Rencontres du 3ème type en Belgique

J’avais été invité par les CEMEA belges à participer aux discussions lors de la projection du film « Dans la classe de Sophie » pendant leur festival des films sur l’éducation à Bruxelles. Ceux qui connaissent les CEMEA savent leurs immenses qualités organisatrices et Alain Buekenhoudt m’avait concocté un périple qui m’a fait passer d’un projet de création d’école Freinet à Bruxelles, puis à « L’autre école » (école Freinet), puis à « De l’autre côté de l’école » (école secondaire Freinet), puis aux « Mercredis du mouvement Freinet », puis au festival, toujours à Bruxelles, et enfin à « L’école des Bruyères » à Louvain-la neuve… avec chaque fois les soirées… et les bières belges (j’ai été très sobre !).

Les belges n’ont rien à envier aux français ! Partout j’ai retrouvé cet enthousiasme de personnes qui s’investissent totalement, n’arrêtent pas de se questionner, ne se rendent même pas compte que ce qu’elles font est remarquable. D’ailleurs, plus ce que font des personnes est exceptionnel, moins elles le savent et plus elles sont toujours insatisfaites ! J’ai souvent envie de leur dire « Cool ! Un petit pas sur la lune en vaut mille sur la terre ! »

Je vais reprendre le périple dans l’ordre chronologique.

- Lundi, dans un appartement avec l’équipe des enseignants du projet d’une nouvelle école Freinet à Bruxelles. (http://ecolefreinet.wixsite.com/bruxelles)

Comme partout lorsqu’il y a une quinzaine de personnes il faut que s’expriment et s’ajustent les nuances dans les visions de chacun. Il y avait déjà longtemps que l’équipe cogitait et le problème du multi-âge qui avait ses partisans ne faisait pas encore consensus. Il est vrai qu’en Belgique aussi il y a des contraintes et il faut reconnaître que le multi-âge, dans des écoles à l’effectif important, demande une conception radicalement différente de l’acte éducatif en même temps qu’une organisation générale également radicalement différente. Mais ce n’était pas le problème principal, celui-ci se traitant plus objectivement lorsqu’on est sur le terrain. Il s’agit pour eux de trouver le terrain ! Ce terrain, ce lieu, il faut pour eux qu’il soit entièrement gratuit pour les familles.

Je me suis bien fait expliquer une dizaine de fois le système éducatif belge mais je ne suis pas encore sûr d’avoir tout compris. Il y a trois sortes de ce qu’on appelle chez nous Éducation nationale, totalement séparées et indépendantes, qui recouvrent et régissent les trois communautés linguistiques (français, néerlandais ou flamand, allemand) Donc, à Bruxelles c’est « la communauté française » sorte de ministère de l’éducation, qui édicte les lois concernant les écoles, forme et paie tous les enseignants (sauf pour ce qui concerne le « privé », le hors-contrat chez nous, mais chez eux il est pratiquement aussi hors contrôle). Et il y a « le pouvoir organisateur » Le pouvoir organisateur, c’est celui qui crée et assure le fonctionnement d’une école. Ce pouvoir ce peut être la communauté française elle-même (ce qui correspond à nos écoles publiques), des communes et des ASBL (associations à but non lucratif). Dans les deux derniers cas le pouvoir organisateur doit fournir les moyens concernant les locaux et leur fonctionnement, puis recrute ses enseignants parmi ceux formés et payés par la communauté française. Lorsqu’il s’agit d’une ASBL, comme chez nous il faut qu’il y ait un apport des familles pour le fonctionnement. L’ensemble de ces trois types d’écoles doit se conformer aux règles émises par la communauté française, mais elles sont quand même beaucoup moins tatillonnes et obtuses que chez nous (exemple de nos évaluations et de notre diplômite !). Vous me suivez ?

Le problème pour nos amis était donc que leur projet devienne celui d’une création par une commune de la périphérie bruxelloise pour que les familles y aient accès gratuitement. En soi, ce n’était pas vraiment un problème, d’une part parce que les communes me semblent beaucoup moins frileuses et plus pragmatiques que chez nous[1], d’autre part parce que comme dans toutes les grandes métropoles il y a un besoin pressant de caser tous les enfants. Le projet intéresse donc plusieurs communes, mais d’une part pas question que ce soit une trop petite structure (à moins de 450 enfants ce ne serait plus… rentable !), d’autre part c’est la commune, pouvoir organisateur, qui recrute les enseignants et non pas l’équipe de l’école comme dans les ASBL, la pérennité du sens du projet et de la cohérence de l’équipe n’est donc pas forcément assurée. Autre point difficile : il n’y a pas de carte scolaire en Belgique, toutes les familles ont donc le choix, mais pour assurer la mixité sociale il faudrait que l’école ne soit pas implantée dans un quartier aisé.

