On pourrait

Nous étions condamnés à suivre les enfants ! 

Ce qui déclenchait souvent des projets collectifs ou individuels c’était le « On pourrait… Tu pourrais… Et si… » Le pouvoir de ce conditionnel suggestif, appartenait tout aussi bien aux enfants qu’à moi-même, et il était souvent difficile de se souvenir quel était l’origine du premier « on pourrait… » ce d’autant qu’il enclenchait d’autres « oui mais il faudrait… » etc.

Le « on pourrait… » enlève toutes les limites qui restreignent habituellement les projets à l’ordinaire, ne rend plus rien d’utopique, emmène dans une infinité de pistes, et c’était l’expression que j’utilisais moi-même le plus. Les enfants, eux, n’ont aucune peur d’envisager ce qui ailleurs serait pris pour du délire et que nous adultes n’oserions même pas imaginer.

Si je prends quelques histoires plus spectaculaires que les autres que j’ai narrées par ailleurs, elles ont toutes démarré par cela, les « on pourrait... » naissant tous de la vie commune ou personnelle.

La course de haricots (« le grand prix haricotmobile ») qui a mobilisé pendant plusieurs mois deux ou trois dizaines de classes en France, c’est un enfant qui l’a lancée à la suite d’un message reçu d’une classe expliquant qu’ils plantaient des haricots. « Et si on faisait une course de haricots avec eux ? » Rigolades, « les haricots ça ne marche pas comme les escargots !… Oui mais ça pousse ! Il faudrait les mesurer… oui mais quand… Et si on envoyait un message à toutes les classes… ». Et les « On pourrait, il faudrait… » se sont multipliés venant d’ailleurs… jusqu’au lancement de la course. Bien sûr j’ai bien dû glisser moi aussi quelques « Il faudrait… » techniques et mis mon grain de sel.

L’histoire de l’opération « Un cahier, un crayon, un livre, un nounours pour nos copains roumains » qui a mobilisé tout l’hexagone pendant la révolution roumaine, y compris la ville de Chatellerault, est venue d’une petite rentrant en pleurs après avoir écouté les informations à la maison « Il faudrait les aider, on les connaît, ce sont nos copains » et les « on pourrait… » ont fusé, tout leur paraissait facile et à faire immédiatement, démultiplié encore par les échanges dans nos réseaux où d’autres « on pourrait… » étaient immédiatement mis en œuvre, relayés… C’étaient nous, les adultes, qui suivions ce que nous n’aurions pas imaginé possible.

Autre exemple venant d’une autre classe unique qui avait établi des contacts avec une école de la forêt guyannaise (1) et qui nous faisait participer à leurs échanges par l’intermédiaire de leur journal et de la messagerie. Pour que ces enfants de la forêt vierge puissent aussi envoyer des messages un des enfants de l’école de Haute-Rivoire eut l’idée incongrue « Il faudrait qu’ils aient un ordinateur ! » d’où les « Oui mais comment trouver les sous ? » et de « Oui mais… » en  « On pourrait… » et « Il faut… » ils montèrent une affaire commerciale coopérative et solidaire où nous, avec d’autres classes, devenions des agents commerciaux chargés de vendre les colliers en dents de crocodile envoyés par les petits guyannais à l’école de Haute-Rivoire qui gérait toute l’affaire. Bien sûr l’enseignant Patrice Gonin avait vérifié qu’un ordinateur pouvait fonctionner là-bas avec leur groupe électrogène, glissé quelques "on pourrait..." pratiques, aidé au montage technique, à faire les comptes…

L'histoire avec la Calypso sur la barrière de corail australienne, c'est un enfant d'une autre école qui l'avait déclenchée : "Vous pourriez..."

Ces histoires, plus ou moins spectaculaires, le plus souvent ne méritant même pas que nous en fassions état, c’était quotidiennement que nous les vivions avec ces « on pourrait… ». Ni les enfants, ni moi, ne pensions à un seul moment vivre quelque chose d'exceptionnel. Ce n'est que beaucoup plus tard que je me suis rendu compte de l'aventure vécue. 

Finalement, nous étions condamnés à suivre les enfants ! Si vous voulez que rien ne se passe, ne prononcez jamais « on pourrait… » ou « tu pourrais… » avec des enfants et ne les écoutez jamais quans ils le prononcent !

Toutes les vraies leçons que j'ai reçues dans ma vie, ce sont les enfants qui me les ont données... et j'en suis encore à me demander pourquoi je ne les applique pas encore toutes !

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(1) C'était à Antecum-Pata, histoire relatée avec d'autres dans "La fabuleuse aventure de la communication" TBE

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