notes                        « Pourquoi vous ne vous mêlez pas au débat sur la suppression des notes ? » Jean-Noël

C’est bien simple : ce problème ne concerne que l’école traditionnelle !

Il m’amuserait plutôt si ce n’était le déferlement de levées de boucliers désolantes sur les médias. Mais cette levée de boucliers est très symptomatique.

Tant que les piliers de l’école sont le programme et son découpage, le découpage des âges, les apprentissages résultant de l’action des professeurs et de la soumission des enfants à cette action (leçon, exercice), tant qu’à l’école les enfants n’auront qu’à exécuter et réussir ce qu’on leur demande, il faut bien coupler programme et évaluation !

Sans autre but que de faire ce qu’on leur dit de faire, il paraît logique qu’il faut aux enfants une carotte et un bâton. La note, c’est facile, ça ne coûte rien (les bons points et les images il fallait les acheter !). Et puis elle peut provoquer collatéralement la satisfaction des parents et peut-être une récompense différée (Si tu as des bonnes notes tu auras ta playstation) ou au contraire une menace (Si tu ne travailles pas mieux nous te mettrons à l’internat !). La note a besoin de la complicité totale des parents avec l’école, pas avec leurs enfants.

Oui mais ! La carotte (la bonne note) ne va motiver que ceux qui peuvent l’atteindre et en obtenir une satisfaction, celle-ci étant le plus souvent d’être considéré par les profs (mais pas toujours par les pairs !) ou de se penser dans les « meilleurs ». Elle réduit l’identité à un chiffre et un rang (Untel est « un bon élève », il a 15/20  et est 3ème sur 25). Quant au bâton (la mauvaise note), chacun sait qu’après les premiers coups on ne sent plus les autres et on se contente de baisser l’échine… ou de se venger.

Mais aussi il risque fort qu’advienne le sentiment que la note n’évalue pas l’élève mais les profs. Si effectivement tout prof, dans l’enseignement traditionnel, a logiquement le besoin d’évaluer les effets de son action, la note qui va la sanctionner indiquera si son action a été efficiente ou non. La mauvaise note devrait donc aboutir à l’injonction adressée au prof « Vous n’avez pas su apprendre à l’élève, recommencez autrement ! ». Autrement dit, les notes notent le prof !

La polémique tourne donc autour du remplacement du n/20 par le n/10 ou par cinq lettres (ce qui a déjà été fait !), sur le « plus de 0 », … sans changer grand-chose au fond.

Comme il y a absolument besoin d’évaluation (le programme sans évaluation et les maillons de la chaîne scolaire ne pourraient fonctionner), à la place de l'évaluation normative, on avance à nouveau les distinctions entre évaluation diagnostique (l’évaluation des acquis des élèves fournirait un état des lieux, que savent-ils déjà ?), évaluation formative (elle apporterait de l’information sur les acquis en construction, elle permettrait de situer la progression de l’élève par rapport à un objectif donné), évaluation sommative (elle dresserait un bilan des connaissances et des compétences d’un élève, ce sont les examens). Cela a aussi déjà été fait (Loi d’orientation de 1989) ! On sait l’usine à gaz que cela représente, surtout lorsqu’il faut chaque fois inscrire des résultats dans des tableaux ou carnets compliqués auxquels pas grand monde n’y comprend quelque chose et qui finalement… ne servent à rien : le programme lui va continuer inexorablement son chemin et un bac va continuer à clore tout cela, sans beaucoup plus de signification lui non plus. Evaluer des compétences comme évaluer celles qui manquent quand on ne sait pas trop bien ce qu’est une compétence[1] est bien plus difficile et relatif qu’évaluer des performances imposées.

Mais aussi, le système éducatif a besoin d’avoir des chiffres à mettre dans des tableaux pour en tirer des statistiques qui indiquent s’il est performant ou non. Tous les systèmes, dits modernes, fonctionnent ainsi, se comparent ainsi les uns aux autres (PISA produit aussi des chiffres), sans que cela n’ait une signification réelle pour ceux qui sont dans le système : ce n’est pas parce que le PIB de l’Allemagne est supérieur au PIB français qu’il y a moins de pauvres en Allemagne ! Mais c’est la course au PIB ! Pour l’école, on veut entreprendre la course dans PISA !

Autrement dit, la suppression des notes, de tout système d’évaluation, fait bien pressentir à tout le monde que cela induirait une transformation radicale de la conception, de la finalité de l’école et de ce qui s’y fait ! On peut facilement comprendre tous les arguments fallacieux, voire stupides, qui s’y opposent.

Il y a aussi le fait que les enfants auraient besoin de s’auto-évaluer. C’est la tarte à la crème qui traîne jusque dans les mouvements pédagogiques. Il n’y a bien qu’à l’école qu’une telle auto-évaluation a besoin de dispositifs savants. Dans la vraie vie, les enfants, les adultes n’arrêtent pas de s’auto-évaluer sans le savoir, l’auto-évaluation est incluse dans tout tâtonnement expérimental. Un exemple :

Un enfant a envie de faire un cerf-volant, mais il ne sait pas faire. Il se renseigne, cherche de l’aide, utilise un grand nombre de compétences et ce faisant s’en construit d’autres de toutes sortes (même si on ne sait pas lesquelles), il essaie, recommence… Comment s’auto-évalue-t-il in fine ? Le cerf-volant… vole !

L’école du 3ème type, sans programme et sans évaluation, après la pédagogie de la mouche, la pédagogie du canapé, la pédagogie du merle ou la pédagogie de la machine à laver[2], peut être complétée par la pédagogie du cerf-volant !

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[1] « Ecole de la simplexité », pages 17 à 25, TheBookEdition.com

[2] « La pédagogie de la mouche » B. Collot, éd de l’Instant Présent.