Voilà ce à quoi sont confrontés nos amis belges dans les négociations entreprises. Cela doit rappeler quelque chose à ceux qui chez nous essaient de faire passer un projet cohérent dans l’école publique !

- Le mardi c’était une journée à « L’autre école ». (http://www.autre-ecole.org/)

Rencontres du 3ème type en Belgique

J’y avais déjà passé une journée il y a une quinzaine d’années. Il y a plus de quarante ans que cette école Freinet a été créée par Henri Landroit, connu depuis longtemps dans le mouvement international Freinet (du même âge que moi, nous avons dû parfois pendant ces journées saouler les jeunes avec nos souvenirs d’anciens combattants !). C’est une école dont le pouvoir organisateur est une ASBL, une association comprenant des parents. Ces derniers ne participent pas à l’élaboration de la pédagogie et à la gouvernance, en ce sens ils sont dans la même position que nos parents de l’école publique et de certaines écoles alternatives, mais ils doivent assurer le fonctionnement matériel de l’école par l’association et par leurs apports. Le problème de la participation effective des parents a été soulevé dans toutes les rencontres, il semble bien que ce soit avec le multi-âge la nouvelle phase abordée par le mouvement belge.

Dans cette école comme dans les suivantes, les locaux ont été dès leur origine soit construits, soit transformés quand ils existaient déjà, pour être une école Freinet. Un peu comme les très rares écoles ouvertes des années 70 ou plus actuellement l’école de Monticello en Corse. De par sa situation urbaine L’autre école est dans la verticalité avec trois étages. Si l’organisation des espaces est ingénieuse quant à la circulation entre les uns et les autres, s’il y a un magnifique espace commun avec un double amphithéâtre (photo du haut du billet), il a été conçu à l’origine dans la perspective d’une salle pour chaque niveau d’âge. Avec le temps, la nécessité de disposer de beaucoup plus d’espace avec le même effectif, en particulier lorsqu’est envisagé un multi-âge vaste, s’avère un besoin difficile à réaliser. On peut bien parler d’ateliers permanents à accès libre pour les enfants, mais où les placer dans une salle de 56 m2 ? Les contraintes matérielles qui limitent les possibles sont les mêmes partout.

 

Rencontres du 3ème type en Belgique

L’espace extérieur est aussi réduit à celui d’une cour bétonnée. MAIS, lorsqu’on se promène autour du bâtiment (ce que j’aime toujours faire, parfois simplement pour fumer ma clope !) on découvre que derrière l’école il y a toute une bande boisée avec une longue allée de promenade… un espace public que se sont appropriés les enfants et l’école, le transformant en terrain d’aventure ! Mieux, il a été créé une charmante passerelle pour passer de la cour de récré à cet espace public presque sauvage où les enfants ont bricolé une cabane, grimpent aux arbres, font mille et une choses. Voyez ce qui se passe autour d’une école et vous saurez tout de l’école !

Rencontres du 3ème type en Belgique

Arrivé à l’autre école le lundi en fin d’après-midi et revenu lendemain toute la journée je n’ai pas pu y voir vivre les enfants puisque la journée du mardi était une « journée pédagogique » sans les enfants. Nous avons beaucoup discuté. Le multi-âge n’est finalement que ce qui trouble les représentations de l’acte d’apprendre. Partout je ressens que tout le monde comprend cette nécessité et aspire à cela, mais butte sur la réorganisation complète que le multi-âge induit et plus encore sur le renversement de toutes les représentations que l’on a des apprentissages. Il faut se déformater ! Les contraintes d’espace, d’attentes des institutions et des familles (elles-mêmes formatées) ne sont pas à négliger et sont bien de réelles butées, mais je continue de penser que le problème universel de nos sociétés, dites civilisées, est bien celui de l’entrée dans un nouveau paradigme, avant que ne se transforment les pouvoirs politiques sur l’école et l’éducation.

Mercredi matin, « De l’autre côté de l’école » (http://www.acecole.be/)

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« L’autre école », c’est pour ce qui correspond à la maternelle et au primaire chez nous. Et après ? D’où, comme à Mons en Baroeul peu éloigné de Bruxelles mais côté français, la création il y a trois ans d’une école Freinet secondaire (collège-lycée), à deux ou trois cent mètres, de « l’autre côté de l’école » (l’ACE), avec une ASBL comme pouvoir organisateur !

