vers une ecole 2

L’expression a été empruntée à Spielberg (Rencontre du 3ème type ») et recouvre un autre paradigme

Pourquoi des écoles alternatives ou publiques peuvent se situer sous l’expression « vers une école du 3ème type », dernier stade avant une société sans école de Ivan Illich.

 - Il n’y a pas de modèle d’une école du 3ème type. La caractéristique de tout organisme vivant est de s’auto-créer et de faire évoluer son propre modèle au gré des interactions avec son environnement (ce que Varela appelait l’autopoïese) et des contraintes dans lesquelles il doit vivre. Nous pouvons considérer que toute école devrait être un système vivant ou tendre à l’être.

- La finalité de l’école du 3ème type ne peut être que la contribution, parmi et avec les autres espaces de vie d’un enfant, à son épanouissement en adulte autonome armé des outils de l’autonomie.

- Les fondements théoriques des apprentissages sur lesquels se basent toutes ces écoles pouvant se situer en mouvement vers une école libérée ou de 3ème type peuvent être sensiblement différents. Par exemple certaines s'inspirent de la théorie des intelligences multiples de Gardner. Pour ma part cela ne m'apparaissait pas suffisamment solide et probant et j'ai créé celle des langages multiples créateurs de représentations et de mondes multiples. Il y a toutes les théories de Skinner, Dewey, Neill, Roggers, Montessori, La Garanderie et bien d'autres. Il y a aussi les visions philosophiques (Steiner,…), celles pédagogiquest et sociétales (Faure, Freinet, Ferrer, Freire...). Mais leurs logiques ne se contredisent pas et conduisent toutes, à terme, vers la même conception et de l'acte éducatif et de l'école. Jusqu'à Illich puisque dans une société sans école (qui aurait donc bien changé !) on peut imaginer qu'il y aurait bien des espaces particuliers et communs à disposition de tous (une bibliothèque en est un !).

Ce qui est le plus intéressant, c'est la convergence à partir de points de départ différents. Je défie n'importe quel visiteur ignorant, dans ce qui existe et que l'on puisse qualifier d'alternatif, de différencier un label.

Tout converge donc vers un autre monde... de 3ème type (expression tirée de « Rencontre du 3ème type » de Spielberg !), c'est-à-dire vers un autre paradigme.

Dans la prolongation de ces fondements différents, ces écoles s’approchent de la prise en compte effective d’un certain nombre de principes.

Tout apprentissage ou construction cognitive s’effectue dans les interactions avec l’environnement physique et social. Leurs processus, leurs rythmes sont propres à chaque enfant et ne sont ni prévisibles, ni programmables. Les enfants en sont les auteurs et la source. L’important dans une école du 3ème type n’est pas la transmission de connaissances mais l’auto-développement des outils neurocognitifs permettant l’appropriation des savoirs, savoir-être, savoir-faire. Le processus cognitif est celui de l’énaction décrit par Varela et Maturana.

La base se trouve dans « Comment, pourquoi tous les enfants ont construit le langage le plus complexe qu’un petit humain ait à s’approprier : le langage oral verbal ? »

Ce qui implique

- La constitution d’un espace spécifique qui est habité par des enfants ou adolescents, spécifique dans son aménagement, son environnement interne, ses outils… à disposition des enfants, mais aussi des adultes qui, comme les enfants, continuent d’évoluer, ont des besoins, des envies de connaissances.

- La liberté « d’être » (être ce que l’on est, l’exprimer, l’assumer) et de « faire »

  • Une école du 3ème type accepte tout projet, des enfants et des adolescents, quel qu’il soit, naissant de leur curiosité, de leurs besoins, de leurs envies, de leurs émotions, de l’interrelation,… de leur vie. C’est dans leur réalisation et avec l’aide des adultes présents que les divers langages sociétaux (écrits, mathématiques, scientifiques…) et personnels (artistiques, corporels…) se construisent, se poursuivent, se complexifient…
  • La liberté des « faire » devant se réaliser parmi ou avec les autres, la liberté « d’être » (ou le droit d’être reconnu) étant au milieu des autres, cela implique l’auto-organisation permanente par les enfants (avec l’aide des adultes), du faire et du vivre ensemble. L’école du 3ème type constitue une entité autonome, un système vivant. Elle permet la poursuite d’une vraie socialisation.
  • Il n’y a pas de programme, de leçons, d’évaluations, d’horaires, d’emplois du temps… C’est dans l’infinité d’interactions provoquées par l’environnement ainsi que par les interrelations multiples dans l’entité école et dans les autres entités sociales que se construisent ce qu’on appelle les apprentissages informels, autonomes, naturels. Ce qui n’exclut pas les apprentissages formels lorsqu’ils correspondent à une demande ou qu’ils ne sont qu’une proposition. L’environnement et l’aménagement d’une école du 3ème type favorise ou induit l’utilisation des différents langages personnels et sociétaux dont un enfant aura besoin pour être un adulte autonome et épanoui.

