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Le blog de Bernard Collot
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25 mars 2015

La question de la finalité de l'école, du système éducatif, d’une politique éducative

finalite

La remise en cause de l’école est devenue un serpent de mer. Il se dit beaucoup de choses, dans toutes les sphères, par toutes les personnalités. Mais, s’il est une chose qui n’est jamais vraiment mise sur la table, c’est ce que serait sa finalité[1].

On sait pourquoi on a construit des centrales nucléaires. On sait pourquoi il faudrait les supprimer et les remplacer par autre chose, encore que dans ces pourquoi tout n’est pas abordé (par exemple le gigantisme avec sa fragilité et les conséquences sur l’organisation sociale et politique, ce qui est valable pour tout autre système). Lorsqu’on met un système en place pour répondre à une finalité quand celle-ci est claire et consensuelle (besoin actuel de l’énergie électrique, d’où politique énergétique), suivant ce qu’il est il a des conséquences bénéfiques ou néfastes, suivant ce qu’il est il implique des organisations et des comportements sociaux, sociétaux.

Mais, s’agissant d’école, même dans la mouvance qu’on peut appeler alternative, le sujet de la finalité d’une école n’est pas vraiment abordé. Beaucoup de belles et justes phrases sur l’enfant, beaucoup de beaux mots réitérés, beaucoup de beaux discours philosophiques et humanistes, voire poétiques, malheureusement ce n’est pas avec cela (ou seulement avec cela) qu’une nation va définir une politique éducative et orienter, répartir les moyens qu’elle nécessite.

L’école ne convient pas : quelques-uns peuvent la quitter, quelques autres peuvent créer l’école correspondant à leurs aspirations (s’ils en ont les moyens), mais on ressent bien que ce n’est qu’un pis aller fragile qu’on ne peut généraliser. Quelque chose a été oublié : dans tous les domaines et depuis longtemps, c’est qu’une espèce sociale crée les dispositifs nécessaires à sa survie et son bien-être en mutualisant ses moyens pour qu’ils soient à la disposition de tous. Mais elle sait ce dont elle a besoin et pourquoi.

Comme pour les centrales nucléaires, on peut toujours essayer d’améliorer le système en y injectant d’autres éléments (pédagogies, méthodes, une demi-heure enlevée pour les rythmes…), de le consolider (augmentation des postes d’enseignants), de le sécuriser (ZEP, RASED, REAPP…), il reste toujours bancal et surtout fonctionne sans que personne ne sache vraiment ce à quoi il veut aboutir, ce pourquoi il serait nécessaire.

Pour trouver la finalité d’un système qu’on subit, il suffit de faire l’expérience de pensée de le supprimer. Pas seulement pour quelques individus (les pratiquants du unschooling l’ont fait mais pas seulement par la pensée ! Ceux qui peuvent mettre des panneaux solaires sur leur toit aussi !) mais pour l’ensemble du pays. Je vous avais convié à plusieurs reprises à cette expérience de pensée.

Puisque l’école vise les enfants, s’impose aux enfants, par voie de conséquences vise leur présent, leur devenir et celui de ce qui sera leur société, c’est bien l’essence de la question. Quelle est la finalité de l’école concernant les enfants et adolescents ? Quelles seraient les conséquences pour eux d’une absence d’école dans notre société actuelle, pas dans une société idyllique d’Illich encore utopique, pas pour ceux qui bénéficient de conditions familiales favorables ?

Dans la recherche de la finalité, on confond souvent celle-ci avec ce qui la permet (mais dont tout le monde n’est pas forcément convaincu) : épanouissement, bienveillance, respect de la personne ... On la confond avec ce contre quoi on veut lutter (mais contre quoi tous ne veulent pas lutter), société de consommation, de la compétition, capitaliste… On la confond avec une idéologie : Sparte ou Athènes ? Et aucun consensus n'est possible.

