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S’il est un des mots qui a le plus d’occurrence dans les discours des dernières années, c’est bien celui-ci.  Il aurait pu faire l’objet d’une conférence gesticulée de Franck Lepage ou d’un décorticage de mots d’Alain Rey. Mais peut-être l’ont-ils déjà fait.

Faites confiance aux marchés ! Faites confiance à la gauche ou à la droite ! Faites confiance à l’école ! Faites confiance aux enseignants... (mais jamais la réciproque, faites confiance aux enfants, aux parents, aux citoyens…)

Parce que, ce dont ont besoin les institutions pour perdurer, c’est de la confiance de celles et ceux qui leur sont soumis. C’est l’histoire des assignats de Law dont on pourrait d’ailleurs rire : confiez-moi votre or, je vous délivre à la place un papier qui prouve qu’elle est dans mes coffres, ce sera bien plus pratique dans vos poches ! ça a marché… jusqu’au jour où pris d’un doute quelques-uns, puis tout le monde, ont voulu récupérer leur or… qui n’y était plus ! La défiance avait tout fichu en l’air ! Faites confiance à l’économie de marché, peu importe qu’ainsi vous alimentiez… votre misère, pourvu que vous y croyiez !

La confiance n’est qu’un sentiment qu’on accorde ou non à quelqu’un qui, en général, la réclame. Elle ne tient le plus souvent qu’à l’aspect du demandeur de confiance, à son charisme ou plutôt à l’habilité de son discours.

Et surtout elle résulte à s’en remettre totalement à ceux à qui on l’accorde, le plus souvent à des personnes dont on ignore tout de leurs actes et actions passées comme présentes… en dehors de leurs discours. Donner sa confiance revient à être déresponsabilisé totalement, s’abandonner complètement à un autre ou lui remettre quelque chose de précieux (comme un enfant) en se fiant à lui sans même pouvoir éventuellement s’en plaindre.

Il y a aussi la confiance en soi. Retrouver la confiance en soi est même devenu un marché lucratif dans une société qui s’évertue à vous la faire perdre, cette confiance en vous. Dans les bulletins scolaires, « doit retrouver confiance en lui » est certainement moins fréquent que « efforts insuffisants », mais c’est quand même une incantation sans trop de solutions que d’aller vous faire prendre un rendez-vous chez un psy puisque, bien sûr, l’école ne peut être pour quelque chose dans cette perte de confiance. Il arrive d’ailleurs aussi que trop de confiance en lui vous transforme un enfant en trublion dérangeant ! Point trop n’en faut, sinon, bonjour la soumission nécessaire !

Les enseignants sont les plus demandeurs de cette confiance, en particulier des parents, et la plus inconditionnelle possible. De toute façon, jusqu’à maintenant ils n’ont pas officiellement de compte à rendre aux parents, pas plus qu’à leurs élèves. Autrefois, cela ne posait pas de problèmes, l’école et les pratiques étaient identiques partout ou presque, si l’enfant n’y réussissait pas, c’était qu’il ne travaillait pas assez ou qu’il n’était pas doué. C’était sa faute, voire celle de ses parents, pas celle des maîtresses et maîtres.

Mais les parents ne sont plus les illettrés d’autrefois, ils commencent de plus en plus à savoir qu’il y a plusieurs façon d’aborder les apprentissages, il y en a qui ont même des demandes encore un peu incongrues comme le bien être et l’épanouissement des enfants à l’école. D’où une attitude de l’enseignant qui consiste à déployer tous ses talents pour convaincre que ce qu’il fait est la voie, la seule voie. C’est quand même embarrassant quand l’enseignant d’à côté prétend le contraire.

J’ajoute, d’une façon certes crue, qu’il faut faire confiance à celles et ceux et leur Institution qui capturent vos enfants ! La confiance y est… obligatoire sinon le système dysfonctionne ! En fait, ce qui en découle naturellement et légitimement, c’est la méfiance.

Ce qui est plus normal et logique, c’est d’abord le sentiment de défiance qu’on pourrait associer avec la nécessaire prudence. La confiance, qui ne peut toujours qu’être réciproque si elle ne veut pas aboutir à l’asservissement, est quelque chose qui ne peut se construire que progressivement dans l’action et les constats que chacune des parties peut faire, dans la connaissance et la reconnaissance mutuelles.

C’est cette seule base qui a permis d’aboutir à l’école du 3ème type, qui fait aussi qu’on peut l’appeler du 3ème type dans la mesure où cela est encore inusité dans l’Education nationale.

Les professionnels ont à présenter et analyser une problématique, et, à partir de cela, à proposer aux parents et à soumettre à discussion une stratégie éducative globale. Le premier acte est de redonner les pouvoirs légitimes à chacun, laisser s’exprimer et tenir compte des inquiétudes comme des aspirations. C’est d’autant plus facile qu’une stratégie éducative est toujours une hypothèse qui peut être rectifiée, modifiée, réorientée suivant les constats qui sont faits sur ses effets. Et le pouvoir de constat appartient à tous, évidemment d’abord aux premiers intéressés par ces effets. Au fur et à mesure de ces constats et de leur discussion, s’ils sont faits fréquemment et régulièrement, il s’instaure alors une confiance, non pas aux enseignants mais aux stratégies dans lesquelles chacun se sera impliqué, aura pu dire son mot. L’école devient alors une entreprise éducative collective, la confiance change de sens et n’a plus à être octroyée ou quémandée.

Le pendant de la confiance c’est la transparence. Un autre mot dont pourraient se régaler Franck Lepage ou Alain Rey. Il ne s’agit plus de croire à ce qu’un autre vous dit de ce qu’il fait et pourquoi il le fait, il s’agit de le voir, après seulement on peut en discuter et critiquer, mieux : appeler à la critique comme une nécessité. L’école ne doit plus être un ghetto, elle doit être ouverte, les parents doivent pouvoir y pénétrer, y passer des moments, y participer éventuellement. C’est vrai que ce n’est pas facile dans une école traditionnelle, même si elle ne s’auto-protégeait pas à outrance.

C’est à partir de cela que NOUS sommes arrivés dans ma classe unique publique, progressivement et sans l’avoir anticipé, à une école sans cahiers, sans leçons, sans exercices, sans programmes, sans horaires, ouverte en permanence, une école du 3ème type ! Sa validation, c’est qu’elle a perduré ainsi 35 ans ! C’est un ensemble, y compris le village, qui pouvait SE faire confiance.

Mais, au fait, n’est-ce pas la base de la démocratie participative qui ne peut résulter de seuls discours et incantations ?

confiance2Bien sûr le thème de la confiance est à développer plus longuement : confiance en l’enfant, aux enfants, entre enfants, à l’adulte, en soi, à l’associer avec les terme « oser », « essayer, s’essayer », etc. Mais on retrouve chaque fois le tâtonnement expérimental individuel ou collectif, relationnel, qui est la base de toute construction personnelle et sociale. Je l’ai fait dans plusieurs chapitres de « l’école de la simplexité »

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