pilote

Mes billets ne sont qu’un regard extérieur, un ressenti. Je ne vis plus tout cela.

Mais le problème de la gouvernance, lui, est bien réel, toutes celles et ceux qui le vivent en sont bien conscients et ils échangent ; c’est d’ailleurs la convergence de ce qu’ils expriment dans leurs échanges qui empêche de le considérer comme simple « cas particulier »

Avec l’autorisation de son auteure, ci-dessous un des messages extrait de la liste de diffusion « pratiques »

 Un aperçu de chez nous

 Si entre les parents il existe une véritable volonté de s’entendre, de coopérer, de s’écouter, la démocratie représente un effort considérable qui nous bouleverse, nous fatigue, nous demande énormément de disponibilité tant psychique que physique et de temps.

Les attentes inconscientes existent bien et se heurtent les unes aux autres. Aucun projet n’avait été écrit faute de temps et parce que nous pensions que l’expérience nous apporterait des pistes à suivre, à ne pas suivre et éviterait les écueils à l’écriture du projet. Simplement, nous savions tous que nous n’avions aucune exigence en termes d’apprentissages comme la lecture, les mathématiques… Certains (moi en l’occurrence) en avaient cependant concernant les apprentissages sociaux et relationnels.

Beaucoup ont appréhendé l’école du 3eme type comme le laisser faire : « les enfants en auront marre d’être dans le bordel et ils adopteront des règles » (je rappelle qu’ils ont entre 3 et 6 ans). Les réunions s’enchaînent entre nous et chaque parent commence à ressentir le besoin de cadre (qui avait été évincé sous prétexte de bienveillance, liberté). Evidemment, les journées étaient (et toujours encore un peu) chaotiques : chacun fait ce qu’il veut, mais on se demande même s’ils savent ce qu’ils veulent ou s’ils sont seulement agités, angoissés. Une ambiance telle que Philippe décrivait aux débuts de l’école qui regarde la montagne.

Aujourd’hui, après toutes les réunions, les tentatives laborieuses de convaincre qu’un cadre est bienveillant justement pour nos enfants, je pense que les parents ne sont pas toujours les mieux placés pour gouverner l’école justement. Non pas qu’ils manquent de compétence, de connaissance sur le sujet, mais parce qu’ils sont trop à fleur de peau et centrés sur nos enfants.

Bien souvent les parents qui s’engagent dans ces projets (la thérapeute qui nous propose l’analyse des pratiques nous l’a bien souligné), sont très sensibles, affectés par quelque chose qui prend forme chez leur enfant. La difficulté à supporter la frustration de leur enfant en est tout à fait révélatrice. Il faut veiller, dans de tels projets, à ce que ce ne soient pas les pathologies qui se rencontrent qui fassent projet. D’où l’importance selon moi d’une personne extérieure qui ait la main et qui n’ait de compte à rendre qu’au regard du projet ou de la charte écrite et signée par tous.

Car je pense qu’il est essentiel, pour les enfants, que les adultes acceptent de lâcher prise et de faire confiance à un autre adulte auquel ils (les enfants et les adultes) peuvent se référer.

Nous percevons bien que notre difficulté à lâcher prise insécurise grandement les enfants qui ne lâchent rien non plus et mettent en actes (s’opposent, n’adhèrent pas) ce que nous parents ne disons pas. Et je ne suis pas sûre qu’il existe un moyen d’être tous d’accord sur tout, je ne pense pas non plus que ce soit nécessaire, je pense plutôt qu’il faille accepter qu’un autre mette en vie un projet auquel on adhère, auquel on participe éventuellement, mais qu’on n’anime pas.

Il semble que chaque famille ait à cœur de composer avec les points de vue de chacun et j’ai espoir que si le projet devait s’arrêter cela se fera dans de bonnes conditions (certains enfants vont avoir 6 ans, l’urgence de créer une école hors-contrat est un souci, les parents qui travaillent à côté s’épuisent un peu dans cet engagement de présence, le cadre incertain est un vrai problème éducatif pour certains parents et enfants qui pourraient alors abandonner le projet).

Iseult

D’autres témoignages peuvent se rajouter à celui-ci dans les commentaires (s’ils ne mettent pas en cause des personnes).