On ne peut la réduire à « une école pour apprendre ». Apprendre quoi ? Et un accord ne sera jamais trouvé. Ce qui supposerait aussi qu’il n’y a qu’à l’école qu’on apprend ou qu’on peut apprendre ce qu’elle serait sensée apprendre, qu’il n’y a que ce que l’école apprend qui serait important, etc. Ce ne peut être une finalité ! Apprendre est une capacité que tout le monde possède et que chacun met lui-même en branle. Apprendre c’est de facto tout l’environnement physique et social qui a ce pouvoir sans même en avoir conscience.

La finalité pourrait être tout bonnement « occuper et garder les enfants quand les parents sont au boulot ou à la recherche de boulot » ! Ce ne serait pas très enthousiasmant mais c’est portant de facto ce qu’elle est pour beaucoup, ce qui est aussi un triste reflet de notre société.

Le problème de la définition d’une finalité de l’école n’est pas si simple que cela et oblige à aller au-delà des lieux communs. Sauf si, avant, on définit ce qu’est la finalité de l’éducation en s’extirpant de la philosophie, des idéologies.

Pour pouvoir travailler dans le même sens avec les parents de mon école et nous sortir d’un piège, j’avais présenté l’éducation ainsi[2] :

Nous comprendrons et simplifierons l’éducation comme un ensemble d’actions, de comportements, de dispositifs, de situations, d’espaces, d’environnements… de personnes, ensemble qui amène l’enfant à l’autonomie[3] dans l’environnement où il aura à évoluer (société), avec un plus pour l’espèce humaine : lui donner aussi la capacité d’agir sur cet environnement, que ce soit sur l’environnement physique, matériel, ou sur l’environnement relationnel, l’environnement social. Ceci dans l’interdépendance[4] avec les autres membres de la société à laquelle il appartient, avec lesquels il vit, desquels il a besoin et lesquels ont besoin de lui.

À partir de cela, la finalité de l’éducation peut être consensuelle : aider chaque enfant à conquérir son autonomie d’adulte.

Quels sont les outils de l’autonomie qui doivent se construire dans notre monde ? Des outils neurocognitifs que j’ai définis comme les langages. Nous sortions alors du piège de « l’apprendre », de « l’apprendre quoi ? » et même de « l’apprendre comment ? »

L’école ne fait plus alors que partie d'un ensemble avec la même finalité mais peut-être plus consciente et elle peut alors ne s’occuper que des conditions[5] qui favorisent cette construction en adultes armés des outils leur permettant de s’emparer et de conduire leur propre vie. Les moyens actuels (programmes, évaluations, chaine industrielle scolaire tayloriste, uniformisation… obligation), imposés pour atteindre une finalité indéfinissable, incertaine et non consensuelle parce que non discutée, sont alors inutiles et contreproductifs.

À partir de cela, avant d’être libératrice l’école est libérée (dans notre village et quelques autres, c’est ce qui nous a permis d’arriver à une école publique du 3ème type !).

Une autre école et une autre politique éducative (les moyens donnés aux communautés territoriales pour créer leurs propres modèles) peuvent être élaborées. La finalité de l’école n’est plus d'alimenter la machine économique, de préparer les enfants à des professions suivant l’état du marché ( !) du travail, fabriquer tel ou tel type de citoyen devant être conformes à ce que la société attend d’eux ou devant la révolutionner.

Cette vision quasi biologique du rôle de l’école, on peut dire aussi écologique si on s’en tient à ce que l’écologie est la science qui étudie les êtres vivants, les processus de leur construction et de leur évolution dans les interactions avec leur milieu et les interactions entre eux, est peut-être rébarbative, ne donne pas lieu à de grandes envolées, mais elle est concrète.

Je suis certain que ma proposition peut être critiquée, discutée, contestée, triturée, approfondie (par exemple sur le terme « autonomie » !)… Mais peut-on continuer à faire l’impasse de cette recherche ?

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 [1] Pour Guizot, en 1833, la finalité de l’école est claire : « l’instruction primaire universelle est désormais en effet une des garanties de l’ordre et de la stabilité sociale » Pour Jules Ferry et Paul Bert aussi 1882 : « nous attribuons à l'Etat le seul rôle qu'il puisse avoir en matière d'enseignement et d'éducation – seul l'Etat a le droit d'éduquer » et l’école doit donner « une pensée unique, une foi commune pour un peuple ». Mais ceux qui devaient envoyer leurs enfants à l’école ignoraient la finalité que les régimes au pouvoir avaient fixée. A partir de 1950, puis de la massification (obligation jusqu'à 16 ans) L'école sert ouvertement à dégager une élite avec une sélection qui se fait progressivement et toujours produire un type d'individu en rapport avec des liens culturels, des valeurs admises.

[2] En réalité, j’avais commencé en nous donnant une finalité plus pragmatique et simpliste car nous étions dans une école publique et qu’il fallait répondre à une attente légitime « Que tous les enfants suivent au collège tout en y restant psychologiquement solides ». Ce n’est que lorsque les parents ont été rassurés sur ce point que nous avons pu rentrer dans une finalité plus profonde qui impliquait tout le monde jusqu’au village.

[3] C’est le terme qui demande le plus de discussions, d’approfondissements, pour sortir aussi de sa notion philosophique, voire politique. Je l’ai abordé dans « L’école de la simplexité » et dans plusieurs billets dont celui-ci

[4] Voir le billet sur l’interdépendance.

[5] L’épanouissement, le bien être, le plaisir, la liberté de faire,… ne font alors que partie des conditions.

 

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Commentaires
B
Un commentaire de Alain Valeau qui a été posté sous le même billet sur lesite de Questionsdeclasses.<br /> <br /> <br /> <br /> Rêveur mais têtu, je voudrais donner, sinon ma force, inexistante, mais surtout ma conviction qu’un vrai réveil pour l’Ecole est possible…<br /> <br /> Je m’affirme rêveur et avoir rêvé mes engagements, dans et autour de l’école… mais de les avoir vécus aussi avec une communauté construite peu à peu, et bien éelle. Parfois, ce vécu a mal tourné, ensemble nous l’avons corrigé. Nul enseignant n’y a perdu son originalité mais tous ont pu réaliser leurs projets sans ignorer les autres et sans rompre la cohérence, amont, présent et aval des suivis. 10ans d’enseignement spécialisé, 30 de direction avec classe et un seul regret « trop vite passé, insuffisamment accompli… », mais pas de remords.. <br /> <br /> « Qu’est-ce qu’un vrai rêve ? C’est un rêve qui dure. Et, s’il dure, c’est qu’il s’est marié. Marié avec la volonté. » Eric ORSENNA.<br /> <br /> L’essentiel est l’enfant ! Aussi curieux, aussi éveillé soit-il, il aura toujours besoin d’être motivé, guidé, exercé… pour que les outils de la connaissance, du savoir-faire, du savoir vivre avec les autres ne soient pas les seuls fruits de sa spontanéité.<br /> <br /> L’Ecole, seule, est capable d’accompagner l’éducation de la famille et de l’environnement pour procéder, en toute cohérence, à la progression harmonieuse des apprentissages autant qu’à la compensation des divers handicaps.<br /> <br /> L’Ecole ne sera véritablement ce service efficace qu’avec, pour chaque établissement, un projet adapté autant aux objectifs éducatifs de notre société qu’à la réalité de la population scolaire qu’elle prend en charge.<br /> <br /> L’Ecole ne sera véritablement cet outil d’excellence, capable de faire vivre ce projet, que si elle est dotée d’une équipe compétente dans ses individualités et cohérente dans le suivi total des élèves depuis son arrivée dans l’établissement jusqu’à sa sortie. Une équipe capable d’aider ses membres les plus fragiles, de remédier aux erreurs de mise en place du projet de fonctionnement… Une équipe solidaire et lucide.<br /> <br /> L’Ecole ne sera performante que si un animateur responsable, formé aux tâches de gestion, de relations, d’orientation est le vrai directeur de cette équipe.<br /> <br /> Il est terrible de constater que ces évidences, incontestables pour toute institution, reste, dans notre système éducatif, indéterminées, uniquement laissées à l’initiative, la bonne volonté, de ceux qui essaient de les mettre en œuvre… Avec tout ce que cela représente d’aléatoire. La chance scolaire d’un enfant relève de la loterie : la « bonne école » - la « bonne classe », sans cohérence assurée dans le même établissement, sans suivi de similitude lors des déménagements. Oui la carte scolaire au choix devient alors un privilège.<br /> <br /> Structurer les établissements est un préalable sur lequel, ensuite, on peut greffer des moyens. Le contraire n’est que construction sur du sable…<br /> <br /> Le discours final, de mon cri : « …et l’Ecole renaîtra de mes cendres ! », « l’Essentiel. » se veut la véritable base d’une école dans laquelle tous les artisans de belle volonté ont une chance de s’épanouir et d’épanouir le présent de nos enfants. Leur donner, à tous, une chance pour un futur à la hauteur de leurs possibilités, toutes différences prises en compte, est-ce vraiment impossible ?<br /> <br /> Chacun d’entre nous est un prolétaire fondamental dont la seule vraie richesse, étymologique et de fait, reste au moment du grand dépouillement, nos enfants et leur devenir.<br /> <br /> Je sais, on n’est pas sérieux quand on a 72 ans ; je sais qu’il faut laisser Saint Ex., son Petit Prince, rêver et laisser les gens sérieux compter les étoiles et allumer, éteindre les réverbères, mais comme la vie serait mieux possible, si la belle politique mettait un peu d’utopie dans ses projets et écoutait ceux qui ont vécu avec passion leur quotidien avec et pour les autres.
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B
Un commentaire de Fredy Fadel reçu sur FB. Fredy est un des parents du remarquable film "être et devenir".<br /> <br /> <br /> <br /> Je trouve que comme toujours ton article est très intéressant, j’aime bien l’analogie avec l’énergie et les centrales nucléaires. <br /> <br /> Quelle est la finalité de l’école ? Je pense que quelle que soit la réponse - l’autonomie en est une - ça sera difficile d’argumenter que l’école est la seule voie possible pour l’atteindre. <br /> <br /> Pour une finalité aussi complexe à définir qu’à atteindre comme l’est l’autonomie, il ne peut pas y avoir une réponse unique, on a tout simplement trop de paramètres. Cette complexité organique nous invite à penser une école qui ne serait pas une, qui ne serait pas sous contrôle de l’état, ne serait pas financée par l’argent public, ne serait pas obligatoire de fait, que ceux qui auraient décidé de s’y soustraire n’auraient pas de compte à rendre à qui que ce soit. <br /> <br /> Au même titre qu’on choisit de ne pas utiliser une voiture, on devrait pouvoir choisir de ne pas utiliser l’école. <br /> <br /> Mais une telle institution mériterait-elle le nom d’école ? Je sais, on en a déjà parlé, je ne suis pas en train de parler du mot école, on pourrait l’appeler club, théâtre ou lieu de vie. <br /> <br /> Dans la mesure où ces écoles de troisième type ne seraient pas le véhicule de contraintes, jugements, obligations, dans la mesure où elles répondraient à la pluralité des demandes et s’adapteraient à la variété de leurs membres, elles ne rempliraient pas une finalité exprimable mais seraient simplement comme les cinémas, les bibliothèques, les jardins et les piscines, des lieux de plus pour des activités variées. <br /> <br /> L’école du premier type a une finalité claire, elle a été inventée pour des raisons militaires et par la suite elle a continué à remplir sa mission violente de transformer la société et ses membres en une société « efficace », docile, uniforme, gouvernable, créant des gouvernements de plus en plus forts, de plus en plus interventionnistes et des hommes de moins en moins autonomes.
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F
Tout cela est très intéressant (article et réponses) ... et si on proposait aux enfants de tous âges de dire/écrire ce que pourrait être leur vie s'il n'y avait pas d'école ? cela pourrait-il faire avancer la réflexion ? celles des adultes, et leur propre rapport à l'école ...
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P
D'après vous "apprendre" ne peut être une finalité. Pourtant, apprendre à lire par exemple est bien fondamental.
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I
Et nos politiques encore moins sensés que nous !
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