Comme pour l’autre école l’aménagement d’un bâtiment a été conçu pour un établissement Freinet. Là aussi dans la verticalité urbaine, d’ailleurs le dernier niveau est en cours d’aménagement pour qu’y grimpent à la rentrée prochaine les adolescents une fois passées les trois premières années dans l’établissement. Curieusement l’espace pensé pour des secondaires offre beaucoup plus de possibilités, cela tient probablement au fait que le formel y a plus sa place, bien qu’à l’ACE cela n’en soit pas encore à la liberté d’aller ou de ne pas aller en cours comme à Summerill ou, à un moindre degré, dans les 3 lycées autogérés français.

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Il y a à chaque niveau, devant les salles, de grands espaces avec des tables où je voyais quelques adolescents faire très tranquillement… mais je ne savais pas ce qu’ils faisaient ! Peut-être quelque chose pour le cours où ils devaient être, peut-être parce qu’ils n’avaient pas cours, peut-être pour discuter… Ceci dans un calme olympien, sans surveillance (d’ailleurs pour tout l’établissement il n’y a que deux… éducateurs qui n’ont aucun rôle de surveillance mais celui de faire que tout marche bien entre tout le monde. Des médiateurs !) Bref, je ne voyais pas des collégiens ou des lycéens mais des étudiants… à partir de 12 ans  ! Autre point : chaque classe a sa salle qui la caractérise et ce sont les profs qui viennent leur rendre visite pour leurs cours. Il est vrai que si elles étaient un peu plus grandes leurs possibilités d’appropriation comme espace de vie seraient beaucoup riches, toujours ma marotte des espaces.

Il y a aussi un grand espace découpé en d’autres plus petits communs à tous. Des salles pour des clubs, comme le club d’échec, pour des réunions, la documentation et bibliothèque… et le coin des profs, avec cafetière. A ce propos, les profs dans la salle des profs il faut savoir à l’avance que ce sont des profs ! Décontraction totale, on sent à leur attitude qu’ils sont ensemble dans le même bateau… qu’ils apprécient. C’est vrai qu’ils sont tous jeunes ! Je n’ai pu discuter qu’avec une profe de français, dont j’avais été voir son cours dans l’option « l’art de la parole ». C’était une séance avec des marionnettes. Moi qui suis un fan de l’utilisation des marionnettes quel que soit l’âge, j’ai été vraiment impressionné à la fois par la qualité d’improvisation des adolescents, le souci technique apporté par la professeure pour améliorer l’impact de l’expression, l’attention et la concentration de tous qui n’empêchait pas aussi les éclats de rire. Ce que faisait cette profe, la posture et la relation qu’elle avait avec les élèves, c’est ce dont on voudrait que tous les collégiens et lycéens de France et de Navarre bénéficient. Probablement trop simple ! Il n’empêche qu’elle était… insatisfaite et toujours dans le questionnement !

Mais je voudrais surtout vous parler d’Amandine, la directrice. Cheville ouvrière de la création de l’école, elle fait… tout, pratiquement seule ! L’administration, le suivi des travaux en cours, l’intendance (c’est vrai qu’à midi les élèves qui restent à l’école apportent leur déjeûner qu’ils prennent dans une salle dédiée), la coordination pédagogique, l’impulsion, etc. Et elle trouve le moyen de me consacrer souriante toute une matinée ! Mais elle est surtout l’illustration parfaite de l’acceptation de l’autorité par tous quand celle-ci est d’abord celle du recours. Dans une séquence d’une discussion de la classe pour les ados en difficulté (les « insérés » ou à insérer) à laquelle nous assistions tous deux, une adolescente l’interpela « Ah ! Mais ça alors vous êtes la directrice ? Je savais pas, j’aurais jamais cru ! ». Lorsque nous étions dans son bureau en train de discuter, un élève frappe à la porte. « Madame, j’ai un problème avec untel, est-ce que je pourrais vous en parler ? – Tu en as parlé avec un des éducateurs ?» Non, c’était avec elle seule qu’il le pouvait. Amandine lui donne un RDV et peu après et ce sont les deux protagonistes qui sont venus ensemble lui confier leur problème pour qu’elle les aide à le régler et pas pour réclamer justice. Il est facile d’imaginer l’ambiance qui règne ainsi dans tout l’établissement, quand en France l’AUTORITE ne cesse de provoquer les polémiques.

