux, des punitions ! »

Ledit papa n’avait aucune confiance en cette non méthode de l’école et était persuadé que ce n’était pas comme cela que son rejeton apprendrait à lire, et il le lui disait. On ne pouvait lui reprocher de prendre les choses en main, ce qui n’était que la preuve de la conscience de ses responsabilités.

Mais ainsi, notre Gérard était pris entre deux pouvoirs, celui de son papa qu’il aimait et celui de l’école qu’il aimait aussi.

Dès le lendemain matin de cette conversation, j’attrapais Gérard : « C’est vrai que ton papa t’apprend à lire ? – Oui ! (un oui hésitant !) – Mais c’est génial, tu as bien de la chance, tous les papas n’ont pas ce temps ! Continuez tous les deux ! »

Et c’est ainsi que tout s’est débloqué, que Gérard quitta son air renfrogné à l’école, qu’il se mit à son tour à rentrer dans l’écrire-lire dans de multiples activités… et que le papa devint un des soutiens les plus inconditionnels de l’école du 3ème type !

Ce n’étaient d’ailleurs pas les histoires imaginaires habituelles qui l’intéressaient, mais tout ce qui relevait des connaissances encyclopédiques, des expériences de sciences, des notices de cuisines… qu’il inventait aussi et qu’il écrivait pour les autres.

Le seul problème technique que cela m’a imposé, c’est que, de par l’apprentissage paternel syllabique, Gérard avait du mal à lire de façon globale, transversale et rapide un document pour en trouver et en extirper les informations qu’il recherchait. Dès qu’il s’en est rendu compte, il a accepté de « s’entraîner » avec en particulier les outils informatiques produits par l’AFL (Association française pour la lecture) dont ce qui s’appelait à l’époque elmo 0. Il fallait essayer d’offrir à ses réseaux neuronaux la possibilité d’enclencher d’autres processus qui avaient peut-être été inhibés. Mais il faut bien qu’un « professionnel » serve à quelque chose !

Gérard est devenu ingénieur dans un bureau d’études très connu !

Retour au blog  -  Plan du site  -  livres  -