S’il est une question qui est unanimement posée après ce mercredi tragique du 7 janvier, c’est bien celle-ci « Que faire maintenant ? ».

Or, question comme réponses se situent toutes dans le cadre éducatif existant. Dans tous les domaines il en est ainsi, on essaie de traiter tous les problèmes (SDF, retraites, crises financières, chômage…) dans les cadres sociaux, politiques, économiques… établis. Jamais une solution n’a été trouvée en dehors de faire perdurer ces cadres dont une minorité tire profit.

Serait-il inintelligent de se dire que la cause, c’est le cadre, et que la cause de la cause c’est le fondement de ce cadre ?

Il avait été vaguement question de refonder l’école, mais jamais de refonder le système éducatif. Changer (un peu) l’école sans remettre en question le système éducatif dans lequel elle est incluse ainsi que les fondements, les finalités de ce système. Changer la pédagogie dans le même système a montré ses difficultés et ses limites et elles (les pédagogies) ont été en grande partie vidées de leur essence par ceux-là-mêmes qui s’y engageaient comme par l’administration quand elle le tolérait.

Si on cherche une des causes des causes (sans s’exonérer des autres !), il y a la conception de la construction des apprentissages. Parce que c’est cette conception (transmission des savoirs), encore bien peu remise en question et pour laquelle est fait le système éducatif, qui fait qu’une immense majorité accepte ce dernier tel il est et l’empêche d’en concevoir un autre qui pourrait alors nécessiter le vivre ensemble et sa construction[1], sans avoir à en imposer artificiellement un (de vivre ensemble) qui peut alors légitimement être refusé. Et c’est le système lui-même qui produit les dégâts sociétaux sans solutions.

S’il était enfin admis et accepté ce que disent beaucoup, depuis Dewey aux neurobiologistes, ce qui a été prouvé depuis Freinet, Montessori et beaucoup d’autres jusqu’à une école du 3ème type, un système éducatif radicalement différent pourrait être conçu avec une finalité enfin humaniste. Les conséquences, également prouvée, ce sont d’autres comportements, une autre socialisation et l’école une autre construction sociale par ceux-là même qui y vivent.

Une autre cause des causes : les macrostructures. Elle ne concerne pas que l’école. Nous pouvons prendre n’importe quel domaine, nous la retrouvons dans l’agriculture, les entreprises, les villes,… jusqu’au nucléaire. Les causes des causes sont semblables dans tous les domaines.

Pour l’école, une révolution ne peut avoir lieu que si on sort enfin de notre vieille et obsolète conception des apprentissages. La révolution n’est pas alors que celle des représentations, elle induit un chambardement des positions et des pouvoirs de chacun. Elle suppose l’appropriation par les enfants, les parents, la population, avec l’aide de professionnels, des espaces scolaires mis à leur disposition[2]. Lorsque l’on garde le même cadre (avec ses programmes, ses diplômes comme aboutissement, ses cases, ses découpages…), vouloir y instaurer ou essayer d’y systématiser la coopération par exemple est presqu’une vue de l’esprit et parfois une escroquerie : on peut le mettre en relation avec la difficulté qu’ont les entreprises coopératives à vivre ou, mieux, aux patrons qui font autogérer par les ouvriers… leur demande (organisez-vous, entre vous, pour que mes objectifs soient atteints !).

Pour qu’une révolution ait lieu, il faut engager des processus, organiser la transition, tout agriculteur voulant faire passer son exploitation en agriculture biologique le sait. Mais aucun agriculteur ne peut s’engager dans une transformation s’il ne cherche… la cause des causes, comment poussent harmonieusement les plantes, ainsi que la finalité de sa culture, bien nourrir l’humanité ! Concevoir autrement les systèmes agricoles, éducatifs et tous les autres, induirait alors des conséquences sociales, économiques, sociétales, politiques… radicales et une autre façon, une raison de vivre ensemble ! En remontant à la cause ou aux causes des causes, on obtient un objet non idéologique acceptable mais dont la prise en compte a des conséquences… sur les idéologies !


[1]Un vivre ensemble se construit toujours, mais il faut que l’on ait des raisons et un intérêt à vivre ensemble, que l’on profite des autres dans ce vivre ensemble, que les autres aient besoin de nous dans ce vivre ensemble.

[2] Comme la population devrait aussi s’approprier sa santé, le partage de son travail, sa finance, son hébergement…