diplomes

Dans les constats qui permettent d’argumenter sur l’efficience du unschooling à l’école (école du 3ème type) ou sans école, il y a celui-ci : lorsqu’ils le désirent, tous peuvent faire ce qu’il est nécessaire pour obtenir tel ou tel diplôme, entreprendre telles ou telles études et réussir. Pour ce qui concerne ma propre expérience, c’était « tous peuvent suivre au collège »

Mais ce constat vérifié a pour seule valeur de corroborer qu’apprendre est naturel suivant les conditions dans lesquelles on permet à chacun de se trouver.

Il a l’inconvénient de paraître conforter le système aberrant de l’attribution de valeurs par un papier, de hiérarchisation sociale suivant les papiers que vous possédez, les études que vous avez faites, ce que l’anthropologue David Graeber[1] appelle la diplômania dans son dernier livre « La bureaucratie » :

  • C’est un exemple de création de valeur à partir de documents et non de pratiques. Les connaissances que vous appreniez en les pratiquant nécessitent aujourd’hui d’être validées par des papiers.(…).
  • Cela correspond à un état d’esprit en lien avec le capitalisme financier et bureaucratique. C’est l’idée que la valeur provient des papiers, des documents administratifs. C’est une forme de fétichisation.(…) Il y a donc cette idée que notre classement est ce qui fait notre valeur, avec une chaîne géante de documentation et de formulaires à remplir dont nous pensons qu’elle crée notre valeur, alors qu’elle crée de la contrainte.[2]

On nous rétorque aussi souvent que finalement le « capitalisme » ou le « libéralisme » (deux espèces de personnages monstrueux !) se satisferaient beaucoup d’une école du 3ème type puisque c’est l’initiative, la créativité de leurs employés (serviteurs !) qui commencent à leur manquer le plus pour augmenter les profits. Nous « mettrions donc sur le marché » ce dont ils ont besoin. Ils n’ont d’ailleurs plus besoin d’émigrés incultes et affamés (il y a ce qu’il faut sur place !) mais s’il s’agit d’émigrés qui occupaient chez eux des fonctions sociales nécessitant connaissances, savoirs et savoir faire, alors ils sont les bienvenus et les filtres de l’émigration leur sont ouverts (c’est en plein dans l’actualité !).

Ce n’est pas parce qu’à la suite d’une école du 3ème type des jeunes peuvent passer des diplômes s’ils le veulent, devenir cadres ou entrepreneurs s’ils le veulent, que nous défendons le système dans lequel ils sont et nous sommes malheureusement… dans l’instant. Au contraire, une société sans école devra bien  être une société libérée des diplômes mais aussi une société libérée de bien d’autres contraintes, celles de la compétition, du temps confisqué (pour en faire du profit pour les autres), de la consommation imposée, des valeurs qui n’ont de valeur que si elles rapportent (encore du profit), des hiérarchies sociales qui confisquent pour quelques-uns les parts de ce que produit l’humanité,…

Si nous démontrons que c’est dans la liberté et un environnement riche en interactions que les enfants se construisent en adultes avec tous leurs pouvoirs humains, ils le font dans la création de microsociétés qui n’ont plus rien à voir avec la nôtre. J’avais écrit il y a quelque temps « L’école du 3ème type est-elle révolutionnaire », la réponse était « Oui, à l’insu de son plein gré » !

Tous les régimes, qu’ils se dénomment, capitalistes, communistes, libéraux, socio-quelque chose, ne s’y sont pas trompés parce qu’ils se sont bien gardés de prendre en compte pour leurs écoles, toutes rigoureusement identiques, ce qui est connu depuis longtemps et prouvé aujourd’hui, (petit bémol pour la Finlande… mais il y a toujours les diplômes). Ils n’ont aucune envie de se tirer une balle dans le pied parce qu’alors les citoyens auxquels ils auraient affaire (à faire !) ne seraient plus les mêmes. Supprimez les diplômes… et tout s’écroule et pas seulement l’école. Même les progressistes n’osent pas toucher au bac (voir en supprimant le bac…)

L’école du 3ème type (j’y englobe les écoles démocratiques, alternatives…et le unschooling) est bien subversive pour les systèmes existants. Elle ne les ferait écrouler que si elle était généralisée, généralisée au moins dans les représentations du peuple pour les enfants duquel elle est faite. S’il ne faut pas compter sur les Etats pour le faire, par contre les représentations différentes de l’école gagnent de plus en plus de terrain… dans les têtes, les aspirations et les demandes. Il n’y a pas forcément d’intentions politiques dans ces demandes qui croissent, le plus souvent c’est seulement l’intérêt des enfants qui prime (voir les commentaires des 20 000 signataires de l’appel) et pourtant l’enjeu est bien Politique (ou sociétal si le mot vous fait peur).

La plupart des grands pédagogues savaient bien que pour changer la société il fallait non seulement donner l’accès au savoir à tous les enfants mais aussi changer l’école c'est-à-dire comment chaque enfant accède aux savoirs, certains comme Francisco Ferrer[3] ont même été fusillés pour cela. Bien sûr c’est dans les systèmes existant qu’ils ont essayé de propager leurs idées sous forme de pédagogies… que les systèmes en place se sont évertués à vider de leur substance et de leur sens, ne serait-ce qu’en faisant encore plus des diplômes le but de l’école et la base de la sélection et du contrôle social[4].

Nous aurons beau démontrer et re-démontrer que c’est dans la liberté de lieux comme une école du 3ème type que les enfants se construisent au mieux en adultes en possession de toutes leurs potentialités (donc de leurs pouvoirs), les systèmes éducatifs et leur arsenal de contrôles, d’examens, de diplômes ne changeront pas… sauf lorsque le peuple (dont nous faisons partie) aura compris non seulement que l’intérêt et le devenir de ses enfants sont ailleurs mais aussi que lui-même a été et est toujours prisonnier de cela. C’est peut-être ce qui est en route et je nous souhaite son accélération pour une bonne année 2016 !  

PS : Dans "école et société"(TheBookEdition.com) j'avais  projeté ce que pourrait être un système éducatif de transition. 

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[1] Autre livre important : La dette

[2] Extrait d’un entretien sur médiapart.

[3] Pédagogue espagnol qui fonda l’escuela moderna (expression reprise par Célestin Freinet) et qui devant le peloton d’exécution (1909) prononça cette dernière phrase : « Mes enfants, vous n'y pouvez rien, visez bien. Je suis innocent. Vive l'École Moderne ».

[4] La diplômania est particulièrement forte en France, surtout pendant ces dernières décennies « pas de sortie du système scolaire sans diplômes » ou « sans qualification » (ce qui est encore plus révélateur) ne cessent de seriner tous les politiques, de gauche ou de droite.