Reportage classe fourmis

Rien de mieux qu’un regard extérieur de dilettante pour décrire objectivement ce qu’il voit. Deux journalistes du magazine « Parents » ont passé une journée[1] dans la classe unique de Philippe Ruelen à St-Cyr le Chatoux dans le Beaujolais. Elles titrent « Une école alternative », or il s’agit bien d’une école publique ordinaire !!! Comme quoi l’école publique pourrait bien être alternative et les écoles alternatives devraient être publiques[2].

Quelques extraits de l’article à lire dans le magazine Parents qui vient de paraître en kiosque.

 C’est une magnifique journée d’automne. Dans les arbres alentours, les rouges se disputent aux jaunes. Les enfants sont réunis dans la grande pièce unique, organisée de manière apparemment aléatoire par les élèves eux-mêmes. Tous vaquent à leurs travaux, et ne semblent pas se soucier de notre présence, à la photographe et à moi.

Dorian, 9 ans, s’est installé dans le petit potager pour enregistrer au micro ce qu’il a appris d’un « C’est pas sorcier » qu’il a vu sur les félins. Il revient en classe et s’installe sur un des quatre ordinateurs à disposition. Le garçon exporte son fichier et demande juste un renseignement à son maître, Philippe Ruelen, avant de mettre en ligne le son sur le site internet de l’école, où chaque enfant a son espace personnel. Dans un coin de la classe trône un canapé. Hippolyte, en CM2, qui est souffrant, s’est allongé dessus. Deux fillettes de grande section de maternelle, Nila et Romy se sont installées à côté de lui pour regarder un livre d’images (…)

(…) Pendant ce temps, Tao, 9 ans et demi, complète son « tableau de bord ». Il veut faire une activité en lien avec une matière : grammaire, mathématique, lecture, orthographe, etc. Cela peut prendre la forme qu’il veut : exposé en classe, exercice, dessin… Devant la bibliothèque, il tire un premier ouvrage, un atlas du monde, le parcourt, le repose, puis en prend un deuxième. Je lui demande ce qu’il fait : « J’ai choisi de faire un exposé en géographie et je veux travailler sur la Guyane. C’est un département français qui n’est pas connu, alors ça m’intéresse ! » Tao peut chercher où il veut : livres, documentaires vidéos, mais aussi Internet (…) Pendant ce temps, Selva, sa petite sœur de 6 ans et demi, s’est juchée sur une chaise devant un ordinateur. Elle répond à des questions de calcul mental grâce à un logiciel. (…)

A ses côtés, Alexis rend un livre qu’il a emprunté sur le logiciel de prêt de la bibliothèque de l’école.(…)

(…)

Chaque enfant qui acquiert un nouveau savoir peut ensuite le transmettre aux autres via un « arbre de la connaissances ». Les élèves mettent à jour leurs connaissances sur le logiciel partagé de l’école, « Arbuste ». 55 écoles pratiquant la pédagogie dite « de troisième type » ont accès à ce logiciel. Les enfants peuvent développer des correspondances avec les élèves de chaque école. (…)

(…) Dans une classe qui applique la « libre circulation » et où aucun ordre n’émane d’un adulte, on s’attendait à trouver au pire l’excitation et l’anarchie, au mieux un joyeux chahut. Or, il faut se rendre à l’évidence : les élèves travaillent tous à leur tâche, sans qu’à aucun moment leur maître ne leur demande de travailler (…)  « L’être humain est ainsi fait qu’il a envie d’apprendre, en permanence. Nous utilisons sa soif de savoir (…) Ce n’est pas l’adulte qui impose. Les enfants n’obéissent pas pour faire plaisir à l’adulte, mais parce qu’ils y trouvent un intérêt. On ne fait rien à leur place non plus, on les laisse expérimenter seuls. Je ne les aide que s’ils buttent sur une difficulté et demandent mon aide. »

(…)

A voir tous ces enfants concentrés sur leurs jeux et leurs tâches, nous nous éclipsons sur la pointe des pieds, à la fois surprises et ravies d’avoir partagé cette journée dans une classe « pas comme les autres ».


[1] Un inspecteur va y passer, lui, tout au plus une heure ou deux… et rédige un rapport.

[2] L’appel pour cela est toujours en ligne et continue d’avoir des signatures : http://appelecolesdifferentes.blogspot.fr/