colere4Que vivent les grenouilles… Et les enfants ? Bof !

Je me répète. Je sais, vous avez déjà signé pour deux ou trois petites classes uniques. Mais retournez voir les liens du précédent billet, et vous verrez que nous ne sommes pas nombreuses nombreux ! Le couperet, lui, est déjà en train de tomber[1].

On sait tout de l’absurdité d’un grand barrage d’irrigation, d’un aéroport, des giga-fermes, des élevages en batterie, des pesticides, de l’agriculture chimique… Des écologistes, des alternatifs, des humanistes, des scientifiques, des citoyens… s’expriment, manifestent, se lèvent. Les pétitions reçoivent des dizaines de milliers de signatures quand il s’agit de défendre les grenouilles ou les poissons de grand fond. Les grands médias rendent compte des raisons et des contre-raisons… Il ne fait aucun doute que ces levées de boucliers ont au moins permis de poser de grandes questions, modifié un peu les perceptions et les analyses, parfois sauvegardé un peu d’humain dans quelques endroits.

Mais, quand il s’agit des enfants, quand la dernière poignée de ces classes uniques qui existaient depuis très longtemps est en train d’être éliminée, peu de personnes ne bouge. Certes, la conservation de quelques zones humides est importante. .Et des espaces éducatifs à taille humaine, aux pratiques différentes[2], où enfants, enseignants et parents étaient heureux d’être ensemble, à qui il est impossible de reprocher ce qu’on ne cesse de reprocher à l’école, n’est-ce pas aussi important ? L’indifférence presque absolue !

Cela n’intéresse pas les médias, il n’y a pas des milliers de manifestants, des barricades et des CRS.

Cela n’intéresse pas les grands chantres médiatiques de la pédagogie ou de l’enfance. Ils préfèrent s’empoigner sur ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire, de toute façon ils n’auront jamais à appliquer eux-mêmes leurs discours[3]. Et puis, les classes uniques se sont dispensées d’eux pour être une autre école.

Cela n’intéresse pas les écologistes, les alternatifs, qui s’évertuent pourtant à créer, souvent avec difficulté, des lieux où l’on vit différemment, où l’on cultive différemment, où l’on mange différemment, où l’on habite différemment, où l’on est solidaires différemment… mais qui laissent sans protester se terminer une opération d’éradication massive de ce qui existe et n’aurait pas à être créé.

Cela ne mobilise pas les mouvements pédagogiques qui vont pleurer sur des conditions qu’ils n’ont pas, chercher des reconnaissances dans les instances officielles qui ne changent rien à rien, mais n’ont pas élevé la voix de leurs organisations pour protester contre l’élimination de ce qu’ils auraient dû considérer comme capital, y compris pour eux. Il vaut mieux demander… d’autres programmes, d’autres évaluations… et rester entre soi.

Cela ne mobilise pas beaucoup non plus toutes celles et ceux qui quittent l’école publique pour faire leur école, même multi-âge… puisqu’ils n’ont pas d’autres solutions. Et on ignore que ces derniers îlots condamnés sont depuis longtemps… le Printemps de l’éducation, d’ailleurs, ils l’ignoraient eux-mêmes !

Il est vrai que la suppression d’une classe unique ne touche pas directement celles et ceux qui n’en bénéficient pas, qui ne peuvent en bénéficier puisqu’il n’y en a presque plus. Mais, il y a seulement une trentaine d’années, il y en avait encore quelques dizaines de milliers à disposition, et presque personne n’a bougé devant leur suppression programmée et approuvée. Depuis 1989, nous sommes quelques-uns à avoir expliqué, ressassé, quels étaient leurs intérêts pour les enfants d’abord, pour leur territoire de proximité et les collectivités locales ensuite. Nous avons démontré qu’elles préfiguraient l’école du XXIème siècle, par leur configuration, par une autre conception des apprentissages et de la socialisation qu’elles permettaient, les faits, les témoignages nous ont toujours donné raison. Nous avons sans cesse soulevé que l’enjeu était un enjeu éducatif et un enjeu de société qui dépassaient le simple bien être de quelques enfants. En pure perte et surtout sans toucher celles et ceux avec leurs organisations qui étaient les plus à même de le comprendre.

La poignée qui reste et est condamnée malgré la résistance de celles et ceux qui les vivent, vaut-elle la peine d’une mobilisation massive ? OUI !

Bien sûr qu’il est trop tard pour tout ce qui a été inconsidérément détruit[4].

Mais, en se mobilisant enfin,

- pour conserver ce qu’on peut considérer non pas comme des vestiges mais comme les derniers laboratoires vivants et publics d’une autre école,

- pour qu’une démocratie prenne en compte l’intelligence et les besoins de ses citoyennes citoyens concernés,

c’est aussi le présent et le devenir de tous les enfants que vous défendrez, c’est la manifestation que vous désirez, exigez vous aussi, le changement pour vos enfants, que vous voulez un autre système éducatif puisque c’est justement le système éducatif que ces classes uniques ont toujours dérangé.

L’enjeu reste toujours aussi grand, mais il ne peut plus attendre.

A SIGNER ET PROPAGER D'URGENCE

 https://secure.avaaz.org/fr/petition/JeanLuc_Chapon_Maire_Sauver_de_la_fermeture_lecole_publique_de_Pont_des_Charrettes_a_Uzes/?sMqaMeb

ET : http://ccu64.runenow.com/

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 [1] Quatre millions de signatures pour sauver les buralistes, un million pour sauver les poissons de grands fonds, 63 000 pour que vivent les loups, 55 000 pour sauver les ragondins, 200 000 pour demander la démission d’un député,…

[2] Il y avait certes quelques classes uniques ressemblant à celle de « être et avoir », mais l’immense majorité était dans un autre paradigme que celui de la chaîne industrielle scolaire.

[3] Comme ne seront jamais touchés ceux qui pour résoudre des crises qui ne font pas baisser leurs propres comptes en banque prônent que les français - lesquels ? -.vivent au-dessus de leurs moyens !

[4] Comme il est trop tard de constater que nous avions un maillage de voies ferrées qui permettrait aujourd’hui de limiter l’utilisation de l’automobile, comme il est trop tard pour bien d’autres choses.