Mercredi après-midi, les « mercredis Freinet »

Organisés mensuellement par le mouvement d’éducation populaire. Il y a beaucoup plus d’interférences qu’en France entre le mouvement Freinet, l’Education populaire, les CEMEA et probablement d’autres organisations. D’ailleurs les écoles Freinet gérées par une ASBL font partie d’un réseau dont j’ai oublié le nom où l’on retrouve aussi Decroly, Montessori,… gérées elles aussi par des ASBL. Il y a partout les prés carrés, mais j’ai l’impression qu’ils sont beaucoup plus perméables les uns aux autres en Belgique.

Discussions, questionnements toujours aussi intenses. Il y en a qui viennent de Liège, d’autres endroits, mais en Belgique, surtout dans chacune de ses parties assez séparées, aller d’un bout à l’autre du pays demande moins de temps que de parcourir deux lieux distants de 10 KM en ligne droite… en Ardèche ! Tout se prolonge évidemment par le repas du soir !

On retrouve dans les discussions les mêmes interrogations que se posent tous les éducateurs du monde entier qui aspirent à autre chose. L’école du 3ème type ne fait finalement que les provoquer un peu.

 Jeudi, le festival des films sur l’éducation organisée par les CEMEA belges[2] (http://www.cemea.be/Festival-du-Film-d-Education,4069?retour=1

C’est avec un peu d’émotion que je me suis retrouvé dans les locaux des CEMEA. Comme je l’ai souvent répété, les CEMEA ont été ma première famille pédagogique et l’école du 3ème type leur doit beaucoup. L’ambiance décontractée, l’activité tout azimut, les affiches, la variété et le nombre de leurs productions, jusqu’à l’odeur m’ont ramené des dizaines d’années en arrière. On reconnait toujours leur « patte » dans les manifestations qu’ils organisent, l’accueil, l’accompagnement convivial de tous, la buvette,…[3]  

Quatre films étaient présentés. « Dans la classe de Sophie » avait les honneurs puisqu’elle bénéficiait de deux représentations, la première avec les étudiants, une seconde plus grand public. Puis « Jouer en classe et apprendre le français », « Tout s’accélère », et enfin « Mauvais élèves ».

Sophie Billard, qui était présente avec Claire Lebrun la réalisatrice, n’avait vraiment pas besoin de moi pour répondre aux questions du public tant elle possède bien son sujet. Le défaut des festivals c’est que le temps de débat avec le public est toujours trop court, mais comme toujours c’est dans les couloirs et à la buvette que cela se poursuit. Certains étudiants ont été quelque peu déstabilisés : réussir ce qu’a fait Sophie dans une grosse école ordinaire de banlieue dans les conditions les plus défavorables qui soient, dans les mêmes contraintes institutionnelles que les autres classes, avec un multi-âge inhabituel (des CP et des CE2) apparaît comme inatteignable ; cela l’est d’ailleurs si on veut débuter d’emblée de la même façon. Ne pas brûler les étapes !

Un petit mot pour le dernier film « Mauvais élèves », réalisé avec les interviews d’anciens mauvais élèves et leurs regards a posteriori sur leur passé scolaire. Le film est cruel pour l’école, pourtant il est presque trop gentil. Comme le disait le président de l’Education populaire il y a des « massacres d’élèves » bien pire encore que ceux présentés, qui, eux, s’en sont sorti. Il y a aussi tous ceux qui ont subi un formatage dont ils ont du mal à se débarrasser et en souffrent aussi sans que cela soit visible, et même les « bons élèves » qui, ayant réussi ou non socialement, ont aussi souffert d’être de bons élèves avec tout ce que ce qualificatif les a empêché d’être. Le débat a été vif et interrompu par l’heure tardive. Cependant, dans toutes les réactions qui finalement n’apportent pas d’autre solution que l’appel à la bienveillance, il a peu été abordé la cause des causes : A quoi sert l’école ?

Vendredi, à Louvain-la-Neuve l’école des « Bruyères ». http://bruyeres.scolasite.net/

belgesAvec « L’autre école » c’est une des plus anciennes écoles Freinet francophone[4].

Avant 1968, flamands et francophones étudiaient dans la même université à Leuven, du côté de la Flandre. Lorsque la scission linguistique et politique est devenue plus marquée entre les deux communautés, une université a été recréée de toute pièce du côté francophone ainsi que la ville qui allait avec !

C’est dans ce contexte qu’a été créée l’école des Bruyères, comme pour l’Autre école par une ASBL. Construite de toute pièce dans la perspective de la pédagogie Freinet elle s’étale, elle, horizontalement dans la verdure, avec ce que j’ai perçu comme des quartiers autonomes d’un village mais interdépendants (quartier des maternelles, quartier des primaires). Là, il y a un extérieur (verdures, arbres, bosquets…) dont on devine qu’il fait partie intégrante de la vie des classes et pas seulement pour la récréation. Il y a même une mare ! Comme à l’Autre école les enfants ont prolongé leur espace en s’appropriant les bosquets environnant de l’espace public ; on ne sait même pas où s’arrête, où commence l’école !

C’était aussi leur journée pédagogique, je n’ai donc pas vu les enfants. Mêmes discussions et questionnements intenses qui partent dans tous les sens. Je vais m’attarder sur un problème que j’ai retrouvé dans les autres écoles : leur taille. Pour des raisons démographiques et économiques il est quasiment impossible en Belgique de créer une école avec moins de 500 élèves. C’est le cas des Bruyères. Le problème que je connaissais peu, moi qui n’avais pas à m’arranger avec des collègues dans ma classe unique, c’est celui des équipes quand elles sont composées d’une trentaine de personnes. A noter qu’aux Bruyères les enseignants sont appelés « animateurs » ce qui déjà en dit long sur ce qui leur est demandé.

Bien sûr tous leurs membres y sont venus (et ont été recrutés) en connaissance de cause, veulent aller dans le même sens. Mais il faut faire avec toutes les différences d’appréciation des rôles dans la classe, des stades et représentations où chacun en est, des fragilités, des doutes ou des craintes des uns, des besoins d’aller plus loin des autres… Quand on parle du multi-âge sur le fond duquel tout le monde est plus ou moins d’accord (nous avons des arguments solides !), ce sont bien d’autres problèmes qui sont soulevés, pas seulement des problèmes simplement organisationnels. Pour réussir à maintenir une cohérence et une harmonie de l’ensemble des adultes, amalgamer les différences, pour que l’équipe soit une entité (système vivant) dans l’entité école, c’est une véritable science que doivent posséder les directeurs à la fois ingénieurs des systèmes vivants, autorité-recours, fins observateurs et surtout profondément humains. J’ai une admiration sans bornes pour Patricia (L’Autre école), Amandine (De l’Autre côté de l’école) et Marc (Les Bruyères). On ne parle jamais de ce rôle à assumer, il en est rarement question dans les stages, formations, et pourtant c’est une des clefs fondamentales de la transformation de l’école quand il n’est pas encore possible de la scinder en petites structures.

Je n’ai pas vu le temps passer pendant cette semaine ! J’ai beaucoup appris. Dans le train du retour je me demandais pourquoi les enseignants freinetiques français n’allaient pas plus souvent voir ce qui se passait tout à côté de chez eux. Leurs collègues belges, eux, n’hésitent pas à franchir la frontière, à participer aux stages, aux congrès Freinet (Henri Landroit m’expliquait que si on fait le rapport congressistes/écoles d’un pays, ce sont les Belges les plus nombreux dans les congrès français !)… A quand le prochain congrès Freinet à Louvain ou Bruxelles ?!

PS : Si vous allez à Bruxelles, ne loupez sous aucun prétexte la visite du musée de la bière en demandant à avoir comme guide la « maman d’Alain ». C’est une exceptionnelle conteuse qui vous fait revivre toute l’histoire de la Belgique et des Belges à partir de n’importe quel objet du musée ! (Alain, cela a été mon accompagnateur toujours disponible pendant mon séjour et un des organisateur du festival).

Des photose des Bruyères pour faire rêver

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[1] La Belgique est quand même le seul pays qui a pu se passer pendant près de deux ans et sans problème d’un gouvernement ! Qui peut même continuer à vivre avec deux communautés (wallons et flamands) quelque peu hostiles l’une à l’autre !

[2] Les CEMEA (Centres d’entraînements aux méthodes d’éducation active) ont été un des premiers et grands mouvements pédagogiques, à partir des idées développées par John Dewey (1859-1952). Les premiers CEMEA ont été créés en France en 1937, puis dans la foulée en Belgique, puis dans un mouvement international. On les cantonne trop souvent dans les activités périscolaires et surtout de loisirs. En Belgique ils travaillent beaucoup avec le mouvement Freinet, interviennent dans les écoles maternelles, sont un des piliers du mouvement plus vaste d’Education populaire.

[3] Lors de la création du festival d’Avignon, les CEMEA se sont chargés de l’accueil des jeunes. Vous imaginez l’ampleur de l’aventure dans laquelle ils s’engageaient ! Et ils continuent toujours.

[4] Du côté des flamands il y a aussi de nombreuses écoles Freinet, en particulier à Gand.