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Depuis une vingtaine d’années tous les problèmes commençant par un dys (dyslexie, dysparaxie, etc.) et appelés troubles de l’apprentissage, font l’objet de travaux, de publications,… puis de propositions de méthodes, de soutien, etc.

Ils sont aussi la cause de bien de souffrances des enfants pour qui l’école est inadaptée, disons plutôt impuissante, ils font partie du gâchis scolaire.

Ils provoquent une énergie démesurée des familles pour tenter de trouver une solution à ce qui est catalogué comme « handicap », quand ce n’est pas une maladie. Ils provoquent aussi leur juste colère quand elles se voient contraintes à ne pas laisser leurs enfants normalement avec d’autres, de les voir souvent stigmatisés dans ce qui est considéré comme une anormalité.

C’est très bien que soit enfin reconnu que des enfants ne « fonctionnent » pas comme la moyenne et que cela n’a rien à voir avec leur intelligence ou leur bonne volonté.  Il n’y a pas si longtemps, les gauchers étaient des… handicapés !

Mais le problème de l’école et non pas celui des « dys… », c’est qu’elle n’a pas encore compris et admis que pas un seul enfant ne fonctionne de façon semblable, leurs connexions neuronales ne se construisent pas par des cheminements identiques.

Toute méthode d’apprentissage présuppose un fonctionnement connu du cerveau. Autrefois on se contentait de décortiquer l’objet de l’apprentissage, de le morceler et de « distribuer » les morceaux ou de les « greffer » successivement sur les sujets qui devaient… les apprendre et les mettre bout à bout. Aujourd’hui, les méthodes doivent être « scientifiques » ! Tout le monde devant se plier à ce qu’un scientifique aurait décrété, puis décliné en méthode. J’ai abordé le rapport des neurosciences et de la pédagogie dans un billet précédent.

Ce qui a quand même commencé à éclairer l’approche du fonctionnement du cerveau et surtout de ses potentialités, c’est l’étude de ceux qui avaient subi des lésions, qui n’auraient plus pu accomplir un certain nombre de tâches… et qui pourtant se réorganisaient pour le faire.

Les pédagogues, avec ou non l’appui de scientifiques, pourront chercher encore longtemps LA méthode d’apprentissage universelle, ils ne la trouveront jamais ! Heureusement d’ailleurs parce qu’ils auraient alors l’outil parfait d’asservissement des cerveaux.

Venons-en au concret. En près de 40 ans de carrière, je n’ai jamais eu de problème avec des enfants dys… ou handicapés quelconque. Or, statistiquement, il est impossible qu’il n’y en ait pas eu. Celles et ceux qui me lisent savent comment était conçue ce que j’ai appelé « une école du 3ème type », l’absence de méthode, le multi-âge, l’école conçue comme un lieu de vie où peuvent foisonner les projets de toute sorte, où, dans l’interaction avec un environnement particulier comme avec l’environnement extérieur et dans l’interrelation, se construisent les langages nécessaires qui les font vivre (comme dans la famille l’enfant construit le langage de la parole qui l’y fait vivre et la fait vivre).

Par quels processus chaque enfant avait-il « appris » à lire, mathématiser, scientifiser… ? Quelles constructions neuronales son cerveau avait-il dû faire ? Peu importe, l’essentiel est qu’il ait pu les faire, qu’on ne l’ait pas empêché de les faire.

Je n’ai eu qu’un cas vraiment particulier : une enfant est arrivé dans mon école après avoir été exclus de plusieurs écoles publiques ou privées de la région pour un comportement et des colères violentes ingérables. Très vite je me rendis compte de son problème que j’analysai ainsi en utilisant l’image de la boite noire : très intelligent et sensible, toutes les informations que son cerveau devait traiter rentraient bien dans la boite noire (input) étaient rapidement et correctement traitées (process) , mais à la sortie (output) assez rapidement cela se brouillait quand il fallait l’exprimer. Par exemple, lorsque les enseignants faisaient faire un problème, il donnait très vite la réponse mais n’arrivait plus à expliquer comment il l’avait trouvée, d’où mauvaise note, accusation de tricherie… Il en était également ainsi avec les autres enfants et adultes qui avaient du mal à l'accepter. Cet enfant était dans une souffrance terrible de ne pas être compris, d’où ses réactions violentes.

Comme il était suivi par des psychiatres de l’hôpital, je leur demandais des indications de diagnostic, ils me répondirent que c’était pathologique, qu’il n’y avait rien à y faire en dehors de le mettre dans des établissements spécialisés pour qu’il ne trouble plus l’ordre.

Je n’ai rien fait de particulier. Mais dans une ambiance sans pression, où aucun projet n’était soumis à une conformité quelconque comme à une conformité de résultats, où les différences entre chaque enfant n’étaient que normales et contribuaient à la richesse du groupe, cet enfant s’est peu à peu apaisé : il était reconnu, son intelligence était reconnue, il pouvait enfin agir, les autres faisaient appel à lui, il pouvait retrouver la confiance en lui et aux autres… il était normal ! Au début, j’ai eu parfois à m’interposer, à faire passer des crises qui ont disparu peu à peu. Par la suite, une fois adulte, il est devenu permanent très actif d’une ONG en Afrique.

J’ai eu quelques autres cas plus classiques d’handicapés mentaux. J’en ai donné un exemple dans une des chroniques d’une école du 3ème type (Rhapsody in Blue et Roger extrait ici)

Je ne veux pas du tout dire que des techniques particulières avec certains ne soient pas utiles, qu’une connaissance de leur handicap ou de leur différence ne soit pas nécessaire pour les aider. Cela devrait d’ailleurs faire partie d’une formation approfondie de tous les éducateurs et pas réservée aux spécialisés.

Mais ce ne sont pas les enfants différents qui posent problème, c’est l’école ! Dans sa conception erronée des apprentissages, dans les conditions anormales qu’elle impose. Elle pose d’ailleurs problème à tous, puisqu’ils sont tous différents.

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