à écouter : -

http://ruelen.fr/ecole/site/chroniques_audio/2010/09-chronique_collot-roger.php

 

rapsodie

Petite histoire des chroniques.

Les chroniques d’une école du 3ème type avaient d’abord été, il y a une dizaine d’années, un essai (un jeu) pour me confronter à la réalisation d’enregistrement dont j’étais l’auteur, l’acteur et le réalisateur ! A l’époque, j’avais passé une heure assez horrible : on m’avait demandé de participer comme invité vedette, de chez moi et avec mon téléphone, à une émission en direct d’une radio marseillaise. Les phrases qui ne viennent pas, les questions qu’on ne comprend pas, les bredouillements, le téléphone dont les piles s’épuisent,… tout cela face… à un mur ! J’étais affreusement mortifié ! Il fallait que je me coltine seul avec un micro pour voir ce qui se passait, comment cela se passait. Imiter Albert Jacquard dont j’écoutais régulièrement ses chroniques sur France-inter[1] !

Un essai en entraîne un autre pour essayer de faire mieux, autrement, modifier les réglages, puis un autre, puis un autre… puis, ce serait dommage d’arrêter, et on continue !

Je mettais ces essais sur l’audioblog d’Arte. Honnêtement, je n’avais aucun succès ! La qualité technique n’était pas terrible, pour effacer le souffle je détériorais pas mal la voix,… et puis, les amateurs de sons de l’audioblog n’étaient pas franchement attirés par des chroniques sur l’école[2].

Mais la matière sonore étant là, il suffisait de la transcrire, de l’améliorer, de la compléter… ce qui fut fait avec mon éditrice de l’Instant Présent et c’est ainsi que fut publié le premier tome des « chroniques d’une école du 3ème type ». Un second tome va paraître, mais cette fois il émanera directement de l’écrit.

Les chroniques écrites : http://www.editions-instant-present.com/chroniques-dune-%C3%A9cole-du-3e-type-tome-1-p-65.html

L’expérience fut toutefois passionnante : je ne cesse de dire que le langage écrit n’est pas le langage oral et réciproquement. Mais le langage oral différé, quand il est enregistré sur un support, induit d’autres processus auxquels notre cerveau est en général peu habitué. Très rapidement, pour faire ces chroniques, je me suis laissé aller à les préparer d’abord par écrit ! Sans interlocuteur en face, l’expression de ma pensée avait du mal à « couler » facilement ! Peut-être aurait-il fallu que, comme un acteur, j’apprenne un texte avant de le « jouer » devant un micro, mais c’est une mémoire que je n’ai jamais travaillée.

Cela, je le savais. Il y a très longtemps, nous pratiquions dans le mouvement Freinet les cahiers de roulement : un petit groupe voulant travailler sur un thème achetait un cahier. Le premier écrivait ce qu’il voulait en laissant une large marge, puis l’envoyait au suivant. Celui-ci, lisait, pouvait réagir dans la marge, complétait par un autre texte avec ses propres réflexions, et l’envoyait à son tour au suivant, ainsi de suite[3]. Nous étions quelques-uns, dans les circuits de correspondance naturelle, à avoir des ateliers d’enregistrement avec magnétophones et des enfants correspondaient par cassettes audio. Je me suis dit que ce que faisaient les enfants, nous pourrions le faire aussi ! Et je lançais une « cassette audio de roulement » ! J’avais dû recommencer je ne sais combien de fois le premier enregistrement de lancement ! Mais, dès les premiers récepteurs nous eûmes la révélation de la difficulté de l’exercice et des blocages devant lesquels nous nous nous retrouvions tous. Même lorsque nous arrivions à parler, à réagir devant le micro, la ré-écoute de ce que nous avions fixé sur la bande était souvent insupportable, nous ne nous reconnaissions pas dans ce que nous voulions dire, ou nous nous trouvions… nuls ! Et la cassette ne se complétait pas !

La cassette n’a pas rempli son office ! Mais nous avions beaucoup mieux saisi ce qu’étaient capables de faire les enfants et de la complexité de ce qu’ils réalisaient. Mieux saisi aussi les processus différents pour s’emparer d’un langage dont on pensait qu’il était le même que celui utilisé face à des interlocuteurs, et du coup fait aussi la relation avec le langage écrit, qui lui aussi n’a pas d’interlocuteurs présents et qui est aussi un langage différé.

Je suis aujourd’hui en grande admiration devant ces jeunes qui produisent, diffusent, s’échangent, s’expriment par l’image et le son sur youtube ou ailleurs sur le net… sans l’avoir jamais pratiqué et appris à l’école, au lycée... Les langages font les civilisations !

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[1] J’ai eu l’occasion de demander ensuite à Albert Jacquard comment il faisait pour réaliser si facilement un enregistrement quotidien. Il m’a donné le truc : pas plus de 3 minutes ! Une seule idée simple à développer en improvisant autour d’elle. J’avais été trop présomptueux en m’imposant 7 ou 8 minutes que je pensais… courtes ! Pour être cohérent, ne pas avoir à stopper l’enregistrement pour réfléchir, l’écouter et recommencer, et in fine ne pas avoir à l’écrire à l’avance !

[2] Ayant loupé le changement de format de l’audioblog d’Arte, les enregistrements ont disparu, tout au moins je le pensais, mais un ami, Philippe Ruelen, les avait récupérés et il les met en ligne sur son site : http://ruelen.fr

[3] Le problème de ces cahiers de roulement, c’était le temps ! Certains le gardaient trop longtemps avant d’y écrire et beaucoup de cahiers n’arrivaient pas à revenir pour un second tour, quand ils ne se perdaient pas en route. L’arrivée de la télématique en 1983 les a fait abandonner.