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Le blog de Bernard Collot
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21 janvier 2015

Communication à l’école : lors de l’assassinat du juge Borsellino.

borsalino

Être enseignant quand pèsent la menace et la peur.

C’était en 1992, au cours d’une rencontre internationale des mouvements Freinet à Poitiers. J’y animais un atelier sur la communication, il y avait une douzaine de participants de cinq ou six nationalités.

L’atelier avait quelque mal à trouver une dynamique, en particulier à cause des langues.

Lorsque la porte s’ouvrit et deux siciliens, livides, s’adressèrent aux deux Siciliennes présentes dans l’atelier : Il giudice Borsellino è stato assassinato (Le juge Borsellino vient d’être assassiné !). L’émotion fut intense et partagée par tout le monde qui oublia la difficulté des traductions multiples.

C’est alors qu’une des Siciliennes plongea dans sa serviette et en retira, en larmes, un journal scolaire « Je n’osais pas vous le montrer parce qu’il est loin des productions qui sont affichées, mais ces enfants sont les premiers qui ont osé écrire en Sicile le mot « polpo » (pieuvre désignant la Mafia) dans une publication distribuée». Elle avait anonymé l’auteur du texte. Elle nous raconta aussi, dans des sanglots, les affres et les hésitations qui avaient été les siennes avant de l’imprimer, sa peur pour les enfants et elle-même, tant une chape de plomb pesait sur la Sicile à propos de la Mafia. Nous pouvions tous nous mettre à sa place et dans les questions beaucoup de voix s’éraillaient. Certains, comme cette Brésilienne ou cette Espagnole, avaient aussi à évoquer des situations où être enseignant demande un sacré courage[1].

L’atelier qui n’était prévu que pour quatre jours se prolongea la semaine suivante dans une multitude de rebondissements où l’émotion provoque aussi l’action. Je l’ai narré plus longuement dans « La fabuleuse aventure de la communication, du mouvement Freinet à une école du 3ème type ».

Les juges Falcone et Borsellino étaient les juges italiens combattant la mafia et assassinés par elle.


 [1] Rappel : L’espagnol Francisco Ferrer, père de l’école moderne, a été fusillé pour cela (1909), accusé notamment par… le clergé catholique.

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Commentaires
L
Je me plonge chaque semaine dans votre blog (ce serait bien pratique que ce soit un livre papier !). Je me dis que vous avez bien dû avoir vous-mêmes des moments difficiles. Vous n'en parlez pas.
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