- Une autre position des éducateurs. Dans les pédagogies modernes ou alternatives, l’enseignant reste la clef de voûte de la structure qu’il a souvent mise en place lui-même, l’ordonnateur, le proposeur ou le régulateur de l’activité. C’est dans le retrait progressif de cette position que s’opère un transfert des pouvoirs à un collectif d’enfants ou d’adolescents. L’autorité des adultes responsables du lieu ne leur est conférée et est acceptée ou sollicitée dans les aides, conseils, suggestions, mises en garde… que comme le recours à leur expérience de la vie et à leur expérience professionnelle. Ils assurent par contre le fonctionnement harmonieux, la sécurité et le maintien de l’état sécure de chacun comme de l’ensemble.

- Le multi-âge et la présence permanente ou occasionnelle d’adultes. Tout enfant est enclin à conquérir des mondes lorsque ces mondes existent, lorsqu’il y voit d’autres y agir, en jouir. Lorsqu’un enfant pénètre pour la première fois dans une école du 3ème type, il en voit d’autres se servir à divers niveaux des langages écrits, mathématiques, scientifiques, artistiques, musicaux… comme lorsqu’il naît il y a autour de lui des personnes qui parlent, qui marchent… cuisinent, jardinent, bricolent, lisent, font de la musique…

- Si possible, la proximité. Devant être à disposition des enfants, tant que faire se peut une école du 3ème type se situe dans la proximité de l’espace de vie des enfants, cette proximité s’élargissant au fur et à mesure qu’ils grandissent.

- L’ouverture au monde extérieur, l’osmose avec les autres entités sociales (exemple les familles). Les enfants se construisent en adultes dans un continuum où ils étendent progressivement leurs cercles d’exploration, d’investigation, de compréhension... L’école du 3ème type n’est donc surtout pas coupée de ce monde extérieur qui s’étend progressivement… à la planète.

L’ouverture aux parents est également indispensable pour ne pas rompre le lien affectif qui maintient, surtout dans le plus jeune âge, l’état sécure des uns comme des autres. Dans l’espace collectif des enfants, ils n’ont simplement pas la même posture que dans l’espace familial, laissant la responsabilité de l’harmonie de cet espace différent aux professionnels ou permanents qui ont à le piloter, mais pouvant en discuter avec eux.

- L’appartenance de l’espace éducatif (où cette liberté va pouvoir s’exercer) aux enfants, aux parents, à la communauté de proximité (village, quartier). D’une part ses stratégies éducatives, son aménagement et les moyens nécessaires, les constats permettant son évolution, sont élaborés conjointement par les professionnels, les parents, la collectivité locale, dans la recherche des consensus.

D’autre part cet espace éducatif est aussi à la disposition des adultes pour leur propre compte, aussi bien dans les moyens dont il dispose que dans les interrelations et les entraides qu’il permet.

- Une autre gouvernance. Du fait de l’appartenance collective, la gouvernance de l’espace commun devient horizontale, les pouvoirs de propositions, d’orientation des stratégies, de définition des moyens, des constats,… sont partagés dans la culture du consensus et le respect des positions et des rôles de chacun. Chaque structure doit créer ses propres modalités de gouvernance et doit pouvoir les faire évoluer.

La transformation de toute école ou lieu éducatif en une école du 3ème type est toujours un processus dont le tâtonnement expérimental éducatif et social en est le moteur. En ce sens, le terme ultime, au fur et à mesure des stades franchis, est bien la société sans école.

Bernard Collot, Bué, le 11.06.2015

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