les maitres3

Ni dieux, ni maîtres ! Bien sûr il y a les « maîtres » en art qui ne sont pas de même nature que les autres. C’est ce qu’ils ont fait ou font et qui peut paraître inatteignable qui les transforme en « maîtres », ils n’enseignent rien.

Et bien j’ai eu un de ces maîtres qui était aussi… maître d’école. C’était il y a une cinquantaine d’années. Il s’appelait Georges Laubezou, il était instituteur dans une classe unique perdue dans les monts du Lyonnais. Un petit bonhomme bossu que Prévert ou Pagnol auraient pu faire le héros d’un film ou d’un livre.

Ce maître, je ne l’ai vu qu’une heure ou deux ! Je ne sais quelle intuition m’avait fait prendre les routes sinueuses pour aller le voir un après-midi. Il m’a permis d’entrer dans sa classe, et il ne m’a rien dit ! J’ai vu des enfants paisibles s’occupant de choses et d’autres. J’en ai vu inscrivant des signes cabalistiques auxquels je ne comprenais rien sur des rouleaux de papier listing récupérés… et cela s’appelait recherche mathématique. D’autres discutaient dans un coin, d’autres peignaient… Georges Laubezou ne m’a pas parlé de pédagogie, ni de grands principes, ni de techniques. « Ben tu vois, ils sont heureux et moi aussi ! » Il n’y avait rien d’autre à dire. Lorsqu’on a bu un verre avant de repartir, il m’a parlé… des Monts du Lyonnais.

Lorsque je suis redescendu des hauteurs, je savais que j’allais définitivement garder en mémoire la quiétude et la simplicité de ce qu’il ne se rendait même pas compte que c’était une « œuvre ». Je n’ai plus eu l’occasion de le revoir mais j’avais trouvé « le maître ». Dans ce qu’il avait fait et que j’avais vu, je savais la perspective à atteindre, pas le modèle à reproduire[1].

Si on se souvient des grands « maîtres », créateurs en peinture ou autre art et passés à la postérité, les grands « maîtres d’école », créateurs d’espaces de bonheur, de vie, d’enthousiasme, restent dans l’anonymat, et pourtant c’est à eux que nous sommes redevables. Ils elles font, ils elles ont fait,… sans rien dire, humblement, sans chercher une quelconque reconnaissance.

Il n’y a jamais eu autant qu’aujourd’hui de beaux textes, de beaux discours à succès, sur l’école à changer ou à abandonner, sur l’enfant. Les « œuvres » de ces « maîtres » sont surtout des mots. La plupart de leurs auteurs sont des « experts », n’ont pas comme on dit « les mains dans le cambouis ». On applaudit aux shows, on était d’ailleurs convaincus d’avance, mais, le lendemain, qu’est-ce qu’on fait en retournant sur le terrain de l’école en dehors de l’envie de la quitter ?

Où veux-je en venir ? Ecoutez, lisez des « ténors » si vous avez besoin d’un déclic, si vous avez besoin de mots à mettre sur votre propre pensée. Mais ce sont vos pairs rencontrés dans la vie quotidienne qui vous feront changer, avec eux que vous changerez et ferez changer. Et vous deviendrez votre propre « maître ».

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[1] J’ai eu d’autres « maîtres », un vieil agriculteur qui se pensait inculte, un modeste artisan menuisier, un vieux réfugié espagnol, des enfants, des copains,… un jardin,… et même des abeilles !