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Dans sa conférence de presse, on aurait pu penser que la ministre de l’Education nationale s’interroge d’abord sur les causes du phénomène de l’extension de la fuite de l’école publique, pas que de parents mais aussi d’enseignants. Pas du tout. Il est impensable que la cause puisse être l’école publique elle-même. L’État sait toujours ce qui est juste, a toujours de bonnes intentions protectrices… annoncées !... même pour les travailleurs ! Il n’y a pas à les discuter.

Les informations sur les causes de cette fuite ne manquent pas et si, fut un temps, il y avait bien un certain nombre de familles voulant extraire leurs enfants de l’hétérogénéité sociale, voire de familles appartenant à des mouvements sectaires, la quasi-totalité des projets et créations des dernières années sont basées sur une autre conception de l’acte éducatif et de ses conditions, impossible à trouver dans l’école publique. Pour certaines familles, c’est même assistance à enfants en danger que de sortir leurs enfants de l’école publique.

Le ministère ne peut pas l’ignorer, les médias commencent depuis quelque temps à en rendre compte, les projets et leurs raisons sont tous affichés publiquement sur internet. Dans les chiffres complaisamment cités, à l’habitude de tout politique, il n’y avait pas quels types d’écoles ou de projets commençaient à pousser comme des champignons, personne ne croira que les statisticiens du ministère ne les aient pas produits (comme ils avaient produits autrefois les statistiques des résultats des classes uniques… supérieurs à la moyenne nationale, bien trop embarrassants pour en tenir compte). La ministre ne peut pas ignorer les difficultés financières auxquelles se heurte toute création hors contrat (sauf justement pour celles qui ont les puissants moyens d’une Eglise ou d’un mécène… capitaliste) et qui font qu’elles ne se propagent pas plus malgré la demande croissante.

On ne peut que souscrire au droit à l’éducation de tout enfant, on ne peut que souscrire à leur droit d’être protégés de tout endoctrinement et on sait très bien que c’est la menace de créations d’écoles coraniques que l’État veut juguler… alors que la ministre se garde bien de citer le pourcentage d’écoles catholiques, sous contrat elles. Mais passons. Il est certain qu’en dehors des directement concernés il n’y aura pas de levée de boucliers contre les décrets annoncés, y compris dans les mouvements pédagogiques où les écoles alternatives sont toujours qualifiées de « pour les riches » alors que tout le monde sait bien que c’est seulement parce qu’elles ne peuvent être qu’hors contrat qu’il faut que les familles participent à leur financement (voir l’appel pour leur accès à tous), alors que les établissements publics où une autre pédagogie est officiellement appliquée se comptent sur les doigts d’une main.

La liberté de l’enseignement est toujours hautement proclamée… si celui-ci est conforme à ce qu’édicte l’État. Parce que le contrôle annoncé est bien un contrôle de conformité.

Ah ! « il n’y aura pas d’obligation de résultats » ! Evidemment il faudrait alors que l’école publique ait, elle, « des obligations de résultats » et on sait tous ce qu’il en est. Autrement dit peu importerait par exemple que les enfants sachent lire pourvu qu’on les trouve au moment T en train d’apprendre à lire. Mais il y a bien quand même pour ces écoles une obligation de résultats puisqu’il sera tenu compte, pour juger de la validité de l’éducation prodiguée, d’évaluations semblables à celles de l’école publiques et aux mêmes stades pour juger de la « progression vers le socle commun » par des « exercices » que pourront faire faire cette fois légalement les inspecteurs ou d’anciens enseignants qui viendraient se rajouter aux contrôleurs, « s’ils les jugent utiles ». En fait de supprimer l’arbitraire des ces contrôles, c’est a contrario donner tout pouvoir aux contrôleurs. Bien sûr que parmi eux il y a des personnes intelligentes. Mais quand il est dit que c’est pour « renforcer le dialogue avec les familles » la cohorte d’enseignants Freinet inspectés dans l’école publique peut témoigner des difficultés qu’ils ont à ne pas se plier à « la vérité » assénée par beaucoup d’inspecteurs sauf à en subir les conséquences. Si son administration se comportait différemment avec ses propres enseignants, on pourrait peut-être croire aux propos de la ministre, à l’ouverture complaisamment affichée. On voit mal tous ces contrôleurs formatés et employés par l’école (où ils pensent avoir réussi) accepter que des enfants se construisent dans l’informel, sans programmes et leçons, dans la liberté, dans un rythme cognitif qui n’a rien à voir avec ceux imposés par l’école, dans le unschooling ; et pourtant il ne manque pas de travaux de la neurobiologie qui corroborent la nécessité et la validité d’une autre approche. On peut affirmer que sont ainsi condamnées toutes les écoles du mouvement des écoles démocratiques ou de 3ème type, condamné le unschooling à la maison (pas de contrôle quand à l’école à la maison sont suivis les cours du CNED !)

Au-delà des intentions protectionnistes, cette volonté gouvernementale révèle l’ignorance absolue des fondements sur lesquels se basent ces écoles alternatives qui ne peuvent faire autrement qu’être hors contrat, ou plutôt le refus de vouloir s’y pencher comme le refus de se pencher sur le phénomène des classes uniques. Le vrai problème est là. En empêchant de facto (par la nature des contrôles) que se développent ces approches de l’éducation radicalement différentes, on évite d’avoir à remettre en cause tout le système éducatif lui-même ainsi que sa finalité. Il s’agit d’éviter qu’elles fassent tache d’huile, que l’opinion publique se pose des questions et ait des envies pour ses enfants. En fait de protéger les enfants, c’est l’école telle elle est qu’il s’agit de protéger.

Il n’y aura pas de protestations des progressistes de l’école. La menace qu’il y ait quelques cas d’écoles sectaires, d’enfants réellement en danger, cas que les dispositions actuelles permettent de repérer et d’éliminer, suffit, comme pour le terrorisme, à faire accepter des lois restreignant encore la liberté… au nom de la liberté comme n’a cessé de le répéter la ministre[1]. Pourtant ces mêmes progressistes dénoncent (en paroles, sur le papier) depuis longtemps une école d’État (au service de l’État et non pas au service du public) qui impose ses propres finalités, formate à une société qu’ils dénoncent aussi. Ces mêmes progressistes voient bien que l’école dans laquelle ils opèrent reste inchangée depuis son instauration. Mais au nom de l’égalité (ce n’est pas bien mais c’est pareil pour tous) ils ne peuvent admettre qu’il puisse se faire autre chose en dehors d’elle. Il y a peut-être bien aussi que ces écoles dérangeantes vont bien au-delà de ce qu’eux-mêmes envisageraient et accepteraient pour l’école publique. Il en devient inacceptable… que cela marche !

Mais c’est l’euro du foot ! Quelle idée de s’attarder sur un détail qui ne concerne qu’une poignée considérée comme illuminée et qui peut-être ne s’intéresse même pas au foot ! Du pain et des jeux, pour le pain c’est pas pour tous, vive la République !

Sur le même thème des textes écrits bien longtemps avant la conférence de presse de la ministre

Ces écoles alternatives qui dérangent

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Liberté à l’école ? Ailleurs ?



[1] La ministre a utilisé le vieux truc habituel en citant à plusieurs reprises le projet de loi du sénateur Ciotti bien pire que le sien, sous-entendant qu’elle, elle est plus tolérante. Le même truc que pour la loi du travail : avec les autres, ce sera